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Comme la chèvre de Monsieur Seguin

Éprise de liberté telle la chèvre de Monsieur Seguin, la Suisse n’en finit pas de batailler pour tenir à distance l’accord institutionnel que l’Europe entend lui faire accepter. Point principal d’achoppement, l’entorse à la libre circulation des personnes en la forme d’un ajustement des mesures d’accompagnement existantes, demandé par Bruxelles mais catégoriquement refusé par les syndicats, qui y voient une menace sur le niveau des salaires. Ce caillou dans la chaussure est en quelque sorte l’équivalent pour nos diplomates de ce que la frontière entre l’Irlande et les six comtés unionistes d’Ulster implique pour les négociateurs du Brexit: une probabilité nulle de s’accorder, une impossibilité d’aboutir, de permettre que deux parallèles se rejoignent avant l’infini…

Nations Unies, FMI, Banque mondiale, la Suisse a toujours traîné les pieds avant d’adhérer…

L’histoire des relations entre la Suisse et le monde qui l’entoure est parsemée de tels renâclements. Sans remonter au déluge, rappelons les interminables refus d’adhérer aux Nations Unies, au FMI et à la Banque mondiale, à l’Espace économique européen. Dans tous les cas sauf ce dernier qui perdure, la longue attente des partisans de l’ouverture a fini par être récompensée, et nul n’a plus aujourd’hui de raison de se plaindre. Alors pourquoi tant de méfiance? Pourquoi ce besoin absolu d’indépendance, alors que les liens culturels, scientifiques, sociaux, économiques existants intègrent depuis belle lurette la Suisse à l’Europe dans une mesure aussi forte, sinon davantage même, que celle qui, Royaume-Uni excepté, soude les uns aux autres les pays de l’Union européenne?

La crainte de la submersion n’explique pas tout. Il y a aussi, trivialement parlant, celle de perdre, par simple osmose, un niveau de vie incomparablement supérieur. Pourtant, dans tous les classements établis par les spécialistes de la chose, la Suisse se situe aux côtés de la Norvège et du Luxembourg aux trois premiers rangs mondiaux de la prospérité par habitant. Or la première nommée appartient précisément à cet Espace économique européen dont notre souverain n’a pas voulu, et le second est membre, qui plus est fondateur, de cette Europe qu’une nette majorité de notre même souverain a en horreur. Étonnant, non?

Les hantises ne sont pas bonnes conseillères. Mieux vaut considérer les faits et les chiffres. Regardons le Luxembourg, justement. Ce petit État, monarchie constitutionnelle parfaitement démocratique, ressemble beaucoup à un canton suisse, Genève pour ne pas le nommer, sinon par sa taille (2586 km2), du moins par sa population (600 000 hab.), et surtout par le nombre de travailleurs frontaliers qui chaque jour franchissent sa frontière: ils sont 200 000, soit à peu près le double des nôtres. Là-bas, la libre circulation s’exprime sans mesures particulières d’accompagnement, hormis celles prévues par les différentes directives CE applicables au marché du travail, ce qui ne s’est traduit à ce jour par aucune pression ni sur le niveau local des salaires, ni sur le taux de chômage, ni sur l’équilibre des finances publiques, et n’a engendré de problèmes qu’en matière, devinez…, de mobilité!

On peut donc parfaitement vivre heureux et prospère au cœur de l’Europe, quand bien même, il est hélas vrai, celle-ci est traversée de courants eurosceptiques voire europhobes, mais pas tellement différents, en définitive, de ceux qui existent chez nous

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