Des commerces genevois lancent un «Amazon local»

VenteUne société ouvre un centre commercial numérique réservé aux enseignes de la région. La meilleure réponse au franc fort et au tourisme d’achat, salue un expert.

Matthias Fröhlicher et Sébastien Aeschbach ont cofondé GenèveAvenue, ce centre commercial digital et cantonal.

Matthias Fröhlicher et Sébastien Aeschbach ont cofondé GenèveAvenue, ce centre commercial digital et cantonal. Image: Laurent Guiraud

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Un «Amazon local» vient de voir le jour à Genève. GeneveAvenue.ch a en tout cas cette ambition. Créé par Sébastien Aeschbach, le patron des magasins du même nom, et le fondateur de Koala.ch (un site racheté par Aeschbach en 2014), Matthias Fröhlicher, le centre commercial numérique prévoit de réunir une cinquantaine d’enseignes du canton – et uniquement du canton – avant la fin du mois. Un chiffre qui doit rapidement grimper.

Les livres de chez Payot y côtoient déjà des bouquets de Fleuriot, des bouteilles Volvic Citron, le Prêt-à-manger de Cornavin et des parasols vendus par Eugène Baud. Même des sacs Buzzano, une boutique qui n’a pas de site Internet, s’écoulent sur le portail.

Après une mise en jambes d’un mois, c’est l’effervescence. D’autres maisons, de Visilab aux Chocolats Rohr en passant par la Fnac, Bongénie et Pharmacie Principale, doivent apparaître sur cette vitrine digitale cet hiver. Des discussions ont notamment lieu avec Manor, Globus et Dosenbach.

Champs de bataille en ligne

«GenèveAvenue est une plate-forme faite par des commerçants et pour des commerçants, qui vise à lutter contre le réflexe qui consiste à aller sur Amazon quand on ne trouve pas ce qu’on cherche, indique Sébastien Aeschbach. Mais d’abord, elle vise à répondre aux besoins des consommateurs. Elle facilite l’expérience shopping, en permettant de réserver des articles dans différentes boutiques avant de s’y rendre ou de se les faire livrer à domicile.»

Le nouveau venu prétend même avoir des avantages par rapport au géant américain. Les prix sont certes suisses – et le franc reste fort – mais on n’y paie pas les taxes douanières.

Le site ne livre pas encore lui-même, mais ce sera bientôt le cas, avec les coursiers du canton. Les colis ne viendront alors pas d’Allemagne (Zalando.ch), de France (Amazon.fr), d’outre-Atlantique (Amazon.com), voire d’Asie (Alibaba.com). Ceux qui s’inquiètent pour l’avenir de la planète y verront un site durable.

Nos infographies sur le commerce de détail

Les échanges par le biais de concurrents internationaux peuvent être d’autant plus néfastes pour l’environnement qu’ils donnent désormais en général la possibilité aux internautes de retourner les articles achetés s’ils ne leur conviennent pas. Les données douanières montrent ainsi que les exportations de chaussures de Suisse vers l’Allemagne, d’où sont envoyés en avion les sacs et autres souliers de Zalando, explosent. Comme si la Suisse était devenue un pays producteur.

Les clients de GenèveAvenue, en général situés à moins de dix kilomètres des enseignes, peuvent réaliser leurs emplettes eux-mêmes ou se les faire livrer. «Nous voulons permettre au client de savoir si tel ou tel article est disponible en magasin, de le réserver et ne pas se déplacer pour rien», ajoute Sébastien Aeschbach.

Le nouvel outil, enfin, doit permettre à la majorité des commerces genevois qui ont renoncé à investir dans un site Internet de tout de même pouvoir écouler leurs produits sur la Toile. Un dixième des ventes se fait sur le web, une part qui devrait exploser avec l’essor de l’intelligence artificielle, selon le World Economic Forum.

«Le centre-ville d’une région doit être son poumon commercial», estime Pascal Vandenberghe, directeur de Payot. «Ce projet, qui vise à intégrer des offres culturelles, peut rendre Genève plus attractive.»

