En Argovie, l’industrie est sonnée par des milliers de licenciements

EntreprisesReportage dans un canton qui craint une hémorragie industrielle.

Image: Keystone

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La nouvelle a fait l’effet d’un coup de massue. Il y a une semaine, General Electric (GE) annonçait son intention de sabrer 1400 emplois sur trois sites argoviens de son unité GE Power, qui fabrique notamment des turbines à vapeur et à gaz. John* fulmine, tirant nerveusement sur une cigarette devant le siège helvétique du groupe américain, un immense bâtiment en verre situé près de la gare de Baden. «C’est la m…, lâche en anglais le Britannique. Lorsque GE a racheté le pôle énergie d’Alstom (ndlr: que lui avait cédé ABB en 2000), on avait l’espoir que ce serait positif. On s’est trompé.» En 2016, un an après cette acquisition, GE biffait 900 postes en Argovie. Si au terme de la période de consultation le nombre de licenciements prévus ne diminue pas, en Suisse près d’un poste sur trois du conglomérat passera à la trappe. La restructuration s’inscrit dans un plan mondial de réduction d’effectifs qui menace 12 000 postes. GE invoque les difficultés vécues sur le marché mondial de l’énergie, et notamment la pression sur les prix de l’électricité.

Pour John, la pilule est dure à avaler. «La direction a fait des erreurs stratégiques. En réalité, elle n’a tout simplement pas de stratégie.» Il redoute que l’hémorragie à venir en annonce d’autres. La crainte est la même pour les syndicats Syna et Unia, selon lesquels le dégraissage suit une logique purement financière.

Avec son gilet siglé «GE» et ses 36 années de boîte – d’abord ABB, puis Alstom et GE – Markus* tente de faire bonne figure. «Ça ne sert à rien de se morfondre, mais je ne vois pas comment GE veut redresser la barre en réduisant ses forces.» John et Markus devront attendre plusieurs mois avant d’être fixés sur leur sort. Cette incertitude pèse sur le moral des collaborateurs, relate Thomas Bauer, représentant du personnel. «Il n’y a pas de mots pour décrire comment cette direction américaine traite ses employés.»

Ces licenciements sont un nouveau coup dur à encaisser pour l’économie argovienne. Il y a quatre mois, le spécialiste américain de l’automation Rockwell annonçait vouloir supprimer 250 postes à Aarau. En 2016, plus de 1500 postes ont disparu dans le secteur de l’industrie, selon le Canton. Alarmés, syndicats et politiques montent au front. Redoutant une «désindustrialisation insidieuse», un député socialiste au Grand Conseil plaide pour la création d’un fonds de soutien à l’industrie, comme celui dont s’est doté le canton de Vaud. Relayant la revendication des syndicats, la conseillère nationale Verte Irène Kälin demande une stratégie industrielle nationale.

La crainte d’une désindustrialisation est loin d’être nouvelle. Pourtant, les chiffres de l’Office fédéral de la statistique relativisent ces inquiétudes: l’emploi dans l’industrie manufacturière a progressé de 3,6% dans le canton entre 2005 et 2015. En revanche, la branche des machines (MEM) a connu en Suisse une baisse de 10% des effectifs depuis 2008, selon Swissmem. Pas de quoi s’alarmer, estime Philippe Cordonier, membre de la direction de la faîtière. «Il y a dix ans, nous avions atteint un pic. Nous retrouvons aujourd’hui les chiffres des années précédentes – une phase de stabilisation, pas de désindustrialisation.» Pas sûr que cela suffise à rassurer les employés de GE. (*prénoms d’emprunt)

Créé: 15.12.2017, 19h33

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