Barroso chez Goldman Sachs: la presse assassine

BanqueLa nomination de l'ex-président de la Commission européenne au sein de la banque américaine fait bondir les médias français notamment.

Barroso a quitté ses fonctions européennes début novembre 2014 et a cessé de percevoir en janvier 2015 l'indemnité de transition prévue.

Barroso a quitté ses fonctions européennes début novembre 2014 et a cessé de percevoir en janvier 2015 l'indemnité de transition prévue. Image: Keystone

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L'engagement vendredi dernier au sein de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs de l'ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso n'en finit pas de faire des vagues. «Sans honte», «indécent», un «bras d'honneur»: dès l'annonce de son embauche, une pluie de critiques du monde politique s'est abattue sur le Portugais. C'est au tour des médias de s'en donner à coeur joie, notamment la presse française qui estime que cette nomination tombe au plus mal.

Libération , dans un article reprise par le quotidien fribourgeois La Liberté mardi, dresse le portrait de celui qui a été pendant 10 ans, de 2004 à 2014, à la tête de l'UE et qui va maintenant conseiller Goldman Sachs à limiter les effets négatifs du Brexit. Une fin de carrière «choquante » pour le journal. Qui rappelle que la banque américaine a été l’une des plus impliquées dans la crise des subprimes aux USA qui a dé­bouché sur la crise financière de 2007. Et dans la crise grecque, c'est aussi elle qui a aidé «à dissimuler l’étendue de son déficit avant de spéculer, en 2009-2010, contre la dette grecque dont elle connaissait évidemment l’insoutenabilité».

«C’est, au pire moment, un symbole désastreux pour l’Union et une aubaine pour les europhobes, un président de Commission étant censé incarner, bien au-delà de son mandat, les valeurs européennes qui ne sont justement pas celles de la finance débridée qu’incarne Goldman Sachs», écrit «Libé».

Le quotidien estime encore que sous son règne, la Commission européenne a été ravalée au rang de «simple secrétariat du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement». «C'est donc un homme qui a gravement affaibli l’Europe communautaire et ses institutions qui se recycle dans une des banques d’affaires les plus controversées de son époque», souligne encore le quotidien français qui estime que Barroso a adressé ainsi «un gigantesque bras d'honneur aux Européens».

Un geste anti-européen

Le Monde revient aussi mardi sur cette embauche surprise. «Ils ont choisi M. Barroso, qui, dépourvu du moindre charisme, a épousé toutes les balivernes libérales les plus simplistes de l'époque. On se souvient du marché qui s'autorégulait, de la mondialisation qui ne pouvait être qu'heureuse, de l'austérité budgétaire qui était bonne pour la ligne, etc», écrit le journal. «De la crise de 2008, il n'a rien vu venir. Il a présidé la Commission sans originalité, sans susciter la moindre idée qui eût été susceptible de renouveler l'idéal européen.»

«Que M. Barroso ait accepté de contribuer ainsi au discours des mouvements protestataires anti-européens d'ultra-droite, ceux-là mêmes qui menacent le caractère démocratique du continent, est révoltant. C'est un geste anti-européen, aux répercussions terribles dans l'opinion», estime encore Le Monde.

Le Figaro évoque lui aussi cette nomination. «L'embauche de l'ex-président de la Commission paraît destinée à conforter le reproche permanent qui est fait aux institutions de l'Europe: celui de leur connivence avec la finance mondiale», écrit le journal. «Le symbole est dévastateur. Il donne une image d'arrogance de l'Europe d'en haut envers l'Europe d'en bas.»

«Barroso n'est pas le premier ex-commissaire à rejoindre Goldman Sachs. Il fait déjà le miel de tous les populistes anti-européens trop heureux de prendre la politique en flagrant délit d'inceste avec la finance», écrit pour sa part la Voix du Nord mardi. Qui rappelle que cette embauche n'est pas illégale. «Ce n'est pas juridiquement illégal, mais c'est moralement scandaleux, humainement révoltant et politiquement honteux.»

Quant au principal intéressé, José Manuel Barroso, il s'est défendu dans l’hebdomadaire portugais Expresso: «Après avoir passé plus de 30 ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale», a-t-il déclaré. «Si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique», a-t-il ajouté, balayant tous les reproches.

Enfin, la Commission européenne a rappelé lundi que José Manuel Barroso était tenu au «secret professionnel» en tant qu'ancien président de l'exécutif bruxellois. «Dans tous les cas de figure, tous les anciens membres (...) restent liés par les obligations d'intégrité, de discrétion et de secret professionnel comme décrit» dans deux articles du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, a rappelé un porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas.

(nxp)

Créé: 12.07.2016, 11h03

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José Manuel Barroso occupera les fonctions de président non-exécutif de Goldman Sachs International, branche internationale du groupe américain basée à Londres, et de conseiller de Goldman Sachs. «José Manuel va apporter une analyse et une expérience immense à Goldman Sachs, et notamment une profonde compréhension de l'Europe. Nous sommes impatients de travailler avec lui», ont déclaré Michael Sherwood et Richard Gnodde, codirecteurs généraux de Goldman Sachs International.

José Manuel Barroso n’a enfreint aucune règle, puisque au-delà de dix-huit mois après la fin de leur mandat rien n’oblige les anciens membres de la Commission à rendre des comptes, a pour sa part souligné cette institution.

Premier ministre du Portugal de 2002 à 2004, M. Barroso a occupé la présidence de la Commission européenne de 2004 à 2014, période durant laquelle l'Europe et le monde ont été secoués par la grave crise financière de 2008.

La décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, prise lors du référendum du 23 juin, a provoqué un accès de panique sur les marchés, les investisseurs redoutant l'incertitude qui en découle et les conséquences du Brexit sur l'économie.Les grandes banques américaines, qui ont d'importantes activités dans le centre financier de Londres, s'inquiètent des conséquences de cette sortie britannique pour leur accès au marché unique européen.

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