L’homme qui veut séparer Credit Suisse en trois

BanquesLe fonds activiste de Rudolph Bohli réussira-t-il à convaincre les actionnaires? Le Suisse en est persuadé. Interview.

Rudolf Bohli, 48 ans, s’active en coulisses pour rallier les investisseurs à son plan.

Rudolf Bohli, 48 ans, s’active en coulisses pour rallier les investisseurs à son plan. Image: SAMUEL SCHALCH

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Dans son bureau de Küsnacht, sur la rive dorée du lac de Zurich, l’actionnaire activiste Rudolph Bohli affiche une décontraction déconcertante. Il en faut apparemment plus pour déstabiliser le financier que l’accueil circonspect, voire glacial, réservé à son «plan»: disloquer Credit Suisse. Récent acquéreur de 0,2% des parts de la grande banque, son petit fonds de placement, RBR Capital Advisors, veut scinder l’établissement en trois entités. L’ambition principale: séparer le «joyau» qu’est la gestion de fortune de la division banque d’affaires et délocaliser celle-ci à New York ou Londres. Une troisième unité serait spécialisée dans la gestion d’actifs. «Ruedi» Bohli défend son projet.


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– Credit Suisse et son actionnaire principal ont rejeté votre plan, qui a aussi suscité de nombreuses critiques d’experts. Vous n’êtes pas découragé?

– Pas du tout, je reste très confiant. Credit Suisse est une structure complexe et nous proposons un bouleversement. Il faut laisser le temps à la direction et aux actionnaires de réfléchir. Avoir suscité de telles réactions démontre que nous avons touché un point sensible.

– Expliquez-nous alors pourquoi il faudrait scinder Credit Suisse?

– Le modèle du conglomérat a vécu. Le rendement sur les fonds propres des banques intégrées est plus bas que celui d’établissements spécialisés. Actuellement, les synergies entre la division gestion de fortune et celles d’affaires ne fonctionnent plus. Beaucoup de produits proposés par cette dernière ne sont pas demandés par les clients privés. En séparant l’activité à risque qu’est la banque d’investissement, on permet à Credit Suisse de se concentrer sur son cœur de métier, la gestion de fortune et la banque de détail.

– Mais pourquoi redomicilier la banque d’affaires?

– En déménageant à Londres ou New York, la division se trouvera là où elle prend des risques et où la réglementation est la plus favorable (ndlr: les exigences de capitaux ne seraient pas plus favorables, à en croire les documents de Credit Suisse). Et comme le rendement généré aujourd’hui est trop faible, il faut dégraisser. Il n’y a pas besoin de 10 000 traders pour conseiller quelques milliardaires. La banque d’affaires (Global Markets) doit réduire de moitié ses effectifs, ce qui équivaut à près de 5000 postes en moins.

– Un départ et des licenciements ne vont-ils pas affaiblir la place helvétique?

– Au contraire. La banque d’affaires se concentre à Londres et New York et ce sont ces deux villes qui seront touchées par les suppressions de poste. En Suisse, cette activité est modeste et rien ne s’oppose à ce qu’elle continue de compléter les affaires de banque privée. En résumé, la place financière suisse sera plus sûre, les rendements plus élevés et sur le long terme il y aura plus de croissance, d’investissements et de créations d’emplois.

– S’inspirant du succès d’UBS, Credit Suisse est engagée dans une restructuration sur trois ans qui met justement l’accent sur la gestion de fortune et réduit ses activités de banque d’investissement. Ce programme commence à faire ses preuves, non?

– Celui-ci a permis de réduire les coûts, certes. Mais le rendement des fonds propres n’est toujours pas et ne sera pas suffisant. L’an prochain, celui-ci pourrait être de 6%, or la concurrence se situe à 8% en moyenne. UBS, elle aussi, reste en deçà de ses objectifs.

– Ne vaut-il pas mieux attendre la fin de la restructuration, dans un an, avant de voir si votre plan est nécessaire?

