Yves Bouvier perd son combat judiciaire à Monaco

Marché de l'artLe Russe Rybolovlev accuse le Suisse d’avoir surfacturé la valeur de 37 œuvres d’art. L’oligarque n'aurait pas de connivences avec la justice monégasque.

Yves Bouvier a perdu une manche à Monaco.

Yves Bouvier a perdu une manche à Monaco. Image: Georges Cabrera

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Rybolovlev reste maître du Rocher. Ce pourrait être le message subliminal de la décision rendue hier par la Chambre du Conseil de la Cour d’appel de Monaco. L’arrêt de 18 pages balaie d’un revers de manche les soupçons de connivence de l’oligarque avec la justice locale dans le contentieux qui l’oppose au marchand d’art genevois Yves Bouvier.

Le Russe accuse en effet le Suisse d’avoir surfacturé la valeur de 37 œuvres d’art acquises entre 2003 et 2014. Montant supposé de la fraude: un milliard d’euros. Une information judiciaire pour blanchiment et escroquerie est ouverte, suivie de la garde à vue puis de l’inculpation d’Yves Bouvier et de Tania Rappo, qui a joué le rôle d’intermédiaire dans les transactions.

Rencontre à Gstaad

En validant ainsi la procédure initiée en janvier dernier, les juges donnent une bouffée d’air à un dossier qui croulait ces derniers temps sous les soupçons de bienveillance judiciaire. Une fameuse rencontre à Gstaad entre le directeur des services judiciaires Philippe Narmino et Dmitri Ryblolovlev servait de liant à cette suspicion développée en septembre dernier lors de l’audience dans les plaidoiries des ténors recrutés par Bouvier, l’ex-ministre François Baroin et le percutant Francis Szpiner. L’ancien procureur général Jean-Pierre Dreno était dans le collimateur.

Hier pourtant, les ténors ont baissé la voix, mais pas les armes, puisqu’ils s’apprêtent à déposer un pourvoi en cassation.

L’arrêt de la Cour d’appel délivre une sorte d’absolution à Jean-Pierre Dreno: «Il n’est pas établi de manière objective que le procureur général ait cherché à favoriser les sociétés plaignantes, ni qu’il devrait détenir des informations parallèles, voire communiqué celles-ci aux parties civiles et contrevenu ainsi au principe de l’égalité des armes.» Autre grief, celui d’avoir versé dans la procédure des traductions en français d’interrogatoires en russe réalisés par la propre avocate et femme de confiance de Dmitri Rybolovlev, Tetiana Bersheda…

La réponse des juges est tout aussi lapidaire, voire surprenante: «Il n’est pas indiqué en quoi la teneur des déclarations ainsi recueillies serait inexacte…»

Tania Rappo fut la seule des protagonistes à se hasarder hier dans les couloirs du Palais de justice. A ses côtés, ses avocats, Mes Michel et Salvia, l’ont pourtant rassurée sur la suite des événements. «Je constate que les conseils d’Yves Bouvier avaient des arguments pertinents», souligne Me Frank Michel alors que dans le même temps s’ouvre une guerre des communiqués.

Conversation enregistrée

Côté Rybolovlev, on pavoise bien sûr en évoquant des «faits gravissimes d’escroquerie» et en se félicitant que «le précieux travail des enquêteurs ne saurait être perturbé par des manœuvres de procédure».

Dans l’autre camp, on rappelle les prochaines échéances: les faits dont Dmitri Rybolovlev et son inséparable avocate doivent répondre devant la justice pour avoir frauduleusement enregistré une conversation avec Tania Rappo. En résumé, le combat continue sur le Rocher.

Créé: 12.11.2015, 21h51

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Des commissions faramineuses

Tania Rappo orientait l’oligarque vers Yves Bouvier pour ses achats de toiles. Elle a touché pour cela plus de 100 millions de francs sur dix ans. Celle qui demandait à Monaco l’annulation des poursuites à son encontre liées à la guerre judiciaire que livre un ancien oligarque en exil – qui clame avoir été escroqué de plus d’un demi-milliard de francs – à son marchand d’art genevois a longtemps été présentée comme une simple entremetteuse. L’ampleur des commissions touchées par Tania Rappo, femme qui avait présenté Dmitri Rybolovlev à Yves Bouvier il y a onze ans, montre pourtant qu’elle n’a rien d’un second rôle.

Entre les 2,52 millions de dollars ­ – reçus en trois fois à partir de 2004 – sur l’acquisition par le Russe des Noces de Pierrette de Picasso et un virement de 2014 relatif aux 6,85 millions d’euros ramassés sur le Gauguin «Otahi Seule», Tania Rappo aura touché, en une décennie, près de 102 millions de francs sur les achats de toiles de Ryboloblev. C’est ce que révèle un calcul effectué par la Tribune de Genève — au taux de change actuel ­ — sur la base d’une reconstitution des flux financiers réalisée par la police monégasque. L’entregent de Mme Rappo est particulièrement remercié en mars 2008. Alors que l’ex-oligarque achète un deuxième Modigliani en l’espace de quatre mois, elle touche alors 17% des 18 millions d’euros versés pour ce Nu Dolent.

Selon les pièces de l’enquête auxquelles la Tribune de Genève a eu accès, les sommes sont le plus souvent versées par MEI Invest, société liée à Yves Bouvier; parfois directement par ce dernier – comme pour la première commission sur le Gauguin.

L’argent atterrit sur des comptes monégasques de HSBC mais aussi de BNP Paribas ou du CFM, ouverts au nom de neuf sociétés écrans derrière lesquelles se profile Mme Rappo. Ainsi la Panaméenne «Anson Finance SA» est utilisée dès 2004, puis «Business Ventures Corp» devient le paravent employé à partir de 2006, avant «Rilart SA» en 2011 – deux autres panaméennes. Au fil du temps, l’argent part plus loin. La gratification de 5 millions de livres touchées sur Léternel printemps de Rodin en 2011 est ainsi versée sur un compte de la Bank of Singapour ouvert au nom de «Pirinarte SA».

En moyenne, celle qui fut la confidente des Rybolovlev aura touché 8,9% du montant de 30 transactions dont la Tribune de Genève a pris connaissance en détail. L’oligarque n’en aurait jamais rien su.

L’avocat de Tania Rappo rappelle de son côté que sa cliente «ne connaissait pas le prix de vente de l’ensemble des œuvres concernées». Par ailleurs, ces commissions sont «parfaitement légales et correspondent à une pratique courante». «Certains s’interrogent sur l’importance de ces commissions; pouvait-elle refuser? C’est du relationnel», estime Me Frank Michel. Selon ce dernier, «Tania Rappo a cherché à présenter M. Rybolovlev à d’autres personnes susceptibles de lui fournir des toiles – elle aurait perçu là aussi des commissions comme apporteur d’affaires ­ – mais [il] voulait uniquement travailler avec M. Bouvier»
Pierre-Alexandre Sallier (avec J-M.V.)

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