Breitling cesse de soutenir les vols du Super Constellation

AviationL’horloger ne financera plus l’appareil mythique restauré en Suisse. Ses pilotes remuent ciel et terre pour trouver un mécène.

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Au repos dans un hangar de Kloten, l’un des deux seuls Super Constellation encore en état de vol dans le monde est menacé d’y rester à jamais, après l’arrêt du soutien financier apporté par Breitling. «A la fin d’août, lorsque nous avons évoqué avec eux la convention qui nous lie, nous nous sommes vu répondre qu’elle ne serait pas renouvelée en fin d’année», explique Ernest Frei, pilote de cet avion de légende, contacté vendredi au téléphone. «Aucune explication précise ne nous a été donnée», poursuit cet ancien de Swissair.

Dure année pour «Connie»

Cet abandon intervient au plus mauvais moment pour l’association de 3500 membres qui s’évertue à faire voler l’appareil symbolisant un apogée mécanique balayé par le moteur à réaction à la fin des années 50. Jusque-là, les vols payants proposés à ces passionnés durant la belle saison – environ 80 heures par an – permettaient de rassembler environ un million de francs par an pour des restaurations hivernales. Chaque membre paie une cotisation de soutien de 120 francs, qui lui donne le droit de s’inscrire à un tour de «Super Connie» à 395 francs. «Les années sans gros souci nous ont permis d’économiser pour de gros travaux – comme la remise à neuf complète, aux Etats-Unis, des quatre moteurs Wright Cyclone», explique Ernst Frei.

Cet été, l’appareil sorti en 1955 des chaînes Lockheed de Burbank – banlieue cinématographique de Los Angeles autrefois industrielle – n’a pas pris son envol. Les attaques de rouille mises au jour cet hiver ont forcé ses mécanos à refaire toute la dérive jusqu’en juillet – trop tardif pour démarrer la saison. Pour ne rien arranger, des tests de freinage à Kloten ont mis le feu au train d’atterrissage au printemps. «Aujourd’hui l’avion est renouvelé à 80%, finir sa restauration nécessiterait 10 000 heures de travail», esquisse le coresponsable de l’association. Réfection des ailes, dépose des trains d’atterrissage… le budget est devisé à près de 2 millions, dont la moitié ont déjà été obtenus.

Lâchage de vieux coucous

Parallèlement aux membres de la Super Constellation Flyers Association, l’appui financier de la société horlogère «payait jusqu’à la moitié de la maintenance durant les années sans gros travaux», explique celui qui est parti en retraite anticipée après le «grounding» de Swissair. «Breitling nous soutenait depuis l’achat de l’appareil aux Etats-Unis il y a quatorze ans, sans eux nous n’aurions jamais volé», soupire cet ancien commandant de bord sur Boeing 747. Parmi les autres sponsors figurent Air Total – kérosène à prix avantageux – ou SR Technics et Swiss, qui offrent une réduction sur la location du hangar zurichois.

Rachetée en avril par les financiers britanniques de la firme CVC, la manufacture de Granges s’est jusque-là toujours présentée comme un fabricant de «montres et chronographes pour pilotes». Parti de Genève en mars dernier, un bimoteur DC-3 des années 40 portant ses couleurs a fait le tour du monde avant d’atterrir au Breitling Sion Airshow il y a dix jours. La marque aurait-elle décidé de se départir d’une image trop focalisée sur l’aviation? Contactée, sa porte-parole ne répondait pas lundi aux messages laissés à ce sujet.

Convoyeur du Pacifique

L’équipe de passionnés qui fait vivre la plus belle création de Howard Hughes – le magnat des années 30 – bat ciel et terre afin d’identifier un nouveau mécène. «Dans les sociétés internationales, il reste très difficile de faire entendre sa voix sur un tel projet sans disposer de forts appuis internes», relate Ernst Frei. Utilisé par l’US Air Force comme transport de troupes dans les années 60, l’appareil réapparut vingt ans plus tard au-dessus du Pacifique, chargé de transporter du thon entre les Philippines et Nagoya. «Aux Etats-Unis, les Constellation sont soit au musée, soit à la décharge; seuls les petits Suisses ont trouvé la clef pour obtenir des autorisations de vol et payer la rénovation – grâce à des vols payés par les membres d’une association», poursuit ce passionné. «Connie» n’a pas dit son dernier mot. Des vols sont inscrits sur son agenda 2018. Le premier partira de Cointrin pour survoler la parade d’Evian, le 20 mai.

Créé: 25.09.2017, 20h17

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