Les marchés financiers se préparent à un été meurtrier

Investissement La Bourse chinoise recule de près de 20% depuis janvier. La guerre économique de Trump menace la planète finance.

La guerre commerciale entre Trump et Pékin fragilise les marchés financiers.

La guerre commerciale entre Trump et Pékin fragilise les marchés financiers. Image: KEYSTONE/AP/VINCENT YU

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Le bras de fer commercial entre Trump et… le reste du monde fragilise (beaucoup) les marchés financiers: actions à la peine, yuan chinois et monnaies émergentes qui chutent, doutes grandissants sur le financement de la dette américaine. «Le marché chinois a passablement reculé depuis janvier, confirme Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners, à Genève. Cela est directement lié au risque de guerre commerciale avec les États-Unis.»

Dans le détail, les titres chinois ont plongé de 20% depuis le début de l’année, avec des valeurs bancaires qui ont même dévissé d’une trentaine de pour-cent. Le recul de ces dernières illustre les craintes grandissantes des investisseurs sur l’immobilier en Chine, et l’impact possible que cela pourrait avoir sur les résultats des banques chinoises.

Fait inquiétant, Pékin peut être considéré comme un indicateur avancé des Bourses. La chute des actions de l’Empire du Milieu annonce-t-elle des jours maussades pour les investisseurs? C’est possible. Le stratège Dennis Gartman pense même que la baisse a déjà démarré: «Depuis le pic de janvier, l’indice global sur les marchés des actions est en recul de 7,8%. Nous sommes entrés dans un cycle baissier.» Voilà qui n’est pas rassurant. La menace que survienne un été meurtrier pour les Bourses augmente.

Certains financiers parient toujours sur la hausse

D’autres financiers sont moins négatifs. «La Chine se traite à 11 fois les bénéfices, ce n’est pas cher et je pense que les perspectives restent bonnes sur le commerce, en particulier entre les pays asiatiques», soutient Anton Sussland, conseiller en investissement à Genève. De son côté, Jérôme Schupp se veut prudent dans ce contexte de guerre commerciale, mais constructif. «Les chiffres économiques sont globalement bons, même si on ne note pas une accélération de la croissance.»

Autre voyant passé à l’orange, la devise chinoise s’est effritée récemment contre le dollar. Dans un mouvement inhabituel, elle s’est affaiblie de plus de 3%, passant de 6,4 à près de 6,65% en quelques séances. «Ce n’est pas un hasard si le yuan perd de sa stabilité contre le dollar, explique Jérôme Schupp. Cela constitue une réponse aux menaces américaines de guerre économique.» En effet, un tel recul facilite les exportations chinoises en les rendant plus compétitives, limitant au passage l’effet des taxes américaines. Bref, c’est un signe clair que veut donner la Chine: vous taxez un certain nombre de biens, eh bien, nous, on affaiblit notre devise en contrepartie.

Dernier sujet brûlant, le financement de la dette américaine. Il est vrai que Pékin est le principal créancier des États-Unis. Le bras de fer commercial entre les deux pays fait-il courir un risque dans ce domaine? «Il y a beaucoup de spéculations sur le sujet, mais comme il s’agit là d’une arme de destruction massive, la Chine ne va pas la sortir du jour au lendemain», estime Jérôme Schupp. À signaler que la Chine n’a pas beaucoup d’alternatives au dollar pour recycler le produit de ses excédents commerciaux. «Il est difficile d’imaginer les Chinois investir dans les bons d’État allemands, qui payent 0,3%, ou dans les obligations souveraines du Japon, où les taux flirtent avec zéro», souligne-t-il. Les rendements des bons du trésor américains avoisinent en effet les 3%. Tentant d’y investir.

Pékin se fait désirer

Reste que Pékin est déjà moins enclin que par le passé à financer Washington. Les achats de bons du trésor par les investisseurs chinois ont faibli depuis 2017. L’Empire du Milieu a même commencé à en vendre ce printemps, «avec des cessions nettes de 9,3 milliards de dollars en cumul en mars et avril» rapporte Stéphane Déo, stratégiste chez La Banque Postale Asset Management, cité par Capital.fr.

Les ventes de bons du trésor demeurent pour l’instant limitées. Ces dernières doivent aussi être comparées au total de près 1200 milliards dollars détenus par Pékin, soit près d’un tiers de ses réserves de change. Il n’empêche, ces ventes interrogent à l’heure où la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis menace de s’intensifier.

La dette américaine n’a pas fini de grimper

Ce n’est pas tout. La dette américaine va grimper ces prochaines années. La politique de relance par le déficit de Trump de 600 milliards de dollars (dépenses d’infrastructures et d’impôts) survient au moment où la Banque centrale américaine veut réduire son bilan de 600 milliards. Et cela inquiète.

Quel est le risque? En vertu de l’offre et de la demande, les taux devraient monter aux États-Unis, Washington devant appâter de nouveaux investisseurs à hauteur de 1200 milliards de dollars. Le marché obligataire pourrait alors se retrouver dans la tourmente, et l’économie fragilisée. Ce phénomène provoquerait à coup sûr un plongeon des marchés des actions. Dès lors, il faut espérer que Pékin continue de mettre de l’huile dans les rouages américains en y recyclant ses dollars.

À y regarder de plus près, la Chine détient probablement la clé du problème avec ses réserves de change. De nature à désamorcer les tensions commerciales entre les deux pays? Peut-être. On parie sur un tweet de Trump qui irait dans ce sens avant la fin de l’été?

Créé: 29.06.2018, 20h11

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