«C’est intéressant pour les consommateurs et les commerçants, notamment les plus petits, qui peuvent être visibles pour un prix abordable», salue de son côté Sophie Dubuis, présidente de la Fédération des commerces genevois (FCG).

Soutien étatique

GenèveAvenue a bénéficié du soutien de trois associations de commerçants genevois (le Trade Club, la FCG et la Nouvelle Organisation des entrepreneurs). Le parking du Mont-Blanc, qui dépend fortement de la bonne santé du centre-ville, figure également parmi ses partenaires.

L’État a mis 45 000 francs dans ce cadre, ce qui doit permettre aux cent premiers commerçants inscrits sur la plate-forme de bénéficier d’un rabais de la moitié du prix sur ses tarifications.

La société propose en effet des abonnements, plus ou moins chers selon le nombre d’articles mis à l’affiche. Si la boutique partenaire y propose à la vente plus de 10 000 références, elle déboursera 450 francs par mois. Big Avenue Sàrl, la société qui gère le site, prélève enfin une commission sur chaque transaction, moins importante que celle d’Amazon, selon Sébastien Aeschbach.


«Bataille autour du local»

Nicolas Inglard, directeur du cabinet d’études Imadeo, à Perly.

Que vous inspire GenèveAvenue?
Du positif! Ça peut vite prendre. On peut imaginer que le client prenne l’habitude d’y réserver son sandwich chez Gilles Desplanches pour éviter de faire la queue en magasin. C’est sans doute la meilleure réponse au tourisme d’achat et au franc fort. Mais ça requiert du travail et des forces. Youpaq.com réunit, à Lausanne, Vevey et Yverdon, des produits locaux dans les produits alimentaires qu’on peut collecter à un point donné. Intéressant aussi! Il n’y a pas tant d’initiatives de ce type.

Pourquoi à Genève?
Le canton subit la concurrence de l’e-commerce et le franc fort. La ville est petite, tout le monde se connaît, Sébastien Aeschbach a un réseau.

Est-ce un «Amazon local»?
C’est surtout l’anti-Amazon. L’ancrage local pour un commerce local, qui doit permettre de trouver ce qu’on cherche localement. La force de tels sites est d’offrir 80% de ce que cherchent les gens. Celle d’Amazon consiste à tout offrir, même le produit le plus rare. Dans vingt ans, on peut imaginer un géant qui propose tout face à de nombreux portails locaux, type GenèveAvenue. On peut aussi imaginer que les poids lourds aient des offres locales. À Paris, Amazon s’est associé avec Monoprix et livre en deux heures. L’ancrage local des géants est leur nouveau cheval de bataille.


«La tendance actuelle»

Anne-Sophie Clément, chercheuse à l’École supérieure de commerce de Paris.

Que vous inspire GenèveAvenue?
Tout à fait dans la tendance actuelle. Depuis deux ans, il y a une poussée des «marketplaces territoriales» en France, des portails qui mettent en relation acheteurs et vendeurs sur un territoire restreint. Des municipalités en développent, des privés et des chambres de commerce aussi. Si les commerçants locaux réagissent maintenant, c’est parce que la notion de produit local est revenue au-devant de la scène. En Belgique, Nearshop.be est un autre bon exemple.

La mayonnaise prend?
Trop tôt pour dire. Ça dépend de nombreux facteurs socio-économiques, politiques, culturels, de gouvernance. En France, environ 150 dispositifs proposent des alternatives à Amazon.

Lesquelles par exemple?
Des sites récompensent la fidélité au centre-ville autour de systèmes de cumul de points dans les commerces adhérents. Il y a des solutions de géolocalisation des promotions et des bons plans. Des outils permettent de gagner en visibilité. Amazon peut jouer sur les prix. Il aura toujours l’avantage des volumes, là où les marketplaces territoriales peuvent miser sur la carte de l’identité. Amazon peut également jouer sur la largeur de son offre, infinie. (TDG)

Créé: 06.11.2018, 07h26

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