– Nous pensons que c’est maintenant qu’il faut commencer à parler de ce qui va suivre. La direction est en train de préparer son futur programme à l’interne. Il faut une discussion ouverte avec les actionnaires.

– Vous promettez de doubler la valeur de Credit Suisse à 80 milliards de francs. Quel est votre calcul?

– Cet objectif sera atteint si les nouvelles entités indépendantes réalisent des performances en ligne avec celles de leurs concurrents.

– Comment vous y prenez-vous pour rallier les actionnaires?

–Un gros travail en coulisses a commencé. Nous nous concentrons pour l’instant sur les grands actionnaires avec qui nous prenons contact. Certains ont aussi initié le contact. Il y en a certes qui ne veulent pas entendre parler de nous et d’autres qui ne veulent pas être associés à un fonds activiste, mais je peux vous assurer qu’il y a beaucoup d’intérêt.

– Quels actionnaires sont intéressés?

– Vous comprendrez que je ne peux pas répondre à cette question.

– Vous allez bientôt vous envoler pour le Qatar (un des plus gros actionnaires)?

– Cela se pourrait.

– Et les petits actionnaires?

– Nous avons créé un site pour leur permettre de s’informer. Ils composent la majorité de l’actionnariat et nous sommes persuadés que nombre d’entre eux seront séduits. Je pense notamment aux caisses de pension qui ne sont pas satisfaites des rendements. Nous voulons permettre à cette majorité silencieuse de s’exprimer.

– Où en est votre projet d’augmenter de 900 millions votre participation dans Credit Suisse?

– On fait des progrès. De petits investisseurs envisagent de se joindre à nous. Pour de plus gros investisseurs, tels que les fonds souverains, cela va prendre plus de temps, mais nous restons confiants.

– Si vous atteignez votre but, vous n’aurez toujours que 2 à 3% des parts. C’est très peu pour influencer un changement.

– Voilà pourquoi nous cherchons à persuader d’autres actionnaires. On nous avait mis en garde qu’en visant Credit Suisse, on s’attaquait à beaucoup trop grand. Mais nous pensons qu’un bon plan, tel que le nôtre, permettra de remporter une large adhésion. On vous taxe de provocateur qui ne cherche qu’à faire du bruit. Votre réponse? Je suis un entrepreneur passionné et ce plan me fascine. Nous y avons investi près de la moitié de nos fonds (ndlr: 100 millions de francs) et engagé beaucoup d’efforts depuis six mois. Nous avons fait énormément de travail en amont et nous proposons une solution viable.

– Vos deux précédentes attaques vous ont permis de revendre vos actions avec une plus-value de 130%. Certains vous soupçonnent de n’être intéressés qu’à réaliser un profit à court terme en faisant grimper la valeur du titre Credit Suisse.

– C’est faux. Si notre plan passe, il se peut très bien que nous restions actionnaire à plus long terme. (TDG)

Créé: 02.11.2017, 19h58

«La stratégie fonctionne»

Credit Suisse présentait jeudi ses résultats trimestriels. Le numéro deux bancaire suisse boucle son troisième trimestre rentable d’affilée. Le groupe a dégagé un bénéfice net attribuable aux actionnaires de 244 millions de francs, après 41 millions voici un an.

La gestion de fortune a contribué à ce résultat en engrangeant 10,4 milliards pour la période, en hausse de 8% par rapport la même période de 2016 et 33,2 milliards après neuf mois, une augmentation de 11%.

La première question posée au directeur général, Tidjane Thiam, à la fin de sa présentation devant les médias, à Zurich, a porté sur le plan de scinder la banque en trois. La ligne reste la même. Credit Suisse rejette l’idée et souhaite s’en tenir au plan de restructuration de trois ans lancé en 2015. Celui-ci prévoit de réduire les coûts et de privilégier la gestion de fortune par rapport à la banque d’affaires. «Nous estimons que notre stratégie fonctionne», a déclaré Tidjane Thiam. Le directeur général a indiqué que sa banque avait été approchée de manière cordiale par RBR Capital Advisors. «Nous respectons tous les avis de nos actionnaires.»
G.S.

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