Les banques suisses demandent la fin des taux d’intérêt négatifs

Place financièreLe lobby bancaire a publié jeudi une étude censée attester les dégâts causés par les taux d’intérêt négatifs de la Banque nationale.

Chef économiste de l’Association suisse des banquiers, Martin Hess se fait de gros soucis pour les épargnants et les retraités.

Chef économiste de l’Association suisse des banquiers, Martin Hess se fait de gros soucis pour les épargnants et les retraités. Image: Keystone

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Intense courroux sur la place financière helvétique. L’Association suisse des banquiers (ASB) dénonce une nouvelle fois les fameux taux d’intérêt négatifs de la Banque nationale suisse (BNS), introduits en automne 2014. Le lobby bancaire demande maintenant l’abandon de ce système, en se référant à sa propre étude sur les dégâts causés par la politique monétaire de l’institut d’émission.

Bref rappel sur l’objet du litige. Après de modestes débuts à –0,25%, fin 2014, des taux d’intérêt négatifs à –0,75% sont perçus depuis janvier 2015 sur les avoirs à vue, placés sur des comptes de virement à la BNS. La vocation de tels comptes est de rendre possibles des versements en liquide massifs et immédiats.

Ces opérations permettent aux banques et aux caisses de pension de remplir au mieux leurs engagements. À commencer, pour les secondes, par le versement des retraites. Cette sorte de taxe, à –0,75%, frappe donc en première ligne les banques et les caisses de pension.

Les banques souffrent

Depuis près de cinq ans, l’objectif de cette mesure reste le même: lutter contre le franc fort et prévenir les risques de déflation. Mais l’ASB, organisation défendant les intérêts d’une majorité des banques du pays, ne s’en accommode plus. Sans indiquer de délai, l’association recommande l’abandon de cette politique monétaire, en raison «des effets nocifs des taux d’intérêt négatifs».

Dans leur étude intitulée «Taux d’intérêt négatifs: de la mesure d’urgence à la nouvelle normalité – et retour?» les experts de l’ASB ne contestent pas que cette mesure a permis de limiter la demande de francs. À leurs yeux, la monnaie helvétique n’est cependant plus surévaluée et les prix sont stables. Ils observent en outre une progression des exportations de 5% par an, au cours des deux derniers exercices écoulés.

Cette heureuse annonce concerne évidemment, avant tout, la pharma et la chimie, deux branches contribuant à plus de la moitié des exportations helvétiques, sans être en plus, ou justement, parmi les plus exposées aux risques de change. Même le tourisme, tellement sensible à l’évolution du rapport entre euro et franc, reprendrait lui aussi des couleurs.

Ces bonnes nouvelles ne permettent pas d’oublier les soucis de rendement des caisses de pension, aggravés par les taux d’intérêt négatifs. Ceux-ci pèsent en outre lourdement sur la profitabilité des banques: le régime actuel leur coûterait en moyenne 5% de leurs revenus d’intérêt chaque année.

Dans ce contexte, «nous nous faisons de gros soucis pour les épargnants d’aujourd’hui et les retraités de demain», a prévenu le chef économiste de l’ASB, Martin Hess. Celui-ci redoute en outre un taux d’intérêt négatif permettant à des entreprises non rentables de survivre artificiellement.

Du coup, l’étude de l’ASB se termine par une recommandation: trouver les moyens de quitter le scénario de crise actuel. Une remise en cause immédiate des taux d’intérêt négatifs semble pourtant loin de faire l’unanimité.

«En l’état, je pense que l’abandon pur et simple des taux d’intérêt négatifs n’est pas vraiment crédible», prévient François Savary, directeur des investissements chez le gérant de fortune genevois Prime Partners. Tout en précisant: «En économie, il est rare, pour ne pas dire impossible, de trouver des mesures qui n’aient que des effets positifs.»

Vice-président de la BNS de 2012 à 2015, Jean-Pierre Danthine ne craint pas non plus de décevoir les dirigeants de l’ASB: «Il me paraît impensable, dans la situation économique actuelle, fragile et avec des nuages à l’horizon, que les taux d’intérêt suisses soient plus élevés que ceux de la Banque centrale européenne. Ceux-ci sont aussi négatifs. Une montée des taux suisses au-dessus des taux européens provoquerait à coup sûr une hausse du franc.»

Une sorte de rappel à l’ordre

Jean-Pierre Danthine se permet même une sorte de rappel à l’ordre à l’intention de l’ASB: «Je pense que même cette organisation doit admettre qu’une appréciation significative du franc ne serait pas la bienvenue, aujourd’hui, du point de vue de l’économie suisse dans son entier.»

Créé: 24.10.2019, 20h29

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