Cassis félicite Glencore et s’attire les foudres des ONG

Affaires étrangèresUn tweet du ministre des Affaires étrangères sur une mine en Zambie fait polémique.

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«Vraiment une bonne idée de débuter une première visite officielle en Afrique par une mine exploitée par #glencore?» Ancien secrétaire d’État adjoint au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Georges Martin a été l’un des premiers à réagir aux «premières impressions» d’Ignazio Cassis partagées lundi sur Twitter lors d’un voyage officiel en Zambie. L’éloge du ministre PLR, accompagné d’une photo de lui tout sourire, fait des vagues alors que le site visité et son exploitant sont accusés par les habitants et des ONG de polluer l’environnement et de ne pas payer d’impôts sur les bénéfices. Le tweet ravit en revanche Glencore: le géant des matières premières basé à Zoug s’est empressé de le relayer.

Cette récupération et le passage sous silence des critiques par le ministre fâchent l’ONG Public Eye, qui pointe depuis plusieurs années les pratiques fiscales de Glencore en Zambie. Dans le «Tages-Anzeiger», un porte-parole d’Amnesty International ajoute que la visite laisse un «goût amer». Côté politique, le vice-président de la Jeunesse socialiste suisse, Bertil Munk, ne mâche pas ses mots. «C’est un scandale et une énorme erreur de communication d’Ignazio Cassis. Il doit présenter ses excuses. Il fait de la publicité à une entreprise qui contrevient aux droits de l’homme.» Les auteurs de l’initiative «Multinationales responsables» ont aussi réagi, déclarant que les «pratiques scandaleuses» de Glencore «doivent être stoppées, pas applaudies».

«Depuis qu’il a pris ses fonctions, Ignazio Cassis défait pièce par pièce ce que nous avons construit. C’est une autre idée de la Suisse qui est en train de se dessiner»

Le tweet élogieux d’Ignazio Cassis interroge Georges Martin. «On avait l’impression qu’il visitait les chutes Victoria.» Selon l’ancien diplomate, qui a pris sa retraite en 2017, les prédécesseurs du Tessinois auraient sans doute évité de donner un tel retentissement à cette étape du voyage. «Nous faisions très attention au côté symbolique que pouvait revêtir une visite importante. C’est d’autant plus important dans un pays comme la Zambie, qui a connu de graves conflits sociaux avec ses mineurs.» Comment expliquer ce couac? «J’ai tendance à penser que c’est volontaire. Depuis qu’il a pris ses fonctions, Ignazio Cassis défait pièce par pièce ce que nous avons construit. C’est une autre idée de la Suisse qui est en train de se dessiner.»

Membre de la commission de politique extérieure, le conseiller national Laurent Wehrli (PLR/VD) prend la défense de son ministre. Il voit dans ce tweet un moyen de mettre la pression sur Glencore. Mais il concède: «La visite de la mine n’est pas la première chose que j’aurais communiquée. Un tweet sur l’ensemble du programme aurait sans doute permis d’éviter une récupération marketing.»

Ignazio Cassis a partagé plusieurs autres moments, comme la signature d’un accord sur le transport aérien. Dans le «Tages-Anzeiger», son porte-parole, Jean-Marc Crevoisier, indique que Glencore n’a pas demandé l’accord du Tessinois avant de relayer le tweet. Mais il ne la blâme pas: quand on utilise les réseaux sociaux, il faut s’attendre à ce que les tweets soient détournés, selon lui. Et d’indiquer que c’est le DFAE qui a proposé cette étape et qu’Ignazio Cassis a choisi par la suite les sites qu’il souhaitait visiter. Selon le porte-parole, cela lui a permis de voir de ses propres yeux que Glencore investit massivement dans cette mine critiquée.

(TDG)

Créé: 09.01.2019, 20h00

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