La crise se précise pour la place financière genevoise

FinanceLes résultats et les effectifs des banques du canton chutent et leurs prévisions sont revues à la baisse, selon un sondage.

Image: I.CAUDULLO. SOURCE: FONDATION GENEVE PLACE ECONOMIQUE

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La place financière genevoise est «sous électrochoc», selon la Fondation Genève Place Financière (FGPF), qui a donné hier sa conférence annuelle. Les restructurations que subit le secteur depuis plusieurs années s’accélèrent sous les coups des réglementations, des incertitudes (liées à l’accès aux marchés étrangers, à la libre circulation des personnes et à la fiscalité des entreprises) et de l’insécurité juridique.

La plupart des banques sondées dans la dernière enquête conjoncturelle de la FGPF disent avoir vu leur produit d’exploitation et leur bénéfice diminuer au 1er semestre. Dans leurs prévisions annuelles, elles anticipent de nouvelles chutes, souvent importantes, de leurs affaires.

Moins de 15% du PIB genevois

Grandes banques et gestionnaires indépendants prévoient un nouveau recul des effectifs (seuls les établissements de taille moyenne comptent accroître leur dispositif). D’août 2014 à août 2015, les emplois bancaires avaient déjà baissé de 3%, eux qui étaient stables depuis des années. En 2008, la place comptait 140 banques; elles ne sont plus que 119. Ses quelque 37'000 collaborateurs contribuent aujourd’hui pour moins de 15% au PIB genevois. Contre plus de 20% en 2007.

«Les banques suisses recrutent désormais plus à l’étranger et réduisent leurs effectifs en Suisse», indique Edouard Cuendet, directeur de la FGPF, même si les segments de la «compliance», de la fiscalité, des risques et du numérique continuent de s’étoffer dans le canton.

«Signaux d’alerte»

Le bout du Léman perd de son influence. Une étude de référence publiée en septembre relègue même le canton au rang de Melbourne: dans le classement des principales places financières, Genève ne pointe qu’au 23e rang (huit places de moins en un an). De son côté, KPMG a révélé en août dans une analyse qu’un dixième des banques privées helvétiques n’ont pas survécu à 2015. Les établissements de la place doivent revoir en profondeur leurs prestations, selon le cabinet d’audit. Selon lui, trop de financiers travaillent avec des systèmes anciens qui ne permettent pas de percer dans l’activité bancaire numérique.

«Ces publications constituent des signaux d’alerte que l’on aurait tort de négliger», souligne Yves Mirabaud. Le président de la FGPF estime que la branche doit «prendre le taureau par les cornes» en mettant au centre des préoccupations t alents, sécurité juridique et innovation.

L’accès au marché européen est aussi objet d’inquiétude, alors qu’une importante part de la clientèle genevoise émane du Vieux-Continent et que cette clientèle est toujours moins présente à Genève. Les ressortissants du Moyen-Orient sollicitent pour leur part toujours davantage les banquiers genevois, alors que la clientèle nord-américaine et asiatique est stable.

La FGPF voit en la prochaine réforme de l’imposition des entreprises (RIEIII) une opportunité. «Les montants générés par la baisse du taux d’imposition, qui passera de 24 à 13,49%, pourront être investis dans l’innovation. Les banques pourront consacrer ces moyens à favoriser l’emploi et la formation de leurs collaborateurs», selon Yves Mirabaud. Un échec de RIE III aurait par contre «un effet dévastateur sur l’emploi», prévient-il, persuadé que de nombreuses entreprises se déplaceraient dans le canton de Vaud, qui a adopté sa réforme.

Un microclimat vaudois

La tempête qui secoue les places zurichoise et genevoise épargne le canton de Vaud. C’est que le contexte y est différent: à part Swissquote et la BCV, qui ont leur siège sur sol vaudois, on n’y trouve que des succursales de banques, suisses ou étrangères, ou des directions régionales, et les activités de gestion et de crédit sont réparties différemment qu’à Genève, bastion de la gestion de fortune.

«Les autorités vaudoises ont su attirer, chouchouter et maintenir de nombreuses sociétés étrangères, ce qui bénéficie à la place financière vaudoise», estime Robert-Philippe Bloch, président de l’Association vaudoise des banques, qui compte 24 membres. La 4e place financière du pays (après Berne, devant Lugano et Bâle) pèse 9,2% du PIB vaudois et emploie 15 000 personnes, des chiffres stables depuis plusieurs années.

Créé: 11.10.2016, 21h43

Yves Mirabaud, président de la Fondation Genève Place Financière estime que la branche doit «prendre le taureau par les cornes» en mettant au centre des préoccupations t alents, sécurité juridique et innovation. (Image: Frautschi (Archives))

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«La Suisse n’est pas en retard sur les fintechs»

Les questions ont foisonné suite au point presse de la FGPF. Son président, Yves Mirabaud, et son directeur, Edouard Cuendet, ont répondu tour à tour. Extraits.

Que peut faire Genève Place Financière pour stimuler les fintechs à Genève?

E.C.: La fondation joue un rôle de catalyseur. Elle a aussi un rôle didactique. On a la chance à Genève d’avoir un gouvernement qui y voit une opportunité. La FINMA a fait sa révolution copernicienne en la matière, avec sa proposition de «licence light» (ndlr: une licence plus souple pour les sociétés fintech).

Y.M.: Il faut un partenariat fort entre banques et fintechs, une collaboration plutôt qu’une concurrence. La Suisse a les cartes en main même si fintechs et banques dépendent de conditions-cadres incertaines. Peut-être manque-t-il du capital-risque, même si l’EPFL fait des efforts sur ce plan.

La Suisse a tardé à se réveiller sur le front des fintechs. Pourquoi?

E.C.: Il faut en finir avec le mythe comme quoi la Suisse est en retard dans ce domaine. Les premières fintechs sont les banques, qui n’ont pas attendu l’invention de ce mot pour en faire. Les services en ligne des banques suisses sont à la pointe comparés à d’autres établissements, par exemple en Angleterre. Cette transition technologique ne me fait pas peur.

Comment accroître l’accès au marché européen?

Y.M.: C’est complexe. En négociant des accords bilatéraux avec les pays de l’UE, comme l’Allemagne. Berne négocie avec d’autres pays. Ces accords sont nécessaires mais insuffisants. Berne doit trouver des compromis avec pragmatisme suite aux initiatives qui ont généré tant d’incertitudes, et ça prend du temps. En attendant, les banques prennent des mesures: leurs effectifs baissent en Suisse et augmentent à l’étranger.

Les banques zurichoises ont-elles les mêmes résultats que les genevoises?

E.C.: Ils sont semblables à Zurich et ailleurs en Suisse. Le 1er semestre 2015 a été fort suite à l’abandon du taux plancher par la BNS, qui a engendré de nombreuses transactions. On peut penser que le 2e semestre 2016 sera meilleur. Nous collaborons avec la Zürcher Bankenverband; nos intérêts sont liés, que ce soit sur RIEIII, l’accès au marché européen, la votation du 9 février 2014 (ndlr: date du vote pour l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse») ou celles à venir autour des projets de loi sur les services et établissements financiers. On est en leur faveur et on le fait savoir de manière commune. R.ET.

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