La Banque nationale a des soucis de riches

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La Banque nationale suisse est en principe, sous toutes les coutures légales et réglementaires, une institution indépendante qui ne reçoit d’ordres de personne et s’emploie uniquement à remplir son mandat constitutionnel. Elle mène donc «une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays» (Cst. art. 99 al. 2). Les circonstances l’ont cependant amenée non pas à s’écarter de ce mandat, mais à donner à la notion d’intérêt général un sens plus large que celui auquel on avait l’habitude de se référer. Naguère, la stabilité monétaire recherchée impliquait simplement qu’on s’en tienne à la stabilité des prix. Formellement depuis 2004, mais dans les faits pratiquement depuis 1987, on y a attaché la stabilité conjoncturelle, et depuis 1978 le cours de change du franc s’est même glissé mine de rien dans les objectifs implicitement visés, avec, on s’en souvient, l’épisode presque rocambolesque de l’instauration puis de la levée du cours plancher face à l’euro.

La fin ayant justifié les moyens, la BNS a réussi par divers truchements à faire disparaître l’inflation sans trop attenter à la conjoncture. Mais son flanc a du même coup été soumis de divers côtés à la critique. Le passif d’un bilan démesurément grossi par les interventions sur le marché des changes a éveillé les appétits pour des distributions plus généreuses de ses bénéfices, et l’actif correspondant attire depuis quelque temps des revendications qu’on a de la peine à classer parmi les objectifs naturels de la politique monétaire.

Dernières en date de ces demandes, celles qui voudraient que la Banque nationale ne place jamais son argent dans les titres d’entreprises peu ou prou liées à l’exploitation d’énergies fossiles, après qu’on l’a déjà amenée à s’abstenir «d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement, ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international».

En outre – ce qui va de soi vu la nature de la chose – elle a d’elle-même et depuis fort longtemps renoncé, pour éviter tout conflit d’intérêts, «à acquérir des actions de banques et d’autres établissements à caractère bancaire à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés». À ce rythme, il lui sera bientôt impossible d’acquérir quelque part que ce soit dans du capital privé étranger…

Grand bien lui fasse? Une banque centrale n’a pas pour vocation, même si elle en a les moyens, de se muer en investisseur mobilier. Ses réserves de devises ne sont là que pour protéger la monnaie au cas, très hypothétique dans celui de la Suisse, où elle serait victime d’un déficit extérieur persistant. Si les nôtres sont devenues si grandes, c’est que tout au contraire un excédent confortable, de la balance courante comme des mouvements de capitaux, pousse constamment le cours du franc vers le haut.

Et il faut bien que la BNS, pour freiner cette pression, crée du franc à tour de bras et accumule de ce fait les devises étrangères acquises en échange. Placer ces dernières de manière rémunératrice n’est pour elle qu’une occupation très accessoire, largement confiée d’ailleurs à des conseillers externes, et il serait malheureux que l’attention publique se focalise désormais sur cet aspect des choses au lieu de se concentrer sur ce qui relève exclusivement de la politique monétaire, où il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire, mais ce sera pour une autre fois. (TDG)

Créé: 26.11.2018, 21h19

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