La Chine protège le Comté mais pas le Gruyère

CommerceBruxelles a réussi à négocier la protection de 100 AOP. Berne souhaite parvenir à une même protection pour ses fromages.

Le comté du Jura n’a plus à craindre d’être concurrencé, dans l’Empire du Milieu, par de pâles imitations.

Le comté du Jura n’a plus à craindre d’être concurrencé, dans l’Empire du Milieu, par de pâles imitations. Image: Lucien Fortunati

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C’est une bonne nouvelle pour les dizaines de milliers de producteurs de champagne français, de vin de Moselle, de bresaola italienne ou encore de comté du Jura qui cherchent des débouchés sur l’immense marché chinois. À partir de 2020, ils n’auront plus à craindre que leurs prestigieuses appellations de terroir (AOP) y soient abusivement concurrencées par de pâles imitations venues des États-Unis, d’Australie ou bien produites localement.

Cette protection est le fruit d’un accord inédit par son ampleur, dit «100 + 100», signé mercredi à Pékin par le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan. Cet accord établit une liste de 200 produits chinois et européens pour lesquels les autorités publiques des deux parties se sont engagées non seulement à reconnaître mais aussi à faire respecter les indications géographiques (terroir, normes de production) comme si c’était les leurs. Un acquis dont rêvent les Suisses.

Basé à Poligny, dans le Jura, Valéry Elisseeff prospecte depuis plusieurs années en Chine. L’AOP comté, dont il est le secrétaire général, fait partie des dix appellations «tests» européennes sur lesquelles Bruxelles et Pékin ont commencé à négocier en 2007. En 2013 déjà, il avait organisé en Chine des «tests de dégustation» de différentes variétés du fromage à pâte dure. Selon lui, la reconnaissance réciproque a l’immense avantage de «dispenser d’avoir à déposer une marque. C’est plus protecteur et moins coûteux», dit-il.

La Suisse a suivi le dossier

L’annonce faite depuis Pékin a été suivie de près à Berne. Sur le marché européen, la question des appellations suisses ne se pose plus puisque l’accord agricole de 1999 garantit que celles validées par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) sont reconnues partout chez les Vingt-Huit. Mais dans les relations avec les marchés étrangers, Berne et Bruxelles font chacun leur trace. Or le traité de libre-échange entre la Suisse et la Chine, entré en vigueur en 2014, abaisse certes certaines taxes d’importation mais ne prévoit pas ce type de protection contre les contrefaçons.

Les paysans veulent une liste pour les produits suisses

Si la Suisse avait donc pris de l’avance dans ses négociations avec la Chine, le pas franchi par Bruxelles ne la laisse pas indifférente. L’accord «100 + 100» pourrait créer un désavantage concurrentiel pour les produits suisses, si, par exemple, le comté proposé aux consommateurs en Chine y est certifié en provenance des fruiteries du Jura, alors que le vrai gruyère suisse risque d’y affronter la concurrence de ses ersatz américains à bas prix. Idem pour la viande des Grisons face à la bresaola italienne, également sur la liste.

C’est encourageant pour la Suisse car cela montre que c’est possible

Un porte-parole de l’Office fédéral de l’agriculture

L’Office fédéral de l’agriculture ne voit pas les choses ainsi. «Pour nous, c’est une nouvelle positive que l’UE ait obtenu cet accord, c’est encourageant pour la Suisse car cela montre que c’est possible», y explique-t-on. L’OFAG plaide, à l’unisson avec l’Union suisse des paysans (USP), pour adjoindre à l’accord de libre-échange actuel une telle liste. Mais en attendant d’y parvenir, il insiste sur la force de la «Swissness»: «La réputation de nos produits de luxe et (ou) alimentaires fait que les gens sont prêts à dépenser un peu plus pour acheter suisse.»

Mais l’an dernier pourtant, l’USP avait dressé un bilan sévère des retombées de l’accord avec Pékin, malgré l’augmentation des exportations agroalimentaires de 60% par an depuis 2015. «Ce n’est pas la demande en gruyère et fromage d’Appenzell de la part des millionnaires chinois qui est responsable de cette forte poussée mais la demande… en fromages râpés et en poudre», indiquait-elle. À Poligny, Valéry Elisseeff, lui, relativise les risques de distorsion de concurrence. «La reconnaissance de l’appellation n’est pas tout. Elle n’empêche pas les taxes à l’importation, par exemple, ou d’être sous le coup d’un embargo», note-t-il, faisant référence au bannissement des produits européens du marché russe.

Créé: 07.11.2019, 18h35

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