Découvrez en vidéo les bijoux de Marie-Antoinette en vente à Genève

Tribune des ArtsMercredi, Sotheby's mettra à l’encan une centaine de joyaux provenant de l’une des plus grandes familles européennes, Bourbon-Parme. Un ensemble comprenant des bijoux ayant appartenu à la plus célèbre des reines de France! À découvrir en vidéo.

Cette perle naturelle en forme de poire ayant appartenu à Marie-Antoinette mesure 1,5 sur 2,5 cm! Elle est estimée entre 1 et 2 millions de francs. (Photo: Sotheby's / Vidéo: G Cabrera, S. Contocollias, A. Dejardin)

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Annoncée déjà au mois de juin, la collection que Sotheby's s’apprête à mettre aux enchères fait certainement partie des plus importants ensembles royaux jamais mis en vente! Estimée à 5 millions de francs, la vacation comprend des bijoux vieux de plus de 200 ans et jamais exposés en public, à l’image de cette magnifique parure sertie de 95 diamants ou de cette tiare fleur de lys présentant des pierres précieuses ayant appartenu à Charles X, le dernier des Bourbon à avoir régné sur la France.

Les perles de «Madame Déficit»

Parmi la centaine de lots mis en vente le mercredi 14 novembre, certains ont particulièrement attiré l’attention des collectionneurs et des historiens, à l’image de ces perles ayant appartenu à la plus célèbre des reines de France: Marie-Antoinette! «Il y a une réelle fascination autour de cette femme», note Benoit Repellin, spécialiste en joaillerie chez Sotheby's. «Lorsque les gens arrivent pour voir l’exposition des bijoux, la première chose qu’ils demandent à voir est la perle de Marie-Antoinette!» Connue pour son amour des pierres précieuses, on raconte que la reine dépensait sans compter. C’est d’ailleurs sous son règne que furent réintroduits les grands bals et spectacles au Château de Versailles. Un train de vie fastueux qui lui a valu le surnom de «Madame Déficit» et qui a peut-être entraîné la célèbre «Affaire du collier de la reine» qui a éclaboussé la réputation de Sa Majesté, et qui fut, selon Napoléon, l’une des causes de la Révolution!

Mais revenons à cette perle surprenante qui, même sans connaître son illustre provenance, ne laisse pas indifférent. De forme poire, elle affiche une taille exceptionnelle de 15,9 mm sur 25,85 mm, soit la grandeur d’un gros raisin. Elle vient accrochée sur un pendentif en forme de nœud, serti de petits diamants et d’un grand solitaire. Un exemple parfait du style guirlande qui inspira notamment Louis Cartier au début du XXe siècle. Comprise entre 1 et 2 millions de francs, son estimation se veut attractive... «Nous pouvons facilement estimer ce qu’elle vaut en terme de qualité, mais, ici, le poids historique prend le dessus sur la valeur objective du lot», ajoute Benoit Repellin. Si la perle est aujourd'hui proposée en lot séparé, plusieurs textes historiques, que Sotheby's a pu étudier de près, démontrent qu’elle faisait autrefois partie d’un important collier de perles ayant appartenu à la reine, également proposé dans la vente du 14 novembre.

Réalisée en 1912 par le célèbre joaillier viennois Hübner, cette tiare ayant appartenu à Marie-Anne d’Autriche montre comment les pierres précieuses ont été remontées au fil des générations. Estimation: entre 340 000 et 540 000 francs.

Parmi les textes concernés figurent notamment les Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette, où la servante raconte cette fameuse nuit de janvier 1791, passée au Palais des Tuileries, à emballer les bijoux de la reine dans du coton, avant de les placer dans une caisse en bois. Envoyée dans le plus grand secret à Bruxelles, elle allait y être réceptionnée par le comte de Mercy-Argenteau, ancien ambassadeur d’Autriche à Paris et l’un des rares hommes de confiance de la reine. Des joyaux qui, après la Révolution, seront rendus à la fille de Marie-Antoinette, Marie-Thérèse de France, dite Madame Royale. Seule survivante, elle finira par épouser son cousin germain, le duc d’Angoulême, fils de Charles X. À sa mort, elle décide de confier ses bijoux au comte et à la comtesse de Chambord, ainsi qu’à sa nièce et fille adoptive Louise d’Artois, duchesse de Parme, qui les transmettra à son tour à son fils aîné Robert, dernier duc régnant de Parme. Et voilà comment ces bijoux royaux se sont retrouvés dans la famille Bourbon-Parme.

