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Un Chinois est devenu roi suisse des semences

Jamais une entreprise chinoise n’avait réalisé d’acquisition d’une telle ampleur. Les firmes de l’Empire du Milieu s’intéressent aussi au commerce de matières premières, à l’hôtellerie et à l’horlogerie

Photo d'illustration
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AFP

Il faudra sans doute s’y habituer. En rachetant le géant agrochimique bâlois Syngenta, un des fleurons de l’économie helvétique, l’homme d’affaires Ren Jianxin, patron de ChemChina, a ouvert la boîte de Pandore. Car cette entreprise, qui a annoncé jeudi son retrait de la Bourse de New York, était l’une des 20 principales firmes suisses. L’an dernier, cette compagnie très internationale fabriquant des semences et des herbicides occupait même le septième rang national, avec une valeur en Bourse de plus de 34 milliards de francs, environ quatre fois plus que le budget annuel du canton! Certes, des sociétés suisses sont déjà passées depuis quelques années dans le giron de groupes chinois. Mais, en mettant 43 milliards de francs sur la table, Ren Jianxin s’est invité dans la cour des grands. Et, malgré quelques piaillements, aucun des 58 900 actionnaires de Syngenta ne s’est franchement opposé à cette transaction. Personne, en Suisse, ne s’est offusqué du fait, par exemple, que le patron de ChemChina soit un membre éminent du Parti communiste chinois (PCC). Et de longue date. Il en est imprégné. Né en 1958, il a d’abord été envoyé à la campagne pendant la Révolution culturelle (1966-1976) avant de commencer sa carrière en 1975 sur un poste très politique: secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste, le mouvement de jeunesse du PCC. Ren Jianxin est aussi le PDG d’un titan de 140 000 employés contrôlé de facto par le gouvernement chinois. ChemChina est la plus grosse entreprise chimique de Chine. Mis à part la chimie, elle se déploie aussi dans les pneumatiques, le raffinage du pétrole et les fertilisants pour l’agriculture, un des domaines de Syngenta. Pékin juge donc que ses activités sont stratégiques, ce qui n’est manifestement pas le cas de la Suisse. Ce rachat est aussi la plus grosse opération jamais réalisée par un groupe chinois à l’étranger. Ren Jianxin veut doubler les bénéfices du géant rhénan sur les prochaines années tout en assurant que son siège restera à Bâle. Jusqu’à quand? L’opération est sensible. Elle est aussi suivie avec beaucoup d’attention à Monthey, où Syngenta occupe 900 personnes dans ce qui est son plus grand site de production mondial.

Marché attractif pour les PME

Mais les relations économiques avec la Chine sont trop précieuses pour risquer de froisser un pays qui a fait l’honneur d’ouvrir l’année 2017 par la présence de Xi Jinping au Forum de Davos. Le 13 décembre dernier, un classement mis au point par Switzerland Global Enterprise (S-GE) en collaboration avec le Centre de recherches conjoncturelles de Zurich (KOF) révélait que la Chine était le marché export le plus attractif pour les PME helvétiques. Ce classement fait office de guide pour les PME exportatrices suisses. Les États-Unis et la Corée du Sud arrivent juste derrière la Chine. Dans l’autre sens, de grandes banques chinoises se sont aussi installées à Zurich. La Suisse devrait cependant se méfier de certains groupes chinois. En février, ce journal révélait que le négociant genevois de matières premières Addax, contrôlé par Sinopec, autre géant chinois, était ciblé pour des paiements douteux, notamment vers le Nigeria, pour 100 millions de dollars. Après l’ouverture d’enquêtes, Addax a payé 31 millions de francs à la justice genevoise afin d’éviter des poursuites. En août, le groupe fermait brusquement ses portes, jetant à la rue ses 174 salariés.

Hôtellerie et horlogerie, les nouvelles cibles?

Mis à part l’agrochimie et le pétrole, les Chinois sont aussi très intéressés par l’immobilier et l’hôtellerie. Sur les hauts de Villars-sur-Ollon, le Chalet Roy-Alp – un bijou cinq étoiles – est passé en mains chinoises le 19 mai. Au Mont-Pèlerin, c’est le Mirador Resort Spa qui, détaché de la chaîne Kempinski, a été vendu à Citychamp Dartong (Dartong), un groupe de Shanghai actif dans l’immobilier, la santé et le bien-être. L’homme influent de Dartong, Hon Kwok Lung, contrôle aussi la société horlogère Citychamp Watch Jewellery Group Ltd., cotée à la Bourse de Hongkong. Cette firme possède les marques horlogères suisses Corum et Eterna, à Granges (SO). D’éminents horlogers helvétiques confient à demi-mot recevoir fréquemment des offres de rachat de la part de groupes chinois. C’est bien connu: l’appétit vient en mangeant.

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