«Des centaines de milliards vont sortir de Suisse»

Gestion de fortuneLa petite clientèle ouest-européenne n'a plus intérêt à placer ses fonds en Suisse, à quoi va s'ajouter l'impact de l'impôt libératoire. Au total, les banques verront disparaître des centaines de milliards, estime UBS.

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«Suite à la réorganisation de la place financière et au projet d’impôt libératoire, nous nous attendons à ce que des centaines de milliards de francs sortent de la Suisse. Pour UBS, cela devrait représenter entre 12 et 30 milliards de francs». Ces deux phrases lâchées dans une interview publiée lundi par Schweizer Bank ont l'effet d'un coup de tonnerre, surtout venant de Jürg Zeltner, le grand patron de la gestion de fortune d'UBS.

Est-ce dire que la clientèle ouest-européenne des banques suisses retire d'ores et déjà ses fonds par dizaines de milliards? Interrogée sur ce point, l'Association suisse des banquiers (ASB) dit ne pas avoir relevé pour l'heure de diminution significative.

«Nous observons au contraire qu'après une chute en 2009, le volume des avoirs sous gestion en Suisse s'est repris et stabilisé en 2010 et 2011 à près de 5300 milliards de francs», explique sa porte-parole Sindy Schmiegel Werner.

L'impact de l'impôt libératoire

De fait, une part non négligeable de la diminution des avoirs sous gestion que prévoit Jürg Zeltner résultera de la seule mise en oeuvre de l'impôt libératoire, dès lors que les accords fiscaux négociés par la Suisse entreront en vigueur. Cet impôt forfaitaire unique grèvera le capital des clients domiciliés en Allemagne et au Royaume-Uni dans des proportions qui varieront de 21% à 41%, respectivement de 15% à 38% pour ceux résidant en Autriche.

Jürg Zeltner a probablement tenu compte du fait que clients paieront ce nouvel impôt à partir du compte qu'ils ont en Suisse et non pas avec des fonds qu'ils ont chez eux, relève-t-on dans les milieux bancaires. Autrement dit, «ces derniers verront leur fortune placée en Suisse diminuer d'autant».

Ainsi, un client Allemand détenant 10 millions de francs en Suisse et imposé par exemple à 25%, n'aura plus que 7,5 millions de francs au bout du compte. Répétés sur des milliers de clients, l'impôt libératoire qui doit permettre aux banques suisses de préserver le secret bancaire aura donc à lui seul pour effet de réduire les avoirs sous gestions de plusieurs dizaines de milliards de francs.

A cela s'ajoute, selon Jürg Zelner que, pour des raisons de coûts, il ne sera plus tant rentable pour les clients de moindre envergure d’investir leur argent au-delà de leurs frontières. Pour les clients très fortunés et les «family offices», en revanche, «la Suisse restera assurément une place financière privilégiée, tant que les conditions cadres demeureront avantageuses».

Compensé par la nouvelle clientèle

Une étude menée par le Boston Consulting Group pour le compte de l'ASB prévoit de même un reflux des avoirs de la clientèle d'Europe de l'Ouest ces prochaines années, note la porte-parole de l'association. «Mais, selon l'étude, celle-ci devrait être compensée par les fonds de clients venant des pays émergents, notamment d'Asie ou d'Amérique du Sud».

De l'avis de Jürg Zeltner, le marché en Suisse ne connaîtra toutefois guère qu'«une croissance négligeable» à l'avenir.

Créé: 19.09.2012, 08h08

Jürg Zeltner est le CEO d'UBS Wealth Management. A ce titre, il est responsable de l'ensemble des activités de gestion de fortune de la grande banque suisse à l'échelle mondiale. (Image: Keystone )

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