Il existe cependant un autre texte qui détaille avec encore plus de précision l’ensemble de cette collection centenaire. Il s’agit de l’inventaire réalisé en 1907, par Marie-Anne de Habsbourg, archiduchesse d’Autriche. C’est justement dans ces écrits que Marie-Anne précise que la «grosse poire (perle)» faisait «autrefois […] partie du troisième rang de grosses perles» dudit collier, avant d’ajouter que cette parure avait été léguée par Madame Royale à sa nièce et fille adoptive, Louise de France, duchesse de Parme. «On a dû mener un vrai travail de détective pour attribuer chaque pièce de la collection selon les descriptions retrouvées», confie Danila Mascetti, présidente du département de haute joaillerie de Sotheby's en Europe. Cela fait en effet plusieurs mois que la maison de vente britannique travaille d’arrache-pied afin d’éclaircir les dernières parts d’ombre liées à cette collection, dont elle connaît l’existence depuis une dizaine d’années déjà pour avoir réalisé son évaluation. «Dix ans en arrière, on ne parlait pas encore de vente, mais rien que l’idée de pouvoir approcher ces bijoux chargés d’histoire, c’était un vrai privilège!», ajoute la spécialiste.

Immortalisée par Élisabeth Vigée Lebrun, portraitiste attitrée de la reine, Marie-Antoinette adorait les perles comme en atteste le collier qu’elle porte sur cette peinture.

Témoins de l’histoire

Outre leur célèbre provenance, ce qui rend ces pièces encore plus exceptionnelles, c’est leur statut de témoin de l’histoire. Si la plupart des lots ont plus de cent ans, certains — à l’image de cette broche en forme de double nœud, sertie d’un diamant jaune —, datent du XVIIIe siècle et constituent une source d’information inestimable pour les historiens et spécialistes en bijoux. «Lorsque j’ai commencé dans le milieu, il y a une trentaine d’années, il existait très peu de livres de référence sur la joaillerie», illustre Daniela Mascetti. «Plus on voit de bijoux anciens, plus notre datation peut devenir précise et juste. Il y a quelques années, on pensait, par exemple, que le sertissage ouvert datait du XIXe siècle. Or, des bijoux découverts récemment nous prouvent aujourd'hui le contraire.»

Cette magnifique parure comptant 95 diamants, taille ancienne, ne fera pas exception. Offerte en 1845 à Louise de France, petite-fille de Charles X, à l’occasion de son mariage avec Charles III, futur duc de Parme, elle compte parmi ses pierres cinq solitaires ayant appartenu à la fille de Marie-Antoinette, plusieurs diamants qui ont orné l’épée du duc de Berry et un large diamant taille poire provenant de la collection de la princesse Marie-Anne de Bourbon Parme, née archiduchesse d’Autriche.

Un exemple témoignant également de l’évolution des styles comme des coupes de pierres précieuses. «Si aujourd'hui, on n’hésite pas à tailler dans la masse pour gagner en brillance, à l’époque les diamants étaient tellement rares que les joailliers essayaient de garder un maximum de poids, quitte à perdre en éclat», précise Daniela Mascetti. Afin de rester à la pointe de la mode, on n’hésitait ainsi pas à dessertir les pierres pour les placer sur des créations plus récentes. Ce fut notamment le cas avec cette tiare en diamants réalisée en 1912 par le joaillier viennois Hübner pour l’archiduchesse d’Autriche. Les diamants ornant ce diadème proviennent, en effet, de la décoration de l’Ordre du Saint-Esprit de Charles X, dont la princesse avait hérité. Estimation: entre 340 000 et 540 000 francs.

Mais si on ne devait retenir qu’une pièce dont le poids historique dépasse largement la valeur intrinsèque de l’objet, ce serait certainement cette bague en diamants portant les initiales «MA», pour Marie-Antoinette, et renfermant une mèche de cheveux de Sa Majesté. Si la pratique a de quoi surprendre aujourd’hui, il faut savoir qu’il était courant à l’époque d’offrir ce genre de souvenir lors d’occasions particulières comme des naissances ou des décès. Plus rapide à exécuter qu’un portrait à l’huile et également plus facile à transporter, ce type de bijoux cérémonieux devait rappeler la présence d’un proche disparu ou éloigné, à une période où les téléphones n’existaient pas et les déplacements étaient longs. Une autre bague porte les initiales du beau-père de Marie-Antoinette, Louis. L’ensemble est estimé à quelques milliers de francs seulement. Ou comment éveiller l’intérêt des enchérisseurs.

Royal Jewels from the Bourbon-Parma Family chez Sotheby’s: le 14 novembre au Mandarin Oriental, 1, quai Turrettini, Genève. Exposition des lots du 10 au 13 novembre, de 10h à 18h. www.sothebys.com

(TDG)

Créé: 09.11.2018, 11h46

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