La chute du Bitcoin va purger le secteur

BlockchainSi le plongeon du prix des crypto-devises fragilise les sociétés du domaine, elle permet surtout de trier le bon grain de l’ivraie. Analyse.

En Suisse, le monde des crypto-devises et de la blockchain au sens large regroupe plus de 500 entreprises et start-up.

En Suisse, le monde des crypto-devises et de la blockchain au sens large regroupe plus de 500 entreprises et start-up.

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Les secousses se multiplient sur le front des cryptodevises. Avec la chute des cours, les entreprises mettent la clé sous la porte ou réduisent les effectifs. L’agence Bloomberg indique que plusieurs sociétés emblématiques en Amérique du Nord se retrouvent en difficulté. ETCDEV, jeune pousse à la base du développement de l’Ethereum Classic, va cesser son activité faute de financement. Également présentes dans le domaine, Steemit Inc. et SpankChain dégraissent, elles, massivement.

Quelles conséquences pour la Suisse, qui s’est profilée en précurseur en matière d’applications blockchain et de cryptomonnaies? Une question légitime à l’heure où le bitcoin se rapproche du seuil des 3000 dollars, ce qui signifie qu’il aura bientôt perdu 90% de sa valeur depuis janvier.

Adrien Treccani, patron de Metaco à Lausanne, est prudent. La chute des cryptomonnaies a appauvri une grande partie des investisseurs potentiels. L’intérêt pour les ICO – initial coin offerings, soit les levées de fonds au travers de l’émission de cryptomonnaies – a chuté drastiquement. Des licenciements et des fermetures dans le pays? «Je ne peux pas confirmer que cela a eu un impact sur les compagnies existantes en Suisse, mais il paraît clair que cela touche les nouvelles sociétés cherchant à lever des capitaux par ce biais.»

Des problèmes de liquidités

Une majorité de jeunes pousses créées par des aficionados du monde des «cryptos» a levé de l’argent sous forme de monnaie numérique. Point délicat, alors que la valeur de ces dernières a plongé, les factures à payer au jour le jour restent libellées en dollars ou en euros, ce qui menace leur survie. «Si vous n’avez pas diversifié vos réserves en convertissant une partie de vos cryptomonnaies en dollars, vous allez vous retrouver avec un problème de liquidités lorsque les cours plongent», relève Mathias Ruch, fondateur de CVVC à Zoug, un espace de travail partagé pour adeptes de cryptomonnaies et de technologies blockchain.

Mathias Ruch n’est pas particulièrement inquiet: «Je n’ai constaté aucun retard de paiement de loyers parmi les quelque 120 jeunes pousses et entreprises qui occupent notre espace de coworking.» Positif, donc.

À Genève, on se veut plutôt optimiste. Les sociétés actives dans le domaine ne réduiraient pas les effectifs. «Nous n’avons pour l’heure aucun signal allant dans ce sens. Au contraire, les porteurs de projets à Genève sont plutôt dans une phase de croissance et de recrutement», relève Pierre Maudet, conseiller d'Etat. Il ajoute qu’«avec l’arrivée d’acteurs institutionnels comme la Bourse SIX, la banque Swissquote ou encore Swisscom et La Poste, cette industrie est même en train de se professionnaliser en Suisse».

En Valais, la firme Alpine Mining à Gondo, initialement présente dans le mining de crypto-devises, diversifie ses activités. «Nous nous transformons en fournisseur global de puissance de calcul à destination d’entreprises actives dans l’intelligence artificielle, précise Ludovic Thomas, directeur exécutif de la société. En parallèle, nous développons des solutions blockchain pour démocratiser cette technologie et permettre son adoption par les entreprises.» Une mue qui nécessite de recruter du personnel.

Le plongeon des cours n’aurait pas que des effets négatifs. Mathias Ruch, qui est aussi actif dans le financement de start-up, y voit un intérêt majeur: séparer le bon grain de l’ivraie. «Des projets de meilleure qualité que ceux proposés par le passé émergent.» Cela va de l’immobilier aux assurances en passant par les systèmes de paiement en cryptodevises pour la télévision numérique.

Les chiffres en la matière sont éloquents. «Avant, nous avions 500 demandes par mois, contre à peine la moitié actuellement», détaille-t-il. Lui prévoit de financer une vingtaine de jeunes pousses l’année prochaine, en injectant «jusqu’à 125 000 dollars par projet». En vérité, les investisseurs professionnels prennent progressivement le relais des très spéculatives ICO et injectent des liquidités dans les start-up les plus porteuses. Un signe que le secteur gagne en maturité? Peut-être.

Le potentiel demeure

À Genève, Pierre Maudet va dans le même sens: «Les néo-investisseurs n’ont pas perdu de vue que la technologie blockchain est appelée à prospérer, jusqu’à transformer en profondeur nos économies, du secteur bancaire à l’immobilier en passant par le négoce de matières premières, le commerce de détail et la collecte des points de fidélité.» Une vue partagée par Adrien Treccani: «Les acteurs dominants du secteur bancaire ont compris l’importance à venir de la technologie blockchain – cryptomonnaies, security tokens, etc. – et n’ont absolument pas ralenti leurs initiatives y relatives.»

Que se cache-t-il derrière la blockchain? Cette technologie devrait permettre d’améliorer l’efficience des entreprises. En quelques mots, il s’agit d’un registre sécurisé qui permet à tous les intervenants de suivre une transaction en temps réel et d’en valider les différentes étapes. «Au-delà du commerce et du négoce, cela pourrait aussi s’appliquer à la santé et simplifier le suivi des patients qui voient souvent plusieurs médecins, parfois dans différents hôpitaux», s’enthousiasme un financier genevois.

Bref, malgré les secousses sur les cryptomonnaies, les applications concrètes dans le domaine font saliver.

Créé: 16.12.2018, 17h16

Le droit devra être adapté

Le Conseil fédéral a publié vendredi un rapport sur les cryptodevises. Ce dernier en distingue deux types. Dans la catégorie des actifs immatériels, comme par exemple le bitcoin, la réglementation relative à la transmission serait suffisante. Ce n’est pas le cas de la seconde, qui ressemble davantage à des actifs matériels (créances, affiliations, objets précieux). Il s’agit donc de cryptodevises dont la valeur est liée à celle d’un sous-jacent (valeur d’une société, or, etc.). Ce type de cryptoactifs revêt une fonction similaire à celles des papiers-valeurs. Comme les détenteurs de tels actifs sont répertoriés dans un registre décentralisé («distributed ledger»), il faudrait prêter à ces entrées la même portée juridique qu’à un papier-valeur. Afin d’offrir dans ce contexte une sécurité juridique appropriée, il faudra adapter en conséquence le droit de ces derniers.

En même temps, le Conseil fédéral insiste sur sa volonté de garantir et de préserver l’intégrité et la réputation de la place financière et économique suisse dans le domaine de la blockchain. Les autorités entendent combattre avec fermeté les éventuels abus.

AWP/NP

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