Genève serait le canton le plus exposé au Brexit

Edition spécialeCe mercredi, huit pages dans la Tribune de Genève sur les implications possibles à Genève, en Suisse et ailleurs du vote du 23 juin.

Les liaisons easyjet entre Genève et le Royaume-Uni ont crû de 27% au cours des dix dernières années. Selon des experts, un Brexit signifierait «la fin des vols pas cher».

Les liaisons easyjet entre Genève et le Royaume-Uni ont crû de 27% au cours des dix dernières années. Selon des experts, un Brexit signifierait «la fin des vols pas cher». Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«On connaît le diable que nous avons, mais on ne connaît pas le diable que nous n’avons pas.» Ainsi parle Anthony Conway-Fell, président de la section genevoise de la British Swiss Chamber of Commerce (BSCC), rencontré dans ses bureaux au centre-ville lundi. Il résume bien la pensée d’une large frange de la population britannique opposée au Brexit, au Royaume-Uni mais aussi en Suisse et à Genève.

Les incertitudes générées par le référendum du 23 juin sont importantes pour les plus de 650 entreprises membres de la BSCC, l’économie helvétique et la place genevoise. Or le manque de prévisibilité, les milieux économiques le craignent par-dessus tout, davantage même que la bureaucratie et les règlements contraignants qui émanent de Bruxelles et qui causent tant de suspense aujourd’hui. Dans un récent sondage, les membres de la BSCC se sont largement prononcés contre une sortie de l’Union et de sa zone de libre-échange.

Finance, hôtellerie, négoce

En Suisse, il n’y a pas eu de tel sondage mais la plupart des banquiers, entrepreneurs, financiers et autres patrons de PME qui se sont exprimés disent davantage craindre le diable qu’ils ne connaissent pas que celui qu’ils ont appris à cerner, malgré tous ses défauts. Ceux qui se sont confiés à la Tribune de Genève n’y font pas exception.

Les enjeux pour la Suisse sont essentiels: le Royaume-Uni était l’an dernier le cinquième débouché des exportateurs helvétiques, selon l’Administration fédérale des douanes (et le huitième importateur). Depuis le début du siècle, les échanges entre les deux nations ont presque doublé de valeur. Genève est le canton qui importe de loin le plus du Royaume-Uni (pour 1,769 milliard de francs en 2015, un chiffre qui a doublé en dix ans). Le bout du Léman est aussi le deuxième exportateur helvétique vers le Royaume-Uni, derrière Bâle et son industrie pharmaceutique. Londres, capitale du négoce d’or et de pierres précieuses, est au cœur de transactions avec la Cité de Calvin. Les services bancaires entre les deux places génèrent des flux tout aussi essentiels (voir infographies).

L’incertitude générée par un Brexit devrait se traduire par un «afflux de nouveaux fonds à gérer» d’Europe vers la Suisse, estime Grégoire Bordier, vice-président de l’Association des banques privées suisses. Des études ont souligné qu’une grosse partie des emplois de la City, le quartier des affaires de Londres, s’évaporerait en cas de sortie de l’UE. Selon les économistes interrogés par la Tribune de Genève, ces postes ne réapparaîtraient pas en Suisse mais plutôt à Francfort ou Paris, des places européennes.

La Confédération fait partie des cinq pays les plus exposés aux conséquences d’un Brexit selon l’agence de notation Standard & Poor’s (derrière l’Irlande, Malte, le Luxembourg et Chypre), du fait de ses liens étroits en termes de finance et d’investissements avec son partenaire anglophone. Des observateurs craignent qu’un Brexit n’engendre une nouvelle envolée du franc, une devise qui conforterait son statut de valeur refuge, contrairement à la livre sterling. A quelques jours du 23 juin, le franc remonte à nouveau face à l’euro et au dollar, au détriment des exportateurs suisses. La Banque nationale suisse a prévenu qu’elle empêchera toute hausse inconsidérée du franc en effectuant des achats. «La volatilité serait la grande gagnante du Brexit», lançaient récemment des analystes de la Société Générale. «Le Brexit pourrait accroître les incertitudes et déboucher sur un effet domino», craint de son côté Jacques de Watteville, secrétaire d’Etat aux questions financières internationales.

«La fin des vols pas chers»

Le franc fort effraie aussi les touristes, surtout les Britanniques si leur pays devait s’enfoncer dans la crise (après tout, le premier ministre David Cameron a parlé d’une «décennie perdue» pour le Royaume-Uni en cas de oui). Or les compatriotes de William et Kate sont ceux qui ont généré le plus de nuitées dans les hôtels genevois l’an dernier après les Suisses, selon l’Ocstat (en terres vaudoises, ils sont derrière les Français et les Allemands). Quant au nombre de liaisons EasyJet entre le Royaume-Uni et Cointrin – on en recense jusqu’à 200 par semaine l’hiver – elles ont crû de 27% durant la dernière décennie. Cette croissance pourrait-elle être stoppée net? Carolyn McCall, directrice du groupe orange, a averti qu’un Brexit signifierait «la fin des vols pas cher», notamment parce que le transporteur ne pourrait plus bénéficier de l’espace aérien européen commun.

Le secteur immobilier est aussi touché, alors qu’outre-Manche le volume des transactions sur les bureaux chute depuis cet hiver, selon la Banque d’Angleterre. Pour y remédier, des clauses permettent aux investisseurs sur le point d’acquérir de changer d’avis si le Brexit l’emporte. En attendant, selon le Financial Times, les conditions instables en Angleterre poussent les acheteurs d’appartements ou de villas à délaisser Londres… pour la Suisse.

(TDG)

Créé: 14.06.2016, 16h37

Huit pages spéciales


Le 23 juin, selon les derniers sondages, les Britanniques pourraient bien sortir de l’UE. Ils semblent faire fi des risques économiques et politiques, voire même de voir leur pays se démanteler.

Ce mercredi, nous publions huit pages spéciales sur les implications possibles, à Genève, en Suisse et dans le monde, de ce scrutin capital.

Articles en relation

La Fed, le «Brexit» et l’Euro de foot

Chronique Plus...

Les Français et les Grecs sacrés champions de l’euroscepticisme

Union européenne Alors que les enjeux du Brexit focalisent l’attention, une étude montre que la confiance dans l’UE s’érode sur l’ensemble du continent Plus...

Le Brexit dans le brouillard des sondages

Royaume-Uni Les enquêtes donnant l’avantage au maintien ou à la sortie de l'UE jouent au chat et à la souris. Les proeuropéens ont de quoi s’inquiéter Plus...

Les tabloïds torpillent les adversaires du Brexit

Royaume-Uni Alors que débutent jeudi les débats télévisés, la presse populaire fait du premier ministre, David Cameron, un «alarmiste». Plus...

Boris Johnson et David Cameron à couteaux tirés

Royaume-Uni La campagne sur le Brexit prend de nouvelles couleurs, avec un ex-maire de Londres libéré pour défendre la sortie de l’UE. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Bruxelles veut que ses frontaliers chôment en Suisse
Plus...