Le franc fort décime les actifs des grandes banques

Gestion de fortuneUBS et Credit Suisse gèrent aujourd’hui 656 milliards de francs de moins qu’en 2007. Ce qui n’est pas surprenant.

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Les grandes banques auraient-elles plus subi la crise de 2008 que les petites et tarderaient-elles davantage à s’en remettre? C’est en tout cas ce qu’on pourrait croire en consultant les données portant sur les actifs dont elles assument la gestion, recueillies par votre journal et réunies dans les deux infographies ci-dessus (voici également ici une version plus interactive).

UBS et Credit Suisse, qui ont annoncé leurs résultats annuels la semaine dernière, ne semblent en effet pas avoir retrouvé leur niveau d’avant le krach des subprimes. La première, leader mondial de la gestion de fortune, gérait en décembre dernier 500 milliards de francs de moins par rapport à huit ans plus tôt. C’est qu’en 2008 ses actifs ont chuté d’un tiers, surtout dans les semaines qui ont suivi la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Chez Credit Suisse, la baisse a été moins spectaculaire mais la remontée est aussi plus lente.

Pictet sur le podium
La banque Pictet pointe en troisième place, loin derrière les deux mastodontes. Les avoirs dont elle s’occupe ont aussi implosé en 2008 mais, depuis, l’établissement genevois s’est repris. Six ans plus tard, celui qui ne procède pourtant à aucune acquisition avait déjà repris sa marche en avant.

Difficile de se faire une idée précise pour Julius Baer, quatrième du classement: la maison zurichoise s’est divisée en deux entités distinctes en 2009 (Julius Baer et GAM holding) et, depuis 2012, sa masse sous gestion a doublé suite au rachat des activités de gestion de fortunes non américaine et japonaise du groupe Merril Lynch.

Difficile en réalité de se faire une idée précise tout court. L’évolution de la valeur des masses sous gestion dépend en effet des devises dans lesquelles elles sont labélisées, des données que même les sociétés cotées ne publient pas. Une banque internationale, comme UBS, a beau tout agréger en franc, elle est très exposée à des monnaies comme le dollar, le yen, l’euro ou le real, qui se sont beaucoup moins bien portées que la devise helvétique depuis 2007. Cette année-là, un euro valait 1 fr. 60, un taux qui tourne désormais autour de 1 fr. 10. «Il y a une relation entre la taille internationale d’une banque et son exposition aux effets monétaires», estime Loïc Bhend, analyste chez Bordier.

Raiffeisen, cette coopérative ancrée en Suisse et qui gère une proportion bien plus importante d’actifs en francs, n’a pas vécu les mêmes d’aléas. Les maisons cantonales – celles de Zurich, Genève et Vaud sont mentionnées dans l’infographie du bas – et privées ont été moins touchées par la vigueur de la devise helvétique. Dans leur catégorie de poids, seule la banque genevoise UBP a vu sa masse sous gestion s’écrouler en 2008. Mais elle grimpe depuis, notamment en 2015.

Un cinquième des avoirs perdus par UBS en 2008 est dû à des sorties nettes de capitaux. Comme à Chypre, en Grèce ou en Italie plus récemment, des clients ont changé de banques ou placé leurs biens ailleurs. D’autres ont investi dans des valeurs refuges, comme l’or, ou dans des fonds

La nature des avoirs comparés dans cet article peut aussi varier d’une banque à l’autre – certaines d’entre elles ne précisent d’ailleurs pas si elles traitent de masses sous gestion ou d’actifs sous dépôt, moins fructifiés.

La force des petits
Les établissements de taille plus modestes, ou plus axés sur le marché helvétique, ont pu en outre accueillir la fortune des clients des grandes banques qui, craignant leur faillite, ont changé de partenaire. Selon des observateurs, Raiffeisen a d’ailleurs procédé à un marketing agressif durant cette période, insistant sur les risques systémiques auxquels ses concurrents plus ouverts sur le monde étaient exposés. «Les gens tendent à retirer leur argent des grandes banques, en lesquels ils ont moins confiance, et à rester fidèles aux plus petits établissements, avec lesquels ils ont des contacts plus étroits», estime l’économiste Beat Kappeler.

«Prendre des données depuis la fin de 2007 biaise un peu le message sur la croissance générale du secteur bancaire, car l’année qui suit, les Bourses ont baissé de 40%, ce qui a bien entendu eu un fort impact sur la masse sous gestion», estime de son côté Jérôme Schupp, responsable de la recherche au sein du groupe Syz.

Franc fort ou pas, crise boursière ou non, les poids lourds du secteur peinent à retrouver leur taille d’avant la crise mais elles s’en rapprochent. Certains y voient un élément rassurant: «Malgré les nombreuses régulations bancaires qui ont émergé suite à la crise, et dont on craignait qu’elles siphonnent les banques suisses, il n’y a pas eu d’érosion massive», estime Loïc Bhend. D’autres au contraire voient le verre à moitié vide. (TDG)

Créé: 07.02.2016, 18h45

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