Donnez du style à vos présentations

BILANLes Français font des conférences assommantes alors que celles des Nord-Américains captivent le public. En cause, notamment, le fait que ces derniers alternent faits et anecdotes. Explications.

Le patron de Free, Xavier Niel, est connu pour ses présentations dynamiques, calquées sur le modèle nord-américain.

Le patron de Free, Xavier Niel, est connu pour ses présentations dynamiques, calquées sur le modèle nord-américain. Image: Chesnot/Getty Images

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Qui n’a pas vécu cette expérience: lors d’un colloque, un conférencier français lit ses diapos ou sa présentation PowerPoint. Les mots savants s’agglutinent. L’ennui, sous ses formes multiples, est au rendez-vous. Au terme de ce long exposé, une seule certitude: l’orateur est érudit. Problème, tout occupé à bayer aux corneilles, vous n’avez retenu aucune idée. A l’inverse, la semaine dernière, la présentation d’un Nord-Américain sur le site internet ted.com a longuement captivé votre attention. Comment expliquer ce phénomène? «Les Français font des présentations plus assommantes que les Américains», répond la journaliste Marie-Catherine Beuth dans Business Insider.

Xavier Niel fait du Steve Jobs

Conscients de ce fait, certains entrepreneurs calquent leurs présentations sur le modèle nord-américain. Xavier Niel, un des rares chefs d’entreprise à susciter l’engouement autour de ses annonces, en sait quelque chose. De nombreux commentateurs assurent ainsi que le patron de Free jouit d’une dimension publique inédite pour un chef d’entreprise français grâce à ses stratégies de communication qui rappellent furieusement celles de Steve Jobs.

Les conférenciers nord-américains appliquent une règle inculquée dès le plus jeune âge: «Get to the point, stick to the point» (allez droit au but et n’en déviez pas).

Reste qu’il ne suffit pas d’imiter l’allure décontractée du fondateur d’Apple pour captiver le public. Quel est donc le secret des présentations «à l’américaine» qui fascinent l’auditoire de bout en bout? «Elles commencent généralement par une petite histoire ou anecdote, poursuit Marie-Catherine Beuth. C’est tout de suite beaucoup plus vivant. Suivent deux ou trois idées fortes et une conclusion. C’est parfois trop simple, mais on a retenu au moins une idée.» Ou, pour le dire autrement, outre-Atlantique, les présentations mettent tout en œuvre pour s’éloigner du rapport, à visée informative, et se rapprocher du récit, qui cherche à divertir à travers des anecdotes personnelles et des exemples. Les conférenciers nord-américains appliquent de plus une règle inculquée dès le plus jeune âge: «Get to the point, stick to the point» (allez droit au but et n’en déviez pas). Le commencement de leurs présentations dépasse ainsi rarement plus de 10% de leur temps de parole total.

L’art de persuader est culturel

Ces différents styles de présentation prennent racine dans l’histoire des pays. «La philosophie d’Europe continentale a été largement dominée par l’approche déductive, explique à cet égard Erin Meyer, professeure à l’Insead et auteure du livre «8 clés pour travailler à l’international» (Ed. Diateino). Au XVIIe siècle, René Descartes a développé une méthode de raisonnement qui part de ce principe: le chercheur commence par formuler une hypothèse, puis cherche les preuves qui la valident ou l’invalident.» De la même manière, la dialectique hégélienne commence par la thèse ou l’argument fondateur. Elle est ensuite opposée à l’antithèse, ou argument antagoniste, et les deux se réconcilient dans la synthèse.

Erin Meyer, professeure à L'Insead et auteur du livre «8 clés pour travailler à l'international». (Crédit: DR)

Ces penseurs ont par la suite popularisé cette méthodologie auprès des universitaires, raison pour laquelle le système d’éducation des pays latins d’Europe (France, Italie, Espagne et Portugal), mais aussi des pays germaniques (Allemagne, Autriche), forge un état d’esprit porté sur la déduction. «La formation part du développement de la théorie ou du concept complexe, et c’est ensuite que l’on présente un fait, une affirmation ou une opinion.» Plus tard, dans la vie professionnelle, on reste fidèle à cette structure. «On préfère commencer une communication ou un rapport en déroulant un raisonnement théorique avant de passer à la conclusion.»

A l’inverse, dans la culture nord-américaine, on apprend à travers des exemples. «Les Américains, avec leur mentalité de pionniers et leur peu de goût pour le savoir théorique, ont donné la priorité aux applications, poursuit Erin Meyer. C’est la méthode inductive. La formation part d’un fait, d’une affirmation ou d’une opinion, et c’est ensuite que l’on apporte les concepts pour appuyer ou expliquer la conclusion, si nécessaire. Les discussions se concentrent sur les aspects pratiques, concrets. Dans ce système, 80% du temps est consacré à l’outil et à la façon de l’utiliser, et seulement 20% à son explication conceptuelle ou théorique.»

Créé: 21.01.2020, 16h09

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