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Le Christ vendu, «il n'y a plus d'affaire Bouvier»

L'oligarque Rybolovlev a vendu pour 445 millions la toile «Salvator Mundi», au cœur de son accusation contre le marchand d'art genevois. L'avocat de ce dernier estime que la plainte ne tient plus.

Le «Salvator Mundi», œuvre de Léonard de Vinci.
Le «Salvator Mundi», œuvre de Léonard de Vinci.
Reuters

«Il n’y a plus d’affaire Bouvier, fini!» David Bitton, l’avocat coordonnant la défense du marchand d’art genevois Yves Bouvier face au milliardaire russe Dimitri Rybolovlev, sonne la charge quelques heures après la vente historique du tableau Salvator Mundi. Symbole de la bataille judiciaire à laquelle se livrent les deux hommes, la toile du maître Léonard de Vinci, propriété de l’oligarque, a été adjugée mercredi, lors d’une vente aux enchères record à New York. Prix de la transaction: 450,3 millions de dollars (445,4 millions de francs).

La peinture figure en tête des trente-sept chefs-d’œuvre faisant l’objet d’une plainte pour escroquerie déposée au début de 2015 par le Russe à l’encontre du Genevois, qu’il avait chargé de lui constituer une collection d’exception. Le milliardaire accuse Yves Bouvier d’avoir pris des marges exorbitantes au passage. S’agissant du Salvator Mundi, il reproche à son fournisseur de l’avoir floué à hauteur de près de 50 millions en 2013 – en achetant le tableau 80 millions avant de lui revendre 127,5 millions dans la foulée.

Au lendemain de la vente, le camp Bouvier estime que l’accusation ne tient plus. «Sur le plan pénal, l’escroquerie c’est l’appauvrissement de la victime, or en l’occurrence la soi-disant victime a gagné plus de 300 millions sur le tableau que mon client lui a vendu. Preuve est faite qu’Yves Bouvier l’a en réalité… enrichi!» explique David Bitton, l’associé de l’étude genevoise Monfrini Bitton Klein.

«Sur le plan pénal, l’escroquerie c’est l’appauvrissement de la victime, or en l’occurrence la soi-disant victime a gagné plus de 300 millions sur le tableau que mon client lui a vendu»

Selon l’entourage d’Yves Bouvier, le tableau était loin d’être le plus prestigieux de ceux qui ont été fournis à l’oligarque, les neuf dixièmes ayant été repeints. «Je n’ose imaginer la plus-value qui sera faite sur les autres œuvres qu’Yves Bouvier lui a obtenues», s’exclame son avocat. Le Genevois «lui a toujours répété qu’il était prêt à lui reprendre les toiles s’il y avait un problème. C’est d’ailleurs ce qu’il était venu lui dire à Monaco en cette fin février 2015 avant d’être arrêté», poursuit Me David Bitton. Pourtant, l’ex-oligarque «n’a jamais voulu invalider les ventes, car il sait pertinemment ce qu’il a acheté!» remarque ce dernier.

Rybolovlev «conforté» dans sa plainte

Pour le camp Rybolovlev, la vente aux enchères ne scelle pas la fin du scandale.«Cet événement conforte les sociétés de la famille Rybolovlev, dans le cadre des procédures judiciaires qu’elles ont initiées en leur qualité de victimes présumées de l’escroquerie choquante commise par M. Yves Bouvier, qui se présentait comme intermédiaire, conseiller et ami», affirme un représentant du milliardaire, Sergey Chernitsyn. Selon lui, la vente du tableau va permettre de restaurer «en partie la valeur de la collection d’art» de l’oligarque.

La bataille judiciaire, la plus grande ayant jamais impliqué un marchand d’art genevois, va donc se poursuivre. L’histoire exceptionnelle de ce tableau attribué au maître Léonard de Vinci s’enrichit de son côté d’un nouveau chapitre.

«l’ex-oligarque n’a jamais voulu invalider les ventes, car il sait pertinemment ce qu’il a acheté!»

Salvator Mundi soit «Sauveur du monde» en latin, est l’une des 15 toiles à avoir survécu à de Vinci. La peinture a longtemps été considérée comme perdue. Le roi Louis XII l’a commandée il y a plus de 500 ans. L’œuvre représente le Christ dans une robe flottante et portant un globe de cristal dans la main, la main droite levée en signe de bénédiction. Christie’s l’a décrite comme l’une des plus grandes découvertes du XXIe siècle.

Les responsables de la maison de ventes aux enchères n’ont pas voulu dévoiler l’identité de celui qui a remporté la mise au terme de près de 20 minutes d’une vente aux enchères par téléphone d’une rare intensité. Une foule compacte de curieux s’était déplacée pour assister à l’adjudication. Le prix de départ était de 100 millions, la valeur estimée de l’œuvre par Christie’s. Des hourras et applaudissements ont retenti lorsque le commissaire-priseur l’a adjugé pour 400 millions - auxquels s’ajoutent 50 millions de frais. Salvator Mundi devient la toile la plus chère au monde. Les Femmes d'Alger (version 0), de Pablo Picasso, s'est vendu 179,4 millions de dollars en 2015.

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