La chimie genevoise brille grâce à des nez créateurs

IndustrieLes parfums cultes se distillent entre Meyrin et la Plaine. Visite avec Nathalie Lorson, intronisée maître parfumeur par Firmenich.

Firmenich investit chaque année des dizaines de millions dans le développement de nouvelles molécules.

Firmenich investit chaque année des dizaines de millions dans le développement de nouvelles molécules. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Vous penserez à elle, perdu dans la foule d’un rayon parfumerie, trois jours avant Noël. La fragrance vaporisée par la vendeuse aura peut-être été «écrite» par Nathalie Lorson. Créatrice du Flora de Gucci ou encore d’Encre Noire de Lalique, cette dernière vient de rejoindre jeudi dernier – avec son collègue Tony Reichert – le club des douze maîtres parfumeurs de Firmenich. Adoubés par le conseil d’administration en récompense du succès des «jus» qu’ils ont contribué à créer, ces «nez» sont en lien étroit avec la famille propriétaire du groupe depuis 1895.

L’une des dernières idées de Nathalie Lorson? Avoir placé le café au centre d’un parfum pour femme, Black Opium. Tout est parti d’une commande de la maison Yves Saint Laurent. Un appel d’offres pour l’aider à revisiter son opiacé culte des années 80, lourd des épices alors en vogue. Exploratrice de ces senteurs qu’elle qualifie de «gourmandises», la créatrice cherche depuis longtemps à en réinterpréter le genre, vingt-cinq ans après le phénomène Angel, de Thierry Mugler. «Angel, c’était une overdose de patchouli et de miel, aujourd’hui je vais sur du plus fruité… ou du café», explique celle dont le père travaillait comme chimiste au sein de la maison française Roure, passée depuis sous la coupe de Givaudan, autre géant genevois des arômes et parfums.

24 000 tonnes par an

Nathalie Lorson travaillera près de quatre ans sur le projet, entre Neuilly et New York – centres de création d’un groupe qui se présente comme le numéro un de la parfumerie fine. Elle «écrit la formule» de l’opiacé noir et réassemble sans fin des dizaines d’ingrédients – «le café est très difficile à doser en raison de son caractère brûlé, torréfié» – pour ajuster la fragrance, sa puissance, sa tenue, son sillage. Le tout en collaboration avec les spécialistes des ingrédients de la tour de la Jonction, les commerciaux en liaison constante avec Saint Laurent, les évaluateurs chargés des tests consommateurs ou le labo assurant la stabilité et l’innocuité du jus. «Jusqu’à la fin, le client pouvait décliner notre proposition et choisir le concurrent», se souvient celle qui a rejoint Firmenich en 2000, après trois ans chez l’américain IFF, autre géant du secteur.

Lorsque le feu vert est donné en 2014, Firmenich lance la production du concentré dans une usine, récemment refaite à neuf, qui emploie 200 personnes à Meyrin. Le site produira cette année 24 000 tonnes de cette essence. Un parfum rencontrant un succès mondial nécessite à lui seul entre 50 et 100 tonnes de concentré par an – le produit vendu à la marque. Une essence qui part par fûts entiers vers d’autres sous-traitants qui le dilueront avec de l’alcool afin de le réexpédier à des embouteilleurs. Au final, ce concentré «made in Genève» – dont la formule reste la propriété du groupe – représente entre 5 et 10% du prix du flacon, parfois beaucoup plus selon la marque.

Hédione et helvétolide

Le statut privilégié des maîtres parfumeurs leur offre également un droit de regard sur les trois ou quate nouvelles molécules sélectionnées chaque année par Firmenich pour être développées à une échelle industrielle. De la chimie fine qui – magie du marketing – finira emballée sous le sapin. Ou dans la lessive. Pas de condescendance de la part de celle qui a commencé dans l’équipe dédiée aux détergents de la maison Roure, une fois sortie de l’école de la légendaire maison grassoise. Dans les produits ménagers, «c’est tout aussi technique car les formulations doivent être dosées au plus juste en raison des contraintes de coûts», relate celle qui est passée par P & G ou Clarins.

Firmenich investit chaque année des dizaines de millions dans le développement de nouvelles molécules. Des ingrédients de synthèse qui sont souvent produits dans l’autre usine genevoise du groupe, celle de La Plaine, au bord du Rhône. «Black Opium intègre une note que j’adore: un musc appelé helvétolide», relate Nathalie Lorson. «Se cantonner aux produits naturels – essence de fleurs, résines, bois – nous limiterait à des senteurs vieillottes», admet celle qui est pourtant née dans la capitale du mimosa.

Depuis l’invention de la molécule hédione il y a cinquante ans — à l’origine du succès d’Eau Sauvage — des centaines de composants ont permis d’écrire la parfumerie moderne. Celle qui se dépose au creux du coude ou du poignet, comme celle des machines à laver. (TDG)

Créé: 11.12.2016, 19h51

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