Les bioplastiques issus de déchets sont promis à un bel avenir

InnovationÀ base d’algues ou de rebuts agricoles, les futurs plastiques naturels éviteront d’utiliser des ressources alimentaires.

En Italie, un ancien site pétrolier transformé depuis quelques années en bioraffinerie produit un bioplastique à base d’une huile tirée de la graine du chardon de Sardaigne.

En Italie, un ancien site pétrolier transformé depuis quelques années en bioraffinerie produit un bioplastique à base d’une huile tirée de la graine du chardon de Sardaigne. Image: DR

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Visuellement, la bouteille imaginée par Ari Jónsson ressemble à n’importe quelle autre bouteille disponible en grande surface. Sa particularité? Elle se situe au niveau de la matière qui la compose. Contrairement aux versions classiques en PET ou autre plastique dur, l’objet est fabriqué à base d’agar, une poudre obtenue à partir d’algues. Récompensé par un Prix du design en 2016, le prototype de l’étudiant de l’Académie des Arts de Reykjavik a surtout l’avantage d’entrer rapidement en phase de décomposition. «La bouteille a besoin du liquide pour conserver sa forme, mais une fois vidée elle commence à se décomposer», peut-on lire sur le site du World Economic Forum. Au moment de présenter sa bouteille, le jeune Islandais expliquait que l’objet serait en plus comestible. Son défaut principal: le goût salé que peut prendre l’eau si elle reste trop longtemps dans son récipient en biopolymère.

Faiblesses des bioplastiques

Ajouté à un coût de production trop élevé, ce type de faiblesses restreint pour le moment l’intérêt de tels polymères naturels comme alternative à ceux issus de la pétrochimie (plastique traditionnel). «Plasticité plus faible, résistance moyenne à la température, durée de vie plus courte… les inconvénients des bioplastiques sont encore trop importants pour en faire une option réaliste aux plastiques actuels», explique Libero Zuppiroli, professeur honoraire à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Malgré de tels défauts, la fabrication de bioplastiques a connu une forte croissance (voir infographie) ces dernières années. Une évolution certes à relativiser, vu que ces alternatives représentent toujours à peine 1% du marché du plastique global, mais toutefois surprenante au vu des oppositions qui les entourent.

Conçus actuellement à base d’amidon ou de PET végétal tiré de la canne à sucre, les bioplastiques sont en effet loin de remporter les faveurs du jury. En Suisse notamment, la levée de boucliers contre ces polymères naturels y est quasi générale. Qu’ils soient communicants au sein d’une multinationale, militants environnementaux ou encore scientifiques, leurs arguments sont les mêmes: un bioplastique n’est pas une bonne solution si sa composition entre en compétition avec l’alimentation humaine.

À cela s’ajoute la confusion souvent faite entre bioplastique et biodégradable. Car les deux mots ne vont pas de pair. «Il faut savoir que, dans la plupart des cas, un plastique naturel se décompose dans certaines conditions spécifiques propres au compostage. À l’air libre ou dans la mer, ces plastiques ne se décomposent pas», avertit Marco Pfister, chargé de campagne plastique pour Greenpeace Suisse. Selon le WWF, un plastique biodégradable ne signifie d’ailleurs pas pour autant qu’il puisse être jeté n’importe où. «Comme pour la matière synthétique, une vache ou un animal quelconque ingérant un tel plastique finira par mourir étouffé», alerte l’ONG. Du côté de la grande distribution et de l’industrie, on assure toutefois suivre de près l’évolution de la recherche dans ce domaine. «Lorsqu’il sera possible de fabriquer du plastique biodégradable à partir de déchets organiques, un véritable tournant pourrait s’opérer», affirme Lisa Asticher, porte-parole de Migros.

Dans les faits, le tournant mentionné par le géant orange a déjà démarré avec l’arrivée de plusieurs agroplastiques qualifiés de 2e génération. En plus des déchets agricoles au potentiel prometteur ou des algues, d’autres pistes se dessinent pour fabriquer des plastiques naturels sans épuiser nos ressources alimentaires.

L’avance de l’Italie

L’Italie notamment s’avère très bien positionnée sur ce marché plein de promesses. Les projets s’y multiplient, à l’exemple de Matrica, un ancien site pétrolier de Porto Torres, en Sardaigne, transformé depuis quelques années en bioraffinerie de dernière génération. Après de longues recherches, l’usine a mis au point un bioplastique à base d’une huile tirée de la graine du chardon.

