Christine Lagarde veut verdir l’euro

Poltitique monétaireCelle qui prendra la tête de la BCE en novembre a défini ses priorités. Elle plaide pour une Europe plus durable.

L’ex-directrice du FMI Christine Lagarde a passé son «grand oral», mercredi, devant le Parlement européen.

L’ex-directrice du FMI Christine Lagarde a passé son «grand oral», mercredi, devant le Parlement européen. Image: EPA

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Christine Lagarde est rentrée mercredi matin sur la pointe des pieds sur la scène européenne. «Vous apprenez, j’apprends aussi», a-t-elle déclaré en ouverture de sa longue audition au Parlement européen, à Bruxelles. Sur la zone euro, le changement climatique, les cryptomonnaies et surtout la politique monétaire, elle a dû affronter pendant plus de deux heures le feu nourri des questions des députés.

Un exercice délicat pour celle qui devait à la fois assumer le bilan du Fonds monétaire international (qu’elle dirigeait jusqu’au début de l’été) mais qui n’a pas encore acquis les codes de communication si particuliers des banquiers centraux. Une prestation empreinte de prudence et de franchise, qui annonce un changement radical de style après le départ de Mario Draghi, mais pas de politique.

Les taux négatifs agacent

Comme ancienne ministre de l’Économie française pendant la crise de l’euro et patronne d’une institution qui a pris ses distances ces dernières années avec l’orthodoxie budgétaire européenne, elle était attendue au tournant. Le député conservateur bavarois Markus Ferber lui a notamment demandé ce qu’elle comptait retenir dans ses nouvelles fonctions des idées du FMI justifiant des taux d’intérêt négatifs, voire la distribution de «monnaie hélicoptère» pour relancer la croissance. L’ex-patronne du FMI s’est bien gardée de faire une réponse directe, préférant parler de l’inflation, «trop faible», a-t-elle dit.

L’objectif de 2% d’inflation était désormais un sujet de débat au sein de l’institut monétaire européen. «Est-ce qu’on parle de 1,6 ou de 1,9%? Il y a une «marge» et un «débat» au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE, a-t-elle admis, pour voir si cet objectif ne pourrait pas être poursuivi «par le haut». En clair: la fin de l’«argent gratuit» n’est pas pour demain. Referait-elle «tout ce qui est nécessaire», comme l’avait déclaré Mario Draghi en 2012, s’il fallait à nouveau sauver la monnaie européenne du naufrage? «J’espère ne jamais avoir à prononcer cette phrase», a-t-elle répondu. Si cela devait être le cas, a-t-elle ajouté, cela voudrait dire que «les autres décideurs économiques ne font pas ce qu’ils ont à faire». Un message implicitement adressé aux pays créanciers qui, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, accumulent depuis des années des excédents faramineux.

Christine Lagarde a en revanche fait preuve de prudence s’agissant des réformes de la zone euro, enlisées depuis 2015. «L’Union monétaire n’est pas une mission accomplie», a-t-elle consenti. Pour autant, elle ne sera pas celle qui tirera à boulets rouges sur le très peu ambitieux «budget de la zone euro» sur lequel les ministres des Finances se sont mis d’accord en juin. «Si on veut aller au-delà de la convergence et de la compétitivité, il faut des garde-fous», c’est-à-dire continuer à réduire les risques dans les pays plus fragiles. «Il y a un problème de confiance… entre certains pays et d’autres», a-t-elle reconnu, avant d’ajouter que pour progresser, ce sera «donnant-donnant».

Quant au rôle de monnaie de réserve de la devise européenne, qui reste embryonnaire, elle a admis qu’il lui manquait des «instruments» pour concurrencer sérieusement le dollar. «Nous n’avons pas d’équivalent [des bons du Trésor américain] pour l’ensemble de la zone euro», a-t-elle dit.

La question climatique

Également attendue sur le «verdissement» de la politique monétaire, elle a confirmé que le changement climatique doit être «intégré» dans le mandat de la BCE, annonçant que l’institut veillerait à réduire la détention de titres de dettes particulièrement «carbonés» au fur et à mesure qu’ils arriveraient à maturité.

Elle s’est également dite prête à adopter les règles de notation environnementale des actifs financiers qui sont en train d’être adoptées par l’Union européenne. «Je ne vois pas de raison pour laquelle la taxonomie à laquelle va aboutir le Parlement ne soit pas la règle appliquée par la BCE», a-t-elle dit.

Deux jours après un discours très critique d’Yves Mersch, membre du directoire de la BCE, sur la Libra, l’ancienne patronne du FMI a tenu à faire le distinguo entre, d’un côté, les projets de Facebook et autres «stable coins», et, de l’autre, les cryptomonnaies que pourraient émettre les banques centrales, telles qu’évoquées par le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

Créé: 04.09.2019, 20h06

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