Avenir Suisse imagine le pire pour impressionner le parlement

EconomieAvenir Suisse anticipe un parlement illibéral. Le conseiller national socialiste Samuel Bendahan réplique.

« S’agissant des multinationales, Avenir Suisse fait preuve d’un catastrophisme sans nuance» , affirme Samuel Bendahan.

« S’agissant des multinationales, Avenir Suisse fait preuve d’un catastrophisme sans nuance» , affirme Samuel Bendahan. Image: Laurent Crottet

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Dix jours après l’élection du nouveau parlement, les penseurs d’Avenir Suisse viennent souffler à l’oreille des élus dans un essai original présenté jeudi à Zurich. «Et si…» adopte une forme originale qui déploie sur 200 pages, de façon claire – et, oui, agréable à lire – les recommandations du laboratoire d’idées libéral. Treize dystopies éclairent ce que serait à ses yeux la Suisse en cas de «départ soudain des multinationales» ou de «politique climatique suisse mise en œuvre qu’au niveau national». Passage en revue de quelques-uns de ces scénarios chocs – les plus directement liés à l’économie – et des messages politiques qu’ils sous-tendent; avec, en contrepoint, le regard critique du conseiller national socialiste Samuel Bendahan.

Et si les multinationales partaient?

«Partout, d’immenses surfaces de bureaux attendent d’être occupées. Avec le départ des grandes entreprises, 26% des emplois ont disparu d’un seul coup […], un manque à gagner de 4,5 milliards de francs au niveau fédéral.»

Ce scénario catastrophe fait écho au projet des grandes nations industrielles d’harmoniser la taxation des multinationales, alors que la Suisse vient de refermer l’interminable feuilleton de la réforme de la fiscalité de ses entreprises. De quoi pousser Avenir Suisse à lancer un appel pour «contrer de manière proactive la limitation des possibilités de différenciation de la fiscalité des entreprises».

Aux yeux du parlementaire socialiste, ce catastrophisme «sans nuance» contredit une réalité exprimée par les groupes étrangers ayant un véritable ancrage en Suisse, qui «ne partiront pas en seule raison d’un changement de leur taux d’imposition… surtout s’il reflète des normes internationales».

Et si l’OMC s’effondrait?

«Coup de théâtre: les États-Unis se retirent officiellement de l’OMC, la Chine leur emboîte le pas […], le Conseil fédéral annonce une stratégie visant à créer de nouveaux accords bilatéraux mais les ONG et le lobby agricole bloquent leur ratification.»

On ne l’attendait pas sur ce front mais le «think tank» se pose en défenseur de l’organisation sise à Genève et recommande aux autorités d’œuvrer à la «réforme de l’OMC».

«Le problème reste que l’esprit de l’OMC est ici simplement instrumentalisé afin de mieux combattre un quelconque encadrement du commerce – notamment via des normes environnementales ou sociales – par un gouvernement démocratique», pointe l’élu socialiste vaudois.

Et si la politique climatique était uniquement nationale?

«En 2021, la population s’est prononcée en faveur d’une mise en œuvre des objectifs climatiques de Paris exclusivement au niveau national d’ici à 2030, avant de porter l’objectif de réduction des émissions de CO2 à 100% en 2050.» Un tel volontarisme serait désastreux aux yeux d’Avenir Suisse, qui prédit, pêle-mêle, une augmentation «massive» de la taxe sur le CO2, des vols intérieurs «interdits», une taxe de 2 francs par litre sur les carburants ou de 8 fr. 40 par kilo de viande…

Sur le front économique, «le risque que ces objectifs climatiques soient liés à l’intérêt d’industriels – par exemple la promotion des cleantechs – est très réaliste», prévient le think tank, lancé il y a une vingtaine d’années par une poignée de banques et de multinationales.

De quoi choquer notre parlementaire socialiste, qui dénonce «une position réactionnaire, notamment lorsque est avancé l’argument selon lequel un des pays les plus riches au monde pourrait se passer d’être exemplaire dans cet effort planétaire». Il se dit «étonné» par des attaques contre le secteur des cleantechs, qui semblent «à rebours des idées que pourrait déployer une pensée libérale soutenant la création de filières innovantes». À ses yeux, «une telle position ne peut s’expliquer que par la volonté de défendre des entreprises déjà bien établies».

Et si les réserves de la BNS étaient confiées à un fonds souverain?

«La première année, ce fonds souverain génère un rendement respectable d’un peu plus de 2%, soit environ 8 milliards de francs reversés à la Confédération et aux Cantons […] Les luttes pour la redistribution s’intensifient, comme les appels à une influence directe sur les investissements du fonds. Il ne s’agit plus d’une question de rendement, mais plutôt d’investir des milliards, par exemple dans des projets climatiques.»

Les penseurs libéraux n’en démordent pas, un tel fonds souverain «ne peut tenir ses promesses et met en péril la stabilité macroéconomique de la Suisse ainsi que celle du franc suisse».

De quoi faire réagir un parlementaire de gauche qui a récemment soutenu une étude réalisée par l’économiste Cédric Tille, concluant que la mise en place d’un tel bras financier national – sous l’égide de la Confédération – coûterait moins cher au pays que son absence. «Nulle part je ne vois d’idées progressistes prônant la mobilisation d’un tel fonds souverain pour investir dans des secteurs d’avenir», pointe Samuel Bendahan.

Créé: 31.10.2019, 19h39

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