En plus d’être considérée comme une mauvaise herbe au vu de sa prolifération sauvage, cette plante a l’avantage de pousser dans des sols pauvres et arides. Haut de plus de 3 mètres, le chardon produit en outre une farine qui permet de nourrir le bétail. À cela s’ajoutent encore la tige et les feuilles qui apportent les ressources énergétiques nécessaires pour faire tourner le site de production de bioplastique. Un exemple parfait et idéal d’économie circulaire. Plus récemment, associée à un autre groupe italien, Gruppo Hera, la société spécialisée dans la chimie verte Bio-On a investi 15 millions d’euros pour convertir une ancienne usine en laboratoire afin d’y tester et d’y développer de nouveaux plastiques naturels à base de déchets agricoles et agro-industriels. Cette dernière, basée à Bologne, y fabriquera notamment sa solution – récemment brevetée – de microperles en bioplastique.

Utilisées actuellement comme épaississants ou stabilisants, ces microparticules faites de plastique sont présentes dans une foule de produits tels que les shampooings, les dentifrices ainsi qu’une grande partie des produits de beauté féminins. Un fléau interdit d’ailleurs dans plusieurs pays, dont les États-Unis, mais pas encore en Suisse (même si cette piste de l’interdiction est à l’étude à Berne).

Changement de société

Si les bioplastiques et d’autres solutions se dessinent (lire ci-contre) peu à peu, Libero Zuppiroli rappelle toutefois qu’elles ne suffiront pas sans un changement drastique du comportement des consommateurs. «Notre société va devoir sortir de cette logique de supermarché et de facilité qu’elle a fini par adopter depuis l’invention du plastique. Pour continuer à jouir des divers avantages de cette matière synthétique extraordinaire, nous allons devoir totalement revoir notre manière de l’utiliser et surtout arrêter de la jeter comme si elle n’avait aucune valeur», conclut le scientifique.

(TDG)

Créé: 03.05.2018, 19h55

Une enzyme dévore le PET

Son petit nom: l’ideonella sakaiensis. D’après une étude publiée à la mi-avril par des chercheurs américains et britanniques, cette bactérie découverte au Japon se nourrirait exclusivement de polytéréphtalate d’éthylène, ce fameux PET qui compose une grande partie des bouteilles en plastique. Il n’en fallait pas moins pour que certains scientifiques développent l’espoir d’utiliser cet enzyme pour régler le problème de la pollution plastique des océans. De quoi inquiéter les défenseurs de la nature, qui craignent que cette enzyme n’entrouvre une porte et empêche toute remise en question globale de notre consommation de plastique. O.W.

Du plastique au pétrole

«Et si le plastique tiré du pétrole retournait à son état de matière fossile et venait même à servir de carburant?» En soi, l’idée n’est pas neuve et les premières expériences de pyrolyse du plastique remontent à de nombreuses années, dont certaines en Suisse à l’exemple de Plastoil en 2013 ou plus récemment du projet «Nouvelle Planète» de la HEIG-VD, dont l’appareil a été envoyé au Burkina Faso. Plusieurs nouvelles initiatives prometteuses dans ce sens ont toutefois été lancées ces derniers mois. Parmi elles, celle d’Adrian Griffiths en Grande-Bretagne. Patron d’une start-up baptisée Recycling Technologies, ce dernier a mis au point une nouvelle machine aux multiples avantages. En premier, l’huile produite par sa technologie pourrait soit servir de carburant, soit être retransformée en plastique. Mais le plus intéressant résulte surtout du fait que grâce à une technique de recyclage des matières premières développée à l’Université de Warwick, l’appareil de Griffiths n’a pas besoin de trier les déchets, un obstacle coûteux jusqu’ici.

L’amélioration continue des systèmes de pyrolyse rend d’ailleurs réalisables des projets ambitieux comme celui du navigateur Yvan Bourgnon et son quadrimaran ramasseur de déchets plastiques (lire notre édition du 3 mai) ou de celui des jeunes Français Simon Bernard et Alexandre Dechelotte. Baptisé Plastic Odyssey, ce navire-laboratoire devrait faire le tour du monde propulsé uniquement grâce aux déchets plastiques récoltés et transformés en carburant. O.W.

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