Ce bus électrique aurait pu tout changer

ÉcologieVingt «électrobus» roulent à Londres en 1907. Une arnaque fait finalement plonger cette technologie.

En 1910, les bus électriques vont cesser de circuler à Londres.

En 1910, les bus électriques vont cesser de circuler à Londres. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des bus électriques sillonnaient déjà les routes de Londres en 1907. À l’origine de ce projet, un Suisse passionné de motorisation, Edward Ernest Lehwess, titulaire d’un doctorat en droit de l’Université de Zurich. Un personnage qui se révélera être un arnaqueur. Cela fit un tort énorme à la traction électrique et… assit le succès des tenants du moteur à combustible.

En 1909, la compagnie Electrobus faisait même circuler une vingtaine de véhicules «propres». Hasard de l’histoire, c’est le nombre exact de bus à deux étages fonctionnant à l’hydrogène que viennent de commander les transports publics londoniens. Ces véhicules ne produisant aucun rejet polluant circuleront en 2020, peut-on lire dans «The Guardian».

Retour en arrière. Au début du siècle dernier, personne ne sait encore de quoi sera fait le futur du transport: pétrole, électricité ou vapeur sont en compétition. En 1907, un bon millier de bus londoniens fonctionnent avec un moteur à combustible. Des engins extrêmement polluants.

L’arrivée du bus électrique est saluée. «L’électrobus est certainement un plus grand rival que le bus fonctionnant au pétrole, pas seulement pour les bus tractés par les chevaux, mais également pour les tramways», s’enthousiasme en 1908 Douglas Fox, ingénieur reconnu du monde ferroviaire, devant ce qui est devenu aujourd’hui l’Association britannique pour la science, détaille le «New Scientist».

À l’époque, la pollution générée par les bus fonctionnant au pétrole scandalise. Les courriers de lecteurs dénonçant le bruit et les fumées nauséabondes pullulent dans les journaux. Un ami de la reine Victoria s’insurge même dans le «Times» contre «le grondement incessant, le cliquetis, l’atmosphère pestilentielle et la poussière diffusée par ces véhicules monstrueux».

Escrocs à la manœuvre

Pourtant, l’électrobus propre et silencieux sera abandonné à peine deux ans après son lancement. L’histoire gardera que les batteries à acide extrêmement lourdes de l’époque se sont révélées un obstacle insurmontable à sa commercialisation. La technologie fonctionnait cependant plutôt bien. En fait, l’abandon de la propulsion électrique est lié au fait que le projet a été conduit par des escrocs.

Personnage cosmopolite, parlant l’allemand, le français et l’anglais, Edward Ernest Lehwess aime les belles (et coûteuses) choses. Il a capté l’air du temps. En 1906, il va s’acoquiner avec Edward «Teddy» Beall, un flamboyant arnaqueur à l’origine de plus de 200 escroqueries. Ce dernier, qui sévira sous une douzaine d’identités différentes, vient tout juste de sortir de prison, où il est resté quatre ans condamné pour fraude bancaire. La London Electrobus Company est née.

Les deux compères projettent de faire circuler 300 bus dans les rues de Londres. Ils offrent à la vente des actions de leur entreprise à hauteur de 300 000 livres sterling, l’équivalent de 30 millions de livres aujourd’hui, arguant qu’ils ont obtenu un brevet leur assurant le monopole sur les bus électriques. Les gens électrisés se ruent pour investir.

Ce brevet se révélera n’avoir pas grand-chose à voir avec le projet. L’usine d’où devait sortir l’électrobus resta à l’état d’étable. Tout cela finit devant le juge et Electrobus Company fut contrainte de rembourser plus de 1000 investisseurs.

Malgré ce revers, Edward Ernest Lehwess et son comparse poursuivent l’aventure. La population veut de l’électrique sur les routes, après tout. Ils réussissent à se procurer aux États-Unis les batteries nécessaires. Fournies par Gould Storage, ces dernières pèsent 1,75 tonne pour 60 kilomètres d’autonomie, et mettent 8 heures pour se recharger. Guère rentable pour une compagnie de bus.

Une solution originale

Les ingénieurs de Gould Storage vont trouver la solution. Un système de batteries changeables en moins de trois minutes est mis au point. On remplacera les vides par des pleines. C’est une réussite. Le premier bus électrique circule le 15 juillet 1907 entre la gare Victoria et Liverpool Street à Londres. Les factures de Gould Storage ne furent, elles, jamais payées.

Edward «Teddy» Beall était un maître de l’arnaque. De l’argent fut levé pendant encore deux ans. Seule une petite fraction finit dans l’entreprise. Les escrocs se remplissaient les poches. Si une vingtaine de bus roulent électrique en 1909, ce chiffre est largement inférieur aux prévisions. Ça ne pardonne pas.

Le 3 janvier 1910, les clients londoniens attendent leurs bus électriques. Des bus qu’ils ne virent jamais. La faillite sonna le glas de l’aventure électrique… qui reprendra une centaine d’années plus tard avec la crise liée au réchauffement climatique. Que de temps perdu.

Créé: 02.08.2019, 19h05

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.