Le bitcoin, si controversé, est parvenu à s’imposer

CryptomonnaieLa monnaie virtuelle aura mis dix ans pour conquérir la planète. Elle est aujourd’hui aux portes de la finance institutionnelle.

Créé en 2008, en réaction au système établi, le bitcoin pourrait prochainement devenir un acteur officiel de la finance.

Créé en 2008, en réaction au système établi, le bitcoin pourrait prochainement devenir un acteur officiel de la finance. Image: Keystone

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Lancé en pleine tourmente financière en automne 2008, le bitcoin entendait, à l’origine, contourner le circuit classique d’émission de devises, en renversant les institutions monétaires et financières traditionnelles. Suite à la faillite de Lehman Brothers, le discrédit avait été jeté sur les élites bancaires, seules à émettre de la monnaie (banques centrales) et à fixer les règles monétaires. Un souffle libertaire donc, qui a mis du temps à se faire connaître du grand public et à susciter l’intérêt de la place financière internationale. Durant plusieurs années, le concept ne passionnait guère que les geeks et les blanchisseurs d’argent évoluant dans les profondeurs du Darknet…

Le concept

Il n’est pas inutile de rappeler le concept de cet argent virtuel. Le bitcoin est une monnaie décentralisée qui ne repose sur aucune autorité, comme c’est le cas pour le franc suisse par exemple. Pour garantir la fiabilité des échanges, le bitcoin utilise la blockchain, ou «chaîne de blocs», un registre partagé entre des milliers d’utilisateurs. Pour trafiquer la blockchain, il faudrait modifier l’intégralité des blocs (plus de 545 000 à l’heure actuelle) et convaincre les utilisateurs d’accepter la nouvelle version. Une tâche quasi impossible, qui en fait un système hypersécurisé.

Tout un chacun peut en acheter sur des plateformes d’échange contre de la monnaie traditionnelle. Cet avoir est ensuite placé sur un portefeuille virtuel, de préférence déconnecté, pour éviter tout piratage. De plus en plus de commerces et de restaurants acceptent ce mode de paiement. L’idée a fait des petits et il existe plus de 2000 cryptomonnaies dans le monde. Deux d’entre elles se détachent du lot: le bitcoin et l’ethereum, apparu en juillet 2015.

À l’affût

Ces monnaies ne prendront véritablement leur essor que lorsque les grands investisseurs pourront y accéder, et c’est ce qui agite Wall Street ces temps-ci. «Beaucoup d’institutionnels, banques, fonds de pension, etc., sont dans les starting-blocks pour investir dans ce type d’actif, et nous-mêmes allons lancer un outil d’investissement dans ces cryptomonnaies dès janvier», explique Olivier Good, du cabinet de gestion d’actifs AtonRâ Partners, à Genève.

Le problème est qu’il existe déjà près de 200 fonds cryptés, des ETF (Exchange Trading Founds), la plupart du temps passifs, qui vont peut-être répliquer le bitcoin, ou l’ethereum, mais aucun n’a reçu l’aval de la SEC, la Securities and Exchange Commission, le gendarme américain de Wall Street. «Ces ETF ne respectent pas encore les critères en vigueur, notamment dans l’opérationnel, le stockage sécurisé de clés et la transparence sur la provenance de l’argent, poursuit Olivier Good. Pour que cela fonctionne, il faut être sûr que tel fonds ne provient pas d’un groupe terroriste, par exemple.»

Place dans les portefeuilles

Mais les choses bougent vite. Fidelity Investments, une société qui fournit des services de gestion de fonds de placement, ou la banque Goldman Sachs, entre autres, mettent en place des véhicules d’investissement spécifiques. «Wall Street est en train de mettre une couche nécessaire de professionnalisme sur ces cryptomonnaies. D’ici à quelques mois, quelques trimestres, la SEC devrait avoir mis son tampon officiel sur certains fonds adossés au bitcoin et à l’ethereum.»

L’intérêt de ces placements est qu’ils seraient entièrement décorrélés de toutes les autres classes d’actifs et auraient leur place dans n’importe quel portefeuille, aux côtés d’actions et d’obligations, selon une étude de Yale. L’université américaine, à l’instar d’autres établissements, investit du reste massivement dans ce créneau. «Le jour où les grands investisseurs institutionnels seront entrés dans le jeu, l’afflux massif de liquidités assurera le vrai succès de ces monnaies virtuelles», prédit Olivier Good. Parallèlement, Google, Facebook ou Amazon étudient comment adapter cette technologie de la blockchain. À terme, il n’est pas impossible que ces acteurs génèrent leur propre monnaie native, afin de l’utiliser dans leur propre écosystème.


«C’est l’or numérique»

Pour Alexis Roussel, cofondateur de la plateforme d’échange de bitcoins Bity, basée à Neuchâtel, le succès du bitcoin est inéluctable.

La volatilité du bitcoin n’est-elle pas inquiétante?

Mais c’est la moins volatile de toutes les cryptomonnaies! C’est celle qui a le moins dégringolé après l’éclatement de la bulle, en début d’année. Elle est d’ailleurs surnommée «l’or numérique», car toutes les autres sont indexées sur son prix, et elle constitue une valeur refuge.

Mais qui l’utilise?

Des privés, pour acheter certains biens, pour de l’épargne ou de la spéculation. Le bitcoin est rattaché à l’économie réelle: en Suisse, 70 sociétés ont été créées en un an avec un capital en bitcoins. Certaines entreprises paient déjà une partie du salaire avec cette monnaie virtuelle.

Son succès est donc assuré?

Il est même inéluctable. Bientôt, la technologie qui y est associée, la blockchain, sera adoptée par tous, y compris la société qui gère votre carte de crédit. Les résistances actuelles émanent d’instances, de banques et de gouvernements qui craignent de voir ce pouvoir, créer de la monnaie, leur échapper en partie. Mais cela ne durera pas. I.R.

Créé: 23.10.2018, 19h46

En dates

2008
Le 31 octobre est publié sur internet le livre blanc présentant le projet du bitcoin, sous la plume de Satoshi Nakamoto, un pseudonyme.
2009
Le 3 janvier, 50 bitcoins sont générés. Il y en a 17,3 millions en circulation à l’heure actuelle. Le plafond est fixé à 21 millions.
2010
Le 22 mai, première transaction: un développeur vivant en Floride paie un internaute 10 000 bitcoins (41 dollars) pour se faire livrer une pizza.
2014
La principale plateforme d’échange, Mt.Gox, piratée, fait faillite après avoir perdu 477 millions de dollars en cryptomonnaies.
2017
Le bitcoin connaît le succès et son cours flambe: alors qu’il s’échangeait à un peu moins de 1000 dollars le 1er janvier, il atteint 19 511 dollars le 18 décembre. Après l’explosion de la bulle, il se négocie aujourd’hui à 6400 dollars. Réd.

Alexis Roussel, cofondateur de Bity, plateforme d’échange
de bitcoins

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