Bouleversements en vue sur la mobilité

TransportDans une étude, Julius Bär a cherché à établir de quelle manière nos futurs moyens de déplacement risquent de transformer notre économie.

BestMile est actuellement à la pointe dans le domaine des véhicules électriques fonctionnant par intelligence artificielle.

BestMile est actuellement à la pointe dans le domaine des véhicules électriques fonctionnant par intelligence artificielle. Image: FLORIAN CELLA

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Mardi en fin de journée, James Dyson, le génial inventeur de l’aspirateur sans sac, dévoilait sa volonté de percer sur le marché de la voiture électrique. Et pour mener à bien un tel projet, débuté dans le secret le plus total il y a deux ans, le patron du groupe éponyme a précisé être prêt à monter une équipe d’environ 400 personnes et à investir plus de 2 milliards de livres sterling (2,6 milliards de francs).

Cette annonce, aussi surprenante soit-elle, remet en évidence les bouleversements en cours qui sont en passe de toucher la mobilité humaine. «L’automobile de demain n’aura plus grand-chose à voir avec celle que nous connaissons», écrivait mardi notre chroniqueur François Savary (CIO de Prime Partners). Ce dernier faisait allusion à deux fractures majeures: l’avènement de la robotique qui pourrait déboucher sur des véhicules totalement autonomes ainsi que l’électrification en cours de nos principaux modes de transport.

En plein tournant électrique

Si de nombreux paramètres restent encore incertains concernant le devenir de la voiture autonome, il est impossible de nier le trend global qui entoure les voitures électriques. Cette année a notamment été marquée par un fort élan en leur faveur. «Une grande partie des constructeurs allemands ont promis que les véhicules électriques représenteraient, d’ici à 2025, 15% à 25% de leurs ventes», rappelle Norbert Rücker, chef analyste des marchés des matières premières chez Julius Bär et auteur d’une vaste étude sur la mobilité du futur. Même PSA, le champion européen du diesel, a pris le pas. «En 2023, 80% de nos véhicules seront électrifiés», assurait Carlos Tavares devant un parterre de journalistes réunis sur le stand Citroën lors du dernier salon automobile de Francfort.

Le patron du constructeur français fait pourtant partie de ceux qui doutent encore du bien-fondé du tout électrique. «Je ne voudrais pas que, dans vingt ans, on découvre que tout n’est pas aussi rose qu’on le pensait», a-t-il expliqué au Parisien en rappelant la problématique du recyclage des batteries, du risque de pénurie des matières premières rares nécessaires à leur conception ou encore des émissions électromagnétiques.

Lors d’une conférence, François Vuille, directeur du développement au Centre de l’énergie de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a rappelé que l’avantage compétitif de la voiture électrique sur son équivalente thermique était relativement ténu. «Il faudra que les constructeurs de modèle électrique parviennent à maintenir une meilleure efficacité sans quoi leur succès sur le long terme n’est pas garanti», estime-t-il.

De la possession au partage

Dans les conclusions de l’étude de Julius Bär, pour parvenir véritablement à une révolution de la mobilité, un troisième paramètre apparaît nécessaire: l’économie de partage. «Déjà aujourd’hui, pour beaucoup de besoins, il est plus pratique, plus tendance et surtout beaucoup moins cher de partager une voiture que d’en posséder une», souligne Norbert Rücker.

L’analyste de la banque suisse et son équipe ont ainsi élaboré un scénario où la mobilité citadine se transformerait en service, composée essentiellement de «taxis robotisés». La conséquence d’une telle mobilité à la demande serait multiple. «Elle pourrait non seulement déboucher sur une baisse du nombre de propriétaires et un allongement de l’âge moyen des voitures en circulation, mais aussi sur un développement plus rapide de la mobilité électrique», estime Norbert Rücker. Ce dernier s’attend donc à ce que les ventes de voitures déclinent dès 2030. Même tendance d’ailleurs pour la demande en pétrole.

Une industrie totalement chamboulée

Que le scénario établi par les chercheurs de Julius Bär se concrétise un jour ou non, l’évidence veut que les transformations en cours bousculent les acteurs actifs dans tout ce qui touche à la mobilité. «Il y aura nécessairement des gagnants et des perdants à l’issue de ce remodelage de l’industrie qui est déjà largement engagé», affirme François Savary.

Sans compter les idées encore floues du groupe Dyson, les constructeurs traditionnels font déjà face à l’émergence de nouveaux acteurs. A la Silicon Valley, les projets de voiture verte et autonome se sont multipliés ces dernières années et devraient entrer en confrontation directe avec les marques classiques.

Outre le poids croissant de Tesla sur la scène automobile, Google et Apple veulent clairement s’octroyer un jour une part de ce marché. Ce risque de concurrence est d’autant plus fort pour les constructeurs que nombre d’entre eux ont démarré tardivement leurs projets, tant dans le véhicule autonome que celui roulant à l’électricité. «Toute la dynamique est en train de changer, explique Norbert Rücker. Il est aujourd’hui difficile de savoir qui remportera la course et quels acteurs survivront à cette transition.»

Le bouleversement attendu par le chef analyste de la banque suisse ne devrait toutefois pas se limiter aux fabricants de voitures. L’univers de la mobilité inclut en effet une multitude d’industries et de sociétés de services dont les modèles d’affaires risquent d’être assez vite bouleversés. Et parmi les grands perdants cités par l’étude de Julius Bär, l’on retrouve notamment les géants pétroliers et les assureurs. «Il est prouvé que les véhicules autonomes produisent moins d’incidents. Cela devrait réduire le nombre de primes d’assurance-automobile à plus long terme», prédit Norbert Rücker. (TDG)

Créé: 28.09.2017, 11h20

La mobilité, un enjeu majeur à l’EPFL

«Lors de leur cursus universitaire, l’ensemble de nos étudiants se retrouvent sensibilisés aux nombreuses problématiques posées par la mobilité et la transition énergétique.» Mardi soir, Michaël Thémans, vice-président adjoint de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) pour l’innovation et la valorisation, rappelait l’importance prise par ces thématiques au sein de l’école fédérale lausannoise.

Identifiée par sa direction comme l’un des six enjeux mondiaux majeurs pour l’avenir de l’humanité, la mobilité a effectivement pris de plus en plus d’importance au cours des dernières années. «Une trentaine de laboratoires travaillent actuellement sur cette question sous des formes tant techniques que sociologiques», explique François Vuille, directeur du développement au Centre de l’énergie de l’EPFL. Que ce soit dans les nouveaux matériaux (nécessaires pour alléger les véhicules), le développement de senseurs de pointe, la gestion autonome ou encore l’étude des comportements des utilisateurs confrontés à un véhicule autonome, les axes de recherches sont nombreux et divers au sein des centres de recherche de l’institution fédérale.

Certaines start-up issues de l’EPFL ont d’ailleurs réussi à s’illustrer dans le domaine du véhicule autonome, à l’exemple de BestMile. Cette dernière est actuellement à la pointe en matière de nouvelles technologies connectées et de véhicules électriques fonctionnant par intelligence artificielle. A noter qu’au mois d’avril, la jeune pousse fondée par Raphaël Gindrat et Anne Koymans annonçait la levée de 2 millions de dollars.

«Start-up prometteuses, activités de recherche de pointe… A l’EPFL, nous avons tout en main pour apporter notre propre pierre à l’édifice et contribuer un jour au développement d’une voiture complètement autonome», estime François Vuille. O.W.

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