L’économie genevoise se prépare à un été orageux

ConjonctureLe Brexit et les exportations horlogères qui chutent menacent une économie qui est déjà en récession.

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Genève traverse une période de grandes incertitudes. Son économie, qui sort de trois trimestres consécutifs de chiffres rouges – elle est donc en récession – doit désormais affronter les conséquences du Brexit, a estimé la Banque Cantonale de Genève (BCGE) dans une conférence de presse conjoncturelle mardi.

L’institution, qui misait en décembre sur une croissance de 1,5% du PIB genevois en 2016, a revu ses perspectives à 0,9%. Sa cheffe économiste, Valérie Lemaigre, estime que le vote du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’Union européenne devrait faire perdre 0,2% de croissance au PIB helvétique, et un peu plus à Genève.

«Avant vendredi (ndlr: date du résultat du vote sur le Brexit), les indicateurs se stabilisaient, ce qui était un bon signe», indique Valérie Lemaigre. Le dollar, une devise essentielle pour Genève, qui exporte proportionnellement plus que le reste du pays en dehors de la zone euro, ne s’envolait plus comme l’an dernier. La croissance donnait des signes d’amélioration, les politiques monétaires devenaient moins agressives. Le taux de chômage genevois est estimé à 5,4% pour 2016 et 5,6% en 2017.

Exposé au Brexit

Genève est le canton qui importe le plus du Royaume-Uni (pour 1,769 milliard de francs en 2015, un chiffre qui a doublé en une décennie), selon les douanes. Le bout du Léman est aussi le deuxième exportateur helvétique vers le Royaume-Uni, derrière Bâle. Londres, capitale du négoce d’or, de pierres précieuses et centre financier, est au cœur de transactions avec Genève.

Plusieurs grandes banques ont annoncé délocaliser leurs effectifs en cas de Brexit, mais sûrement pas à Genève. Dans le négoce de matières premières par contre, des maisons londoniennes pourraient privilégier l’arc lémanique, selon des observateurs. Les groupes Cargill et Bunge viennent d’ailleurs de rapatrier des activités dans le canton.

Le Brexit pousse la BCGE à imaginer des nouveaux scénarios, de la sévère crise d’identité européenne, conduisant à une crise déflationniste, à celui d’un impact limité. Valérie Lemaigre estime que celui qui anticipe un divorce lent, source de volatilité et d’incertitudes mais sans choc réel, est «le plus probable, même s’il reste difficile d’y voir clair en l’état».

Les exportations horlogères viennent épaissir le brouillard (voir infographies). Elles chutent depuis le début de l’année; or le secteur occupe une part toujours plus prépondérante de l’économie. L’an dernier, près des trois quarts de la valeur des exportations genevoises ont émané des montres et bijoux, contre moins de la moitié au début du millénaire (voir infographie). Genève, qui accueille plus de 10 000 collaborateurs dans le secteur, est le troisième canton horloger, derrière Neuchâtel et Berne.

Lourde chute des exportations

Les exportations de montres diminuent car elles s’écroulent dans leurs marchés principaux, en Chine et à Hongkong, pour des raisons non monétaires. Dans l’Empire du Milieu, des campagnes luttant contre la corruption ont associé les gardiennes du temps helvétiques à des objets obtenus sous la table, ce qui pèse sur les ventes. Pour les relancer, des experts estiment que la branche doit proposer des modèles moins ostentatoires. A Baselworld, des montres plus épurées et moins chères ont été présentées, un signe de réponse, selon Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère.

Les exportations issues des industries pharmaceutiques et chimiques, un autre pan de l’économie cantonale, déclinent aussi depuis cinq ans. Les détaillants, enfin, subissent le franc fort, alors que le panier typique de la ménagère reste en moyenne deux fois plus cher qu’en janvier 2015, quand la BNS a cessé de soutenir la devise helvétique face à l’euro; or les Genevois se montrent toujours plus enclins à faire leurs courses en France. En 2015, le canton a exporté pour 21,9 milliards de francs, contre 32,4 milliards l’année précédente, une chute de 32,4%. (TDG)

Créé: 29.06.2016, 08h57

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Maintenir les avantages

La Genève financière suit très attentivement ce qui se passe dans la City, au lendemain du Brexit. Mais Blaise Goetschin, patron de la BCGE, ne trouverait pas très «fair» de se rendre tout de suite sur les bords de la Tamise pour séduire une partie des acteurs locaux, ébouriffés par le choix des Anglais.

Depuis que les Anglais se sont prononcés en faveur du Brexit, la place financière de Londres se pose beaucoup de questions. Certains de ses acteurs seraient prêts à transférer des activités en dehors de la City. Elles pourraient être hébergées à Genève?


De manière générale, la place financière genevoise doit continuellement chercher à attirer des banques ou des sociétés spécialisées dans la technologie financière (fintech). Il est trop tôt pour savoir dans quelle mesure de telles sociétés pourraient quitter le
Royaume-Uni. Le Brexit va déboucher sur de nombreux changements réglementaires: ces sociétés vont attendre d’y voir plus clair. Au-delà du Brexit, un des avantages incontestés de la Suisse, et de Genève en particulier, c’est la qualité de ses services financiers. Les banques savent assurer un suivi systématique de la clientèle, lui fournir de l’attention personnalisée et soigner les détails. Si nous maintenons cet avantage compétitif, notre avenir prend forme…

La Fondation Genève Place Financière ne doit-elle pas déjà préparer un voyage à Londres?


Préparer un voyage dans la précipitation, juste après cette votation, ce ne serait pas très «fair». Mais, de façon générale, nous devons nous rendre à l’étranger pour présenter nos avantages. Notre établissement participe d’ailleurs aux efforts promotionnels de la place financière genevoise, que ce soit à Dubaï ou à Hongkong récemment. Il est vrai que nous l’avons peu fait
à Londres, en partie parce que les banques suisses sont déjà très présentes dans la City. Propos recueillis par Roland Rossier

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