Les robots gèreront votre argent à votre place

Services financiersLe numérique bouleverse le secteur bancaire. Swissquote mise sur les algorithmes pour gérer votre portefeuille.

«Les robo-advisors sont plus tenaces, ils ne dorment jamais, peuvent collecter une masse énorme de données et n’ont pas de biais affectifs ou d’ego», explique Marc Bürki, patron de Swissquote.

«Les robo-advisors sont plus tenaces, ils ne dorment jamais, peuvent collecter une masse énorme de données et n’ont pas de biais affectifs ou d’ego», explique Marc Bürki, patron de Swissquote. Image: SEBASTIEN ANEX

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Les robots vont prendre le contrôle… de votre portefeuille. Et il n’y a pas que la banque en ligne Swissquote qui le pense. Vendredi, le prestataire de services financiers a présenté ses résultats 2016: bénéfice net multiplié par dix, bond du nombre de comptes de près d’un tiers, et de moitié pour la masse sous dépôt. Un point en particulier a suscité la fierté de la banque en ligne: la croissance de son service e-private banking, plate-forme d’investissement où un robot intelligent s’occupe des placements des clients.

En 2016, les avoirs confiés à ces «robo-advisors» ont franchi le cap des 100 millions de francs, en hausse annuelle de 60%. Cela ne représente encore qu’une infime partie de la masse d’actifs sous gestion de Swissquote. Mais la firme estime qu’elle sera multipliée par dix d’ici à 2020. «Il y a un fort potentiel», commente Marc Bürki, patron de Swissquote. Pourquoi faire confiance à une machine? «Les robo-advisors sont plus tenaces, ils ne dorment jamais, peuvent collecter une masse énorme de données et n’ont pas de biais affectifs ou d’ego.» L’outil applique un algorithme en fonction d’objectifs fixés par le client, notamment sur la prise de risque souhaitée. Selon Marc Bürki, ces banquiers virtuels obtiennent de très bons rendements.

Figure de pionnière

La banque en ligne a fait figure de pionnière en Suisse lorsqu’elle a proposé ce service il y a sept ans. «Les débuts étaient laborieux. Il était difficile pour nos clients d’accepter qu’un robot gère leur argent. Aujourd’hui, ça rentre dans les mœurs. Les millenials prennent le pouvoir et leurs habitudes changent beaucoup de choses.» Les millenials, c’est cette génération née entre 1981 et 2000 pour qui la rapidité et la facilité des transactions sont primordiales et qu’on décrit souvent comme méfiante envers les institutions bancaires traditionnelles.

En Suisse, des établissements «classiques» ont suivi les pas de Swissquote, comme les banques cantonales de Glaris et de Bâle-Campagne, qui proposent un service de robot-conseiller. Sur ce marché, ce sont les Etats-Unis qui sont les plus avancés, avec les leaders Betterment et Wealthfront. UBS s’y met aussi depuis peu au Royaume-Uni, mais n’a pas prévu de se lancer en Suisse. Le magazine Business Insider estime que d’ici à trois ans, 10% de l’ensemble des avoirs sous gestion seront traités par des machines.

Les robo-advisors ne sont qu’une manifestation parmi d’autres de la révolution numérique que traverse le secteur bancaire. A quoi ressemblera celui-ci dans le futur? La question occupe les banquiers alors que les technologies financières se développent à toute vitesse, que les géants du Web empiètent sur leurs plates-bandes et que les banques en ligne comme Swissquote étoffent leur palette de services. Une nouvelle génération de banques digitales fait son apparition: les néobanques, start-up bancaires qui se multiplient en Europe – il n’en existe pas encore en Suisse – et séduisent en misant sur l’instantanéité et la réduction des coûts.

Le meilleur des deux mondes

Face à cette concurrence, les banques traditionnelles sont appelées à «fondamentalement changer leur manière de fonctionner, commente Matthias Naumann, directeur général du Boston Consulting Group. Les services sans valeur ajoutée seront digitalisés. Dans les domaines très spécialisés, individualisés et où la confiance joue un rôle important, comme les hypothèques ou le conseil en gestion de fortune, les interactions humaines vont continuer à jouer un rôle important. La banque du futur combinera le meilleur des mondes virtuel et réel.»

Antoine Verdon conseille des banques dans leur transition numérique dans le cadre du think tank de Swisscom E-foresight. «Aujourd’hui, les grands établissements commencent à proposer des solutions intéressantes, aussi en comparaison internationale. Et tout le secteur investit massivement dans le digital.» Selon lui, la banque de demain sera mobile. «On pourra tout faire avec un smartphone ou une tablette. C’est pratiquement déjà le cas en Suisse depuis que la loi autorise à s’identifier sur Internet. UBS, par exemple, utilise un système où il suffit de montrer son passeport à la caméra pour ouvrir un compte.»

Les agences avec guichets et personnel sont évidemment affectées. Leur nombre ne cesse de baisser et la tendance va se poursuivre. Les banques réfléchissent à un modèle futur de succursales. Aux Etats-Unis, Bank of America teste des «banques robots», agences physiques sans aucune présence humaine mais avec bancomats, bornes de conseil et un système de visioconférence pour échanger avec un conseiller en chair et en os. (TDG)

Créé: 03.03.2017, 22h05

Les tarifs sous la loupe

Si Swissquote a diversifié sa palette de services financiers, le cœur de son activité reste le trading en ligne. Pionnière il y a une quinzaine d’années, elle n’est plus seule dans le domaine, de loin. Toutes les institutions bancaires ont lancé leur propre site, tandis que les banques 100% en ligne se sont multipliées.

Comment faire son choix? Spécialisé dans la comparaison de prix de services financiers, le site Moneyland aide à se décider en fonction des tarifs. Ses observations portent sur les banques surveillées par la FINMA, le gendarme de la finance.

Depuis plusieurs années, le constat est le même: les tarifs peuvent varier du simple au quadruple selon l’établissement et la fréquence des transactions. C’est ce qu’a observé également le magazine Bon à savoir dans une enquête parue l’année dernière. Le graphique ci-dessus indique les frais qui s’appliquent à un trader occasionnel effectuant une douzaine de transactions par année avec un dépôt de près de 57 000 francs.

Conclusion: les sites de trading se situent pour la plupart dans la gamme inférieure de prix, tandis que les deux grandes banques pratiquent les tarifs les plus élevés. Explication au Credit Suisse: «L’offre représente bien davantage qu’un seul trading online. C’est une proposition de gestion de fortune à l’aide d’un conseiller personnel.»

Jusqu’à présent, personne n’était venu casser les prix helvétiques, considérés comme élevés en comparaison internationale. Cela a changé récemment avec l’arrivée de la banque en ligne néerlandaise Degiro, qui a ouvert un site suisse. Ce qui fait enrager le patron de Swissquote, Marc Bürki. «Cette entreprise n’a même pas de licence bancaire en Suisse, les avoirs doivent être transférés aux Pays-Bas. C’est scandaleux. La situation inverse ne serait pas acceptée au sein de l’Union européenne.» G.S.

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