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Cannabis: les marchés ont démarré leur cure de désintoxication

L’éviction, mercredi, du co-PDG de Canopy Growth illustre les tensions actuelles qui entourent cette industrie.

Évincé mercredi, Bruce Linton est connu pour avoir contribué à la montée en puissance la société qu'il a fondée: Canopy Growth.
Évincé mercredi, Bruce Linton est connu pour avoir contribué à la montée en puissance la société qu'il a fondée: Canopy Growth.
Reuters

Au Canada, dans le monde foisonnant du cannabis, Bruce Linton n’est pas n’importe qui. Avec Mark Zekulin, il est connu pour avoir contribué à la montée en puissance de Canopy Growth, cette société dont la valorisation boursière tourne actuellement autour des 15 milliards de dollars.

Mercredi, son éviction immédiate, tant de la direction que du conseil d’administration, a donc logiquement provoqué une onde de choc au sein de toute cette industrie.

Fin de l’euphorie boursière

Cette annonce tombe d’autant plus mal que, contrairement à l’été dernier, les investisseurs ne se laissent clairement plus griser par les volutes de fumée propre au cannabis. Après une période totalement euphorique, où un groupe comme Tilray a vu son action s’envoler de 1000% en quelques semaines, les marchés ont remis les pieds sur terre. Depuis le début de l’année, la tendance est même à la forte baisse pour l’ensemble des producteurs de marijuana actuellement cotés en Bourse. Prenez l’action de Tilray! Cette dernière clôturait mercredi à 47,74 dollars, bien loin des 300 dollars atteints il y a un peu moins d’un an.

Si les contre-performances boursières sont moins violentes pour Canopy Growth, l’action du leader mondial a également perdu une vingtaine de dollars ces derniers mois, soit un tiers de sa valeur. Cette dégringolade, liée notamment aux 323 millions de dollars canadiens de déficit lors du dernier trimestre, aurait contribué au renvoi avec effet immédiat de Bruce Linton.

À en croire certaines sources, le patron canadien aurait surtout été incapable de résister à la prise de pouvoir de Constellation Brands sur Canopy Growth. Il y a un an, le producteur des marques de bière Corona et Modelo dépensait quelque 5 milliards supplémentaires pour détenir 37% de son capital et s’assurer quatre sièges (sur sept) au conseil d’administration.

Le sort de l’acolyte de Bruce Linton, Mark Zekulin, ne s’annonce pas non plus sous les meilleurs auspices. L’entreprise a en effet confirmé que ce dernier ne le remplacera que le temps de trouver un bon candidat pour reprendre les rênes du groupe.

Difficultés à la pelle

Sur un plan plus global, les difficultés propres au marché du cannabis dépassent désormais de loin les soucis de management de son leader mondial. Naturellement, il y a la question juridique. La légalisation du cannabis pose toujours problème et limite la possibilité d’estimer la taille que ce marché pourrait atteindre sur le long terme. À l’heure actuelle, les plus optimistes parlent d’une branche pouvant peser jusqu’à 200 milliards d’ici à dix ans (contre 8 milliards en 2018).

La question écologique fait également débat. Il y a quelques semaines, dans les pages du «Figaro», les analystes de la banque Schroders s’inquiétaient des enjeux environnementaux posés par la production de cannabis. Au vu de l’essor rapide de la production canadienne, plusieurs expertises ont été publiées pour rappeler que sa culture sous serre consomme énormément d’énergie. Quant aux plants poussant à l’extérieur, leur irrigation nécessite d’aller puiser dans les réserves aquifères et contribue à assécher les terres.

Enfin, les investisseurs ignorent surtout si cette industrie parviendra à développer une offre suffisamment forte, originale et diversifiée pour répondre et développer la demande. Est-ce que les acteurs du moment parviendront à sortir de leur casquette d’agriculteurs et à établir un jour une marque forte et attractive financièrement? Parviendront-ils à concevoir une sorte de Heineken du cannabis? Ce sont les questions que se pose Anton Sussland.

Sans cela, le conseiller en investissement genevois considère que faute «de barrière à l’entrée et de savoir-faire particulier», l’industrie risque de rester «fractionnée entre une multitude de petits acteurs locaux».

Les analystes de la banque Schroders ne sont pas non plus particulièrement tendres: «Bien que des différences notables existent d’une firme à l’autre, l’opacité des informations financières et l’insuffisance des actions entreprises suggèrent que ces sociétés sont, pour la plupart, mal préparées aux défis qui se présenteront inévitablement dans les années à venir.»

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