L’économie de Trump, ou le vol d’Icare

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L’image est jolie. Sur le site de référence de Project Syndicate (une organisation à but non lucratif fondée en 1994 à Prague et regroupant une kyrielle de commentateurs dans plus de 150 pays), une batterie d’économistes américains réputés décrivent en long et en large ce qu’ils appellent «The Icarus Economy», ou comment la brillante performance économique dont l’actuel président des États-Unis s’enorgueillit à longueur de tweets risque de s’interrompre, tel le vol d’Icare, victime d’erreurs et de maladresses commises par son concepteur dans l’ignorance des règles les plus fondamentales de la gravité.

La politique conjoncturelle suivie par l’administration Trump prépare la débandade qui finira tôt ou tard par arriver

Notre Dédale d’aujourd’hui, Donald Trump, risque en effet de précipiter la chute non seulement de l’économie américaine, mais aussi celle du reste du monde, tant elles se trouvent interconnectées par les fils de la technologie, du commerce et de la finance – pour preuve, les secousses boursières que les dernières en date des menaces du président (proférées contre la Chine, l’OMC ou encore l’Union européenne) ont immédiatement provoquées.

L’économie des États-Unis se porte certes bien en ce moment et enregistre, en termes de croissance, de stabilité des prix, d’emploi et de bénéfices des entreprises, des performances à faire pâlir d’envie les autres pays. Qu’on en juge plutôt: l’inflation est sous contrôle, à 2,9%. Le taux de chômage ne dépasse pas 3,9%, et le PIB réel a augmenté de 4,2% au deuxième trimestre, loin devant toutes les autres grandes économies, Chine exceptée. Enfin, l’indice boursier Standard & Poor’s 500, reflet des anticipations des principaux acteurs économiques, a presque quadruplé en moins de dix ans, passant de 700 en mars 2009 à plus de 2900 la semaine dernière.

Mais, de même que la trajectoire d’Icare, trop proche du soleil, s’est trouvée brutalement interrompue par la chaleur de l’astre qui fit fondre la cire de ses ailes, de même la tournure absurdement procyclique de la politique conjoncturelle suivie par l’administration Trump (baisses d’impôts, déficits budgétaires, dérégulation financière, etc.), suralimentée de surcroît par la persistance de taux d’intérêt réels négatifs, ne fait que stimuler une économie au bord de la surchauffe et préparer la débandade qui finira tôt ou tard par arriver puisque, comme le rappelle Jeffrey Frankel, à chaque récession succède la suivante.

Or cette prochaine récession fera mal. Car le choc que pourrait provoquer le conflit commercial qui s’amorce, ou simplement un taux d’inflation se remettant brusquement à monter, expédiera les marchés boursiers au cimetière des espérances en révélant l’ampleur d’une dette privée hors de proportion (13 billions de dollars) et d’une dette publique (21,5 billions de dollars) qui, selon les calculs du FMI, pourrait dépasser celle de l’Italie, en pour-cent du PIB, d’ici à 2023. Vu la taille de l’économie des États-Unis, et le rôle toujours central de sa monnaie et de son marché financier, c’est le monde entier qui basculerait alors dans la pire crise qu’il eût vécue depuis la guerre.

Et sans beaucoup de moyens pour la surmonter, les dernières cartouches ayant été tirées pour extirper les banques et les pays surendettés de celle, encore dans toutes les mémoires, de 2008. (TDG)

Créé: 03.09.2018, 18h00


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