Dis Père Noël, c’est quoi la crise économique?

Leçon de chosesQuelques conseils pour trouver les mots pour parler d’économie aux petits. En évitant le formatage politique.

Dans

Dans "Les Temps modernes", Charlie Chaplin tentait déjà de décoder les rouages de l'économie. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Réputé austère, le sujet peut s’inviter sans crier gare dans la bouche d’un enfant. En croisant un malheureux faisant la manche dans le froid à la sortie d’un grand magasin. Ou à la vue de manifestants grecs à la télévision. Pourquoi il ne travaille pas le monsieur? Oui mais pourquoi il est au chômage? Ah bon, mais c’est quoi cette crise? Pas facile de répondre au débotté. A moins de lancer un «demande à ta mère». «Ce genre de questions vient à cinq ou six ans, les enfants commencent à avoir une conscience plus aiguë de leur situation et des différences pouvant apparaître avec les autres», explique Ingrid Seithumer, économiste et autrice d’un récent guide sur le sujet*.

Les enfants et la banque

A travers quinze fiches, quinze thèmes de l’économie sont abordés au fil du questionnement permanent des enfants qui renvoie l’adulte à son ignorance. L’astuce? Découper les réponses en fonction de tranches d’âges – 5-7 ans, 8-10 ans et 11-13 ans. Histoire de s’adapter au public assis en tailleur autour du sapin. Et puis, il faut l’avouer. Ces explications peuvent également trouver une oreille attentive auprès d’un public d’un autre âge.

Exemple de question piège. Elle est due à quoi, la crise? Réponse, interdite au moins de dix ans. «Ce n’est, au départ, qu’une crise financière américaine qui commence en 2006-2007. Les années précédentes, les banques américaines accordent très facilement des prêts pour l’achat de maison. Elles prêtent des sommes d’argent importantes à des clients qui n’en gagnent pas beaucoup. Le risque qu’ils ne puissent pas rembourser est donc très élevé. Les banques le savent bien. Pour se protéger, elles transforment les crédits accordés en produits.» On connaît la suite.

Mais peut-on parler de tels sujets, sans polluer ces jeunes esprits avec des postulats idéologiques? «C’est compliqué, on s’en sort en présentant tous les arguments», admet Ingrid Seithumer. Dossier délicat: les banques. «On décrit leur rôle de financement des entreprises sans occulter la dérive du système financier», poursuit cette économiste de formation, qui a passé plus de dix ans au sein de la rédaction du quotidien français La Tribune.

On frôle la philosophie

Qu’en pense un prof d’économie? «J’avais déjà affronté le même dilemme il y a vingt ans en rédigeant un ouvrage pour la BPS», se souvient Paul Dembinski, universitaire responsable de l’Observatoire de la finance. Situé à Genève, ce centre de recherche explore les pistes permettant de mieux faire fonctionner le système financier au service du bien commun. «On peut expliquer les concepts de manière descriptive – les mécanismes derrière l’inflation, le chômage, les comptes de la nation – mais aborder la théorie n’a rien d’innocent et il vaut mieux garder ces questions pour des étudiants plus mûrs», poursuit celui qui enseigne à l’Université de Fribourg.

C’est le cas avec le fondement de la pensée économique moderne: la théorie générale des prix à partir des courbes de l’offre et de la demande. «Est-ce que ce sont les mouvements des prix qui influencent les quantités échangées ou est-ce que ces dernières font bouger les prix? Poser la question c’est pénétrer en territoire philosophique», souligne Paul Dembinski. Une remarque qui rappelle que les fondateurs de la théorie économique au XVIIIe étaient des philosophes, des éthiciens. Et que leurs postulats relevaient de la science politique.

* Comment parler d’économie aux enfants, Ingrid Seithumer, Le baron perché ed., 110 pages

Créé: 23.12.2014, 22h13

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...