La banque BIL est prête à quitter sa tour

ÉconomieLa vieille maison du Grand-Duché est soutenue par son propriétaire chinois. Mais son immeuble, trop grand, reflète une époque.

Les locaux de l’établissement, sis au boulevard Georges-
Favon, sont proposés à la location depuis novembre.

Les locaux de l’établissement, sis au boulevard Georges- Favon, sont proposés à la location depuis novembre. Image: DR

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Ne pas se fier aux noms. L’établissement en mains chinoises le plus discret de la place financière genevoise, la Banque internationale à Luxembourg (BIL), dispose depuis peu de moyens supplémentaires pour s’agrandir mais se sent un peu perdue dans son immeuble du boulevard Georges-Favon.

En bordure du quartier des banques, ces deux bâtiments accolés – 2800 m² sur sept étages, cafétéria sur le toit et salles des coffres comprises – sont proposés à la location depuis novembre. Problème, la ville ne manque pas de bureaux pour accueillir une banque au complet. Près de l’Hôpital, BNP Paribas cherche aussi un repreneur pour 7000 m² qu’elle veut céder.

«Nous passons en revue l’implantation de nos bureaux genevois, qui s’avéraient déjà trop grands lorsque nous avons repris KBL en 2015», explique Hans-Peter Borgh, le nouveau patron de la BIL en Suisse. Gravitant depuis trois ans dans l’orbite du conglomérat chinois formé autour du géant des ordinateurs Lenovo, la BIL n’occupe aujourd’hui que les deux tiers de son immeuble historique, conçu pour une institution «y logeant ses propres services de back-office (ndlr: équipes de support)», explique ce responsable. Une grande partie de ces équipes a disparu – notamment l’informatique – depuis des années, mais la durée du bail a retardé tout réaménagement. «La décision de s’installer sur un autre site genevois ou de rester dans l’immeuble actuel tout en le sous-louant en partie n’a pas encore été entérinée», pointe Hans-Peter Borgh.

Embauches prévues

Ce dernier écarte toute velléité de restructurations d’une filiale genevoise portant les stigmates de la grande crise bancaire affrontée il y a une décennie. «J’ai été nommé ici, en Suisse, pour y développer l’activité internationale du groupe BIL avec le soutien de nos actionnaires, en particulier à partir de Genève», soutient celui qui est arrivé début novembre.

Actuellement, cette activité helvétique a la responsabilité d'un peu plus de 4milliards d’euros, environ le dixième de ce que gère un établissement comme Mirabaud. Selon Hans-Peter Borgh, l’année 2019 a été marquée par un apport net de fonds de ses clients fortunés en Suisse.

La banque luxembourgeoise a annoncé cet automne avoir procédé à une augmentation de capital de 85 millions de francs, destinée à son antenne helvétique. Ce renfort lui permettra d’accroître son offre de prêts auprès de sa clientèle mais également «d’assurer notre développement en recrutant de nouveaux collaborateurs à Genève et à Zurich», pointe Hans-Peter Borgh. La BIL emploie actuellement 115 collaborateurs en Suisse – dont une cinquantaine à Genève – et son patron table sur une quinzaine d’embauches dans les douze à vingt-quatre mois.

Une décennie tourmentée

Le plus ancien établissement du Grand-Duché laisse derrière lui des années tumultueuses. En 2011, la BIL faisait partie – avec les banques privées KBL, aussi présentes à Genève – des activités que les deux grands groupes malades du Benelux, Dexia et KBC, s’étaient vus forcés d’abandonner. Aux yeux des gouvernements qui avaient évité le naufrage, la clientèle internationale fortunée n’était pas la priorité. Cela avait permis à la famille royale qatarie de racheter KBL pour 1milliard d’euros puis la BIL pour 700millions, selon les montants donnés par le «Luxemburger Wort».

Leurs antennes helvétiques étaient elles aussi tombées dans l’escarcelle du Qatar. D’un côté, la BIL (Suisse) SA, ayant alors la responsabilité de 2milliards de francs et pour laquelle une centaine de collaborateurs travaillaient entre Genève, Zurich et Lugano. De l’autre, une KBL Swiss Private Banking qui, un an auparavant, comptait 180 collaborateurs et avait la responsabilité de 5milliards de francs… avec, en bonus, l’immeuble genevois rose et un hôtel particulier à Lausanne. Profondément réorganisées – informatique «maison» externalisées, immeuble vendu à un banquier de Jeddah – les deux antennes helvétiques sont réunies en 2015 au sein de la seule BIL.

Deux ans plus tard, le Qatar revendra tout le groupe BIL au chinois Legend Holdings, pour 1,5milliard d’euros, activités suisses comprises. Le Luxembourg, lui, garde une part de 10%, souvenir du sauvetage déployé il y a une décennie. La Suisse reste le centre de l’activité «internationale». Mais ses bureaux genevois sont devenus le reflet d’une autre époque.

Créé: 02.02.2020, 19h34

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