Les taux négatifs pénalisent une banque genevoise

FinanceLes associés du groupe Mirabaud critiquent «la distorsion de concurrence» dont ils sont victimes, comme de nombreux autres établissements.

Antonio Palma, directeur exécutif de Mirabaud & Cie SA

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Comme la plupart des établissements de gestion de fortune, le groupe genevois Mirabaud est pénalisé par les taux négatifs institués par la BNS (Banque nationale suisse) pour dissuader les investisseurs d’acheter ou de posséder des francs et, ainsi, lutter contre la cherté de la monnaie nationale. A l’occasion de la publication - pour la première fois en 196 ans d’histoire - de ses principaux résultats pour l’exercice 2014, les responsables de la banque privée ont tenu à rappeler qu’ils s’étonnaient de cette «distorsion de concurrence».

«La BNS est libre d’opter pour des taux négatifs, estime Lionel Aeschlimann, l’un des cinq associés de l’établissement. Ce qui nous surprend, ce sont les modalités de cette politique, qui créent une distorsion de concurrence à notre détriment. Contrairement aux établissements commerciaux qui proposent des crédits et qui doivent donc constituer des réserves, nous ne sommes pas tenus de le faire. Or ces banques commerciales bénéficient d’exonérations calculées sur leurs réserves. On nous punit donc pour notre prudence.»

La cherté du franc va aussi peser sur la masse sous gestion de Mirabaud, qui a atteint au 31 décembre 2014 le montant de 32,7 milliards de francs (24,2 milliards pour la gestion de fortune et 8,5 milliards pour la gestion institutionnelle/asset management). «Puisque 80% de nos avoirs sont libellés en autres monnaies que le franc, dont une bonne partie en euros, il est clair que le montant de nos avoirs baissera si le taux de change se maintient autour de 1,04 franc, relève Antonio Palma, associé et CEO de Mirabaud & Cie SA. La baisse, pour les avoirs en euros, sera d’environ 15%.»

En raison de la politique de taux négatifs suivie par la BNS, la banque doit verser à cette institution un taux de 0,75% sur les montants placés chez elle. Une alternative n’existe-t-elle pas? «Nos liquidités sont placées auprès de la BNS ou alors dans des papiers monétaires de catégorie AAA, répond Antonio Palma. Théoriquement, nous pourrions placer une partie de nos liquidités dans nos fonds, par exemple, dont plusieurs ont affiché une performance de 10% ou plus, et tripler notre bénéfice. Mais nous ne voulons pas le faire pour garantir la liquidité et la sécurité des dépôts de nos clients. Depuis près de 200 ans, nous sommes toujours restés très prudents dans ce domaine et nous allons continuer à le faire.» A partir de quel montant la banque répercute-t-elle ce 0,75% sur sa clientèle? «A partir d’un million de liquidités en francs» (pour des clients qui ne placent pas cet argent), précise la banque genevoise.

Mirabaud a finalement décidé de ne pas participer au programme américain, comme environ 170 des quelque 280 banques suisses. Représenté au Canada, le groupe bancaire maintient aussi des unités à Dubai et Hongkong. Mais l’Europe lui tient particulièrement à cœur. «Nous nous développons notamment sur le marché européen, détaille Antonio Palma. En janvier 2014, nous avons ouvert une banque européenne au Luxembourg, qui dispose de succursales depuis le début de cette année en France et en Espagne, où nous avions déjà des bureaux depuis longtemps. Nos clients ont accès aux prestations de trois banques en Europe. Nous comptons par ailleurs suivre le même processus en 2016 pour notre bureau de Londres.»

La banque vise-t-elle d’autres marchés européens, comme l’Allemagne ? « Ce n’est pas dans nos plans. Nous ne voulons pas nous disperser. Il faut d’abord récolter les fruits les plus bas de l’arbre: en d’autres termes, nous développer dans les pays où nous sommes déjà présents.»

Pour Lionel Aeschlimann, « l’accès au marché européen est le défi stratégique le plus important de la place financière suisse. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas démarcher la clientèle européenne depuis la Suisse, alors que la réciproque est possible. Les banques sont alors tentées d’exporter leur savoir-faire et d’investir donc ailleurs qu’en Suisse. Je ne sais pas si la population suisse en est vraiment consciente »

Côté compte de pertes et profits, le groupe Mirabaud a réalisé un bénéfice consolidé de 32 millions de francs. Son résultat net issu des opérations de commissions et des prestations de service s’est élevé à 247 millions de francs. Les opérations d’intérêts lui ont rapporté près de 11 millions de francs, et les opérations de négoce 27,6 millions de francs.

Côté charges, celles qui sont liées à ses 700 collaborateurs – dont une bonne moitié basés en Suisse – se sont élevées à 173 millions de francs (247'000 francs en moyenne) et les autres charges d’exploitation à près de 70 millions de francs. (TDG)

Créé: 31.03.2015, 09h52

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