Impaakt crée la première cotation sociale au monde

Développement durableDepuis juillet, la start-up genevoise permet aux citoyens de noter, avec verdict positif ou négatif, l’impact d’une entreprise.

Les industries polluantes ne sont pas les seules à pouvoir présenter une empreinte environnementale ou humaine négative. Même les entreprises fondées sur les nouvelles technologies peuvent nuire au bien commun.

Les industries polluantes ne sont pas les seules à pouvoir présenter une empreinte environnementale ou humaine négative. Même les entreprises fondées sur les nouvelles technologies peuvent nuire au bien commun. Image: Reuters

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Et si la finance devenait la meilleure alliée de la transition écologique et de la lutte contre les inégalités? L’un des trois cofondateurs de la société Impaakt, Bertrand Gacon, n’a aucun doute là-dessus: «Cette initiative est une véritable révolution pour le développement durable. Et elle se passe à Genève, qui aspire légitimement à devenir la capitale mondiale en la matière.» Cette affirmation pourrait paraître excessive si elle ne venait pas de l’un des meilleurs spécialistes en investissements durables d’Europe, travaillant dans ce secteur depuis plus de douze ans, au sein de BNP Paribas tout d’abord, puis chez Lombard Odier. Mais tout de même, ce n’est pas rien, une révolution. Qu’est-ce donc à dire?

Le modèle de Wikipédia

Bertrand Gacon, Sebastien Allard et Sylvain Massot, ex-responsable des investissements pour la clientèle privée chez Lombard Odier et directeur dans une grande société technologique internationale, ont créé la première plate-forme collaborative au monde de mesure de l’impact sociétal des entreprises, gratuite et ouverte à tous sur un modèle assez proche de Wikipédia ou du journal en ligne «Medium».

De Nestlé à Novartis, d’ExxonMobil à Facebook, les multinationales ne sont désormais plus jugées sur une seule évaluation ESG (pour critères environnementaux, sociaux et de gouvernance), mais aussi par une évaluation publique, une note pouvant osciller de –5 à +5, selon des analyses d’impact réalisées par les membres de la plate-forme. Cette notation, basée sur l’intelligence collective, est appelée à devenir, très rapidement, un critère objectif pour les investisseurs et les gérants d’actifs pour connaître la valeur sociale d’une société, au même titre que le marché détermine sa valeur économique au travers d’une cotation financière.

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«Certes, depuis 2015, la COP21, le scandale du dieselgate ou la publication des 17 Objectifs de développement durable des Nations Unies, les investissements suivant des critères ESG ont explosé à 23 000 milliards de dollars dans le monde, en croissance à deux chiffres depuis 2015. Cela prouve bien que la finance durable a passé un cap historique, reconnaît Bertrand Gacon. Mais les seuls critères ESG – qui se focalisent sur les pratiques des entreprises et vérifient si elles respectent les normes environnementales, traitent bien leurs salariés et bannissent la corruption – ne suffisent pas à dire si une société a un impact véritablement positif pour la planète et ses occupants.» Un fabricant de tabac ou un groupe pétrolier peuvent parfaitement obtenir un bon score ESG si leur gouvernance, leurs processus et leurs pratiques respectent les standards internationaux. Il faut donc compléter ces notes par une analyse profonde, quantifiable et objective de l’impact réel que les entreprises ont sur le monde. Et permettre ainsi aux investisseurs de placer leur argent selon ces critères.

Un exemple? En ouvrant la plate-forme www.impaakt.com, on tape «Amazon». On pourrait s’attendre à ce que ce géant mondial de la distribution – qui n’existe que par l’informatique ou l’intelligence artificielle – ne soit pas un grand contributeur d’émissions de CO2. Et pourtant. Se fondant sur des contributions de 2000 signes, concises et documentées, Impaakt affiche pour Amazon une cotation négative à –2,02. Les enjeux climatiques font partie de l’explication. On s’arrête sur une analyse d’un certain Djibi – dont l’identité est parfaitement connue d’Impaakt – qui a décidé de sonder l’impact sur le climat d’Amazon depuis que le groupe pratique une livraison en deux heures. «Depuis que ce service existe, affirme-t-il en citant ses sources, 5 milliards de produits ont été délivrés aux clients Amazon Prime par des camions roulant souvent à vide, faute d’avoir eu suffisamment de temps pour grouper des commandes.» Résultat: une note de –2,6 sur 5, attribuée, à la minute où nous écrivons, par les membres d’Impaakt. «Or il est probable qu’un autre contributeur publiera prochainement une nouvelle analyse rigoureuse, complétant ou infirmant celle de Djibi, que nos membres évalueront de la même manière et qui modifiera immédiatement le score d’impact d’Amazon.»

La notation s’établit en effet en temps réel, l’objectif étant que cette information permette aux consommateurs et aux investisseurs de faire pression sur l’entreprise et de l’inciter à trouver des solutions alternatives.

Une réduction des risques

Dans un certain sens, Rajna Gibson Brandon, professeure au Geneva Finance Research Institute, ne dit pas autre chose. Dans une récente présentation de la recherche qu’elle mène avec son confrère Philipp Krueger et qui porte sur la mesure de l’empreinte ESG des investisseurs institutionnels (dont les caisses de pension), elle questionne au terme de cette étude pourquoi les mentalités de ces puissants investisseurs prennent tant de temps à adopter une stratégie durable. Sa réponse? «Sous la pression des analystes ou des agences de notation, l’approche court-termiste est dure à surmonter.» Mais, «grâce à une meilleure pédagogie des investisseurs institutionnels ou, simplement, par la réputation que ces derniers se feront sur les marchés», on peut accélérer le mouvement.

Rajna Gibson Brandon et Philipp Krueger ont ainsi démontré que si, à court terme, les placements responsables ont une rentabilité un peu moindre, les portefeuilles institutionnels qui affichent une plus grande qualité durable présentent un risque significativement réduit. Bertrand Gacon en est sûr: «Plus les entreprises afficheront de bonnes cotations sociétales, plus leur cours boursier grimpera.» Un cercle vertueux, c’est aussi simple que cela.

(TDG)

Créé: 07.10.2018, 21h11

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