Emmanuel Macron, Gorbatchev français?

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Une France au bord de l’insurrection est un vrai mystère. Par quelque bout que l’on considère le problème, il n’y a aucune raison, statistiquement documentée, de voir dans l’explosion de colère des «gilets jaunes» le résultat d’inégalités ou d’atteintes au niveau de vie particulièrement criantes. L’indice de Gini – indicateur synthétique d’inégalités de salaire, couramment utilisé dans la recherche en sciences sociales – situe la France en meilleure position que la plupart des pays développés, et tend même à baisser légèrement depuis quelques années.

L’indicateur d’inégalités de salaire situe la France en meilleure position que la plupart des pays développés

D’après l’INSEE, le taux de pauvreté après transferts sociaux n’y était il y a trois ans que de 13,6%, l’un des plus bas d’Europe, pour un niveau de vie médian qui s’était établi l’année suivante à 20 520 euros, soit dans la bonne moyenne européenne. Enfin, en parité de pouvoir d’achat, la France se classait, toujours en 2016, en 3e position des pays de l’UE, derrière l’Autriche et le Luxembourg, mais devant l’Allemagne et la Suède.

Alors? Alors il se trouve qu’afin de parvenir à ces résultats, la France absorbe, au titre des transferts de revenu de l’État vers les ménages, une part de son produit intérieur brut qui dépasse tout ce qui se fait dans les autres pays. Au total, la quote-part de l’État y atteint plus de 56%, soit la proportion la plus élevée de tous les pays de l’Union européenne. En d’autres termes, il faut à la France une main publique beaucoup plus lourde qu’ailleurs pour parvenir au même résultat. Et, comble d’infortune, les conquêtes sociales dont elle pourrait s’enorgueillir – une Sécurité sociale sans égale, une médecine de pointe et un système éducatif à la portée de tous – sont mal considérées par une protestation populaire qui les juge scandaleusement insuffisantes.

Cette inefficacité de la politique de redistribution et de la politique sociale en général tient sans doute à une multiplicité de facteurs. Mais on peut imaginer que l’un des plus importants d’entre eux découle d’une centralisation excessive, typique de cette sorte de monarchie républicaine qu’est devenue la France, qui concentre les pouvoirs et les moyens financiers autour de sa capitale, comme le révèle d’ailleurs la position sur la carte de l’Île-de-France, seule région française à figurer au top 10 des régions les plus riches et les plus compétitives d’Europe, alors que les autres régions françaises demeurent pour la plupart d’entre elles à la traîne de la moyenne européenne. C’est peut-être là que se situe la peine qu’éprouve la France à renouer avec une compétitivité qui depuis plusieurs années lui échappe, et dont la perte l’empêche de combler ses déficits internes et externes.

Une autre explication, et non des moindres, tient sans doute aux institutions politiques de la Ve République, qui ont engendré ces innombrables lourdeurs et rentes de situation que le président Macron a promis de réformer de fond en comble, un peu à la manière d’un Gorbatchev aux prises avec les monstrueuses déficiences de l’appareil soviétique. Aussi, de même que le père de la perestroïka a finalement été emporté par le mouvement qu’il avait déclenché, le fondateur de La République en marche risque-t-il de voir son projet se fracasser contre le mur des résistances d’un pays qu’il a d’ailleurs lui-même déclaré irréformable. (TDG)

Créé: 03.12.2018, 22h05

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