Banque postale: le pour et le contre

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Le compte de chèque postal, le fameux CCP, est sans doute pour la plupart des gens leur tout premier contact avec le monde des services financiers. Il collecte leurs petites économies, accompagne chaque mois de ses bulletins orange (autrefois verts…) leurs factures de loyer et d’électricité, et relaie ainsi une multitude de versements et de virements dont il consigne encore souvent les «récépissés» dans ces inénarrables petits carnets jaunes. En Suisse comme partout ailleurs, La Poste s’est tôt imposée comme un important opérateur du trafic des paiements. Son «Service des chèques et des virements postaux», né en 1906, a même précédé celui de l’Allemagne, lancé en 1908, et commencé ainsi à fonctionner bien avant son équivalent français, qui date de 1918.

Cette fonction d’incontournable intermédiaire financier a peu à peu amené La Poste à développer un réseau d’agences d’une capillarité qu’aucune banque n’a jamais réussi à égaler. L’occasion faisant le larron puis, dans des circonstances plus récentes, nécessité faisant loi, elle a peu à peu étendu son champ d’action à celui traditionnellement réservé à la banque, et décroché au fil des révisions législatives les compétences nécessaires. Séparée de La Poste, dont elle est devenue une filiale à 100%, PostFinance a d’abord obtenu de la FINMA le statut d’intermédiaire financier soumis à la surveillance de l’autorité de contrôle (2011), puis «l’autorisation nécessaire pour exercer en tant que banque et négociant en valeurs mobilières» sous certaines conditions (décembre 2012), et enfin, ces conditions – dont la transformation en société anonyme – étant réunies, la levée des dernières restrictions à l’entrée en vigueur de ladite autorisation (juin 2013).

Cette licence bancaire demeure toutefois restreinte, puisque selon la loi (LOP art. 3 al. 3), La Poste – et donc sa filiale PostFinance – «ne peut octroyer de crédits ou d’hypothèques à des tiers». Fâcheux, puisque les fonctions bancaires les plus lucratives sont celles, précisément, qui lui sont interdites. Or tant la mère que sa fille subissent depuis des années une lente érosion de leur profitabilité, qui ne peut qu’aller s’aggravant pour la première en tout cas, tant les activités purement postales sont menacées par l’évolution technologique et l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. D’où l’idée, avancée par le Conseil fédéral, à l’envers de ce qu’il défendait il y a peu, de réviser la loi pour permettre à PostFinance d’accéder à une licence bancaire pleine et entière.

Une banque postale sur le marché très disputé des crédits hypothécaires? Il y a du pour et du contre. Le pour, c’est qu’une accentuation de la concurrence sur ce marché bénéficierait au consommateur final, et que l’élargissement des sources de revenu de PostFinance ferait du bien aux finances de La Poste. En revanche, il n’est pas sûr que la BNS en soit très ravie. Une offre accrue de crédit risquerait en effet de porter encore plus haut un endettement hypothécaire qui bat déjà tous les records et fragiliserait encore davantage certaines banques fortement – pour ne pas dire exclusivement – engagées dans cette seule activité.

L’accueil réservé à la proposition du Conseil fédéral est d’ailleurs pour le moins réservé. Comme on l’imagine, ce sont les banques cantonales qui se révèlent les plus «irritées», et les milieux politiques de droite dénoncent déjà ce qui deviendrait à leurs yeux une «banque hypothécaire fédérale». Belle bagarre en perspective. (TDG)

Créé: 10.09.2018, 18h06


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