Une nouvelle banque à Genève devient la championne du négoce

Matières premièresQuatre ans après les déboires de BNP Paribas, un nouveau nom émerge enfin dans la finance genevoise. Portrait.

Emmanuel Lemoigne dirige la banque BIC-BRED depuis le mois de février 2015.

Emmanuel Lemoigne dirige la banque BIC-BRED depuis le mois de février 2015. Image: Georges Cabrera

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Dans le monde discret du négoce et de son financement, c’est Commodities Week. Autrement dit, une semaine qui voit, chaque année en novembre, les traders, banquiers et autres armateurs de la place multiplier les rencontres et consolider leur réseau dans une ambiance qu’on dit festive. Un nouveau nom circule dans le milieu: BIC-BRED (Suisse) SA.

L’ancienne succursale du groupe français BRED est l’une des dernières banques en Suisse à avoir reçu sa licence, en 2015. L’antenne helvétique, jadis spécialisée dans le refinancement bancaire auprès d’une clientèle turque, devient cette année-là une filiale, une banque à part entière, et mise sur le financement du négoce. Depuis, elle a le vent en poupe.

Croissance, croissance

Le groupe emploie une cinquantaine de personnes dans ses bureaux de la place de Longemalle – avec vue sur le lac – contre une quinzaine en 2015. Son bilan vient de passer la barre du milliard de francs, ses résultats croissent chaque trimestre. L’établissement n’a pas mis plus de dix-huit mois pour être dans les chiffres noirs. «Ça bouge, c’est dynamique, c’est une bonne maladie», relève Emmanuel Lemoigne, son directeur général.

Les cinquante employés ont presque tous été recrutés à Genève, d’abord chez BNP Paribas, le traditionnel leader de la place, qui a réduit la voilure suite à une lourde amende. Il y a quelques années, la banque n’avait pas respecté un embargo américain au Soudan, en Iran et à Cuba. Plusieurs établissements se sont s’engouffrés dans la brèche, du groupe italien UniCredit à Hinduja Bank et Natixis. Presque tous ont fermé depuis et aucun n’a eu le succès de BIC-BRED.

«Le secteur n’est plus tiré par la croissance chinoise comme avant», estime Stéphane Graber, secrétaire général de la Swiss Trading and Shipping Association, l’association faîtière de la branche. «Les coûts réglementaires sont en hausse, l’impact des technologies difficile à apprécier; il faut faire les bons choix, recruter les bons profils, être flexible.»

«Nous n’aurons jamais la taille d’un BNP Paribas ou d’un ING (ndlr: les deux poids lourds actuels), alors nous misons sur la flexibilité», glisse Emmanuel Lemoigne. Le groupe se targue de pouvoir ouvrir un compte avec un trader en deux-trois mois, deux fois plus vite que la concurrence. «On incite nos clients à se domicilier à Genève pour pouvoir les rencontrer, mais aussi parce qu’il y a ici une sécurité juridique», souligne le directeur général.

«L’ancrage local, une caractéristique de notre maison mère», ajoute-t-il. En France, le groupe BRED est l’équivalent de la Raiffeisen en Suisse, une banque coopérative. Mais dans le monde des matières premières, le banquier est amené à voyager. C’est d’ailleurs à Abidjan que la «Tribune de Genève» l’a rencontré une première fois, à l’occasion d’un congrès qui réunit le gratin des économies africaines. Ses équipes sillonnent l’Afrique, réputée pour ses ressources naturelles mais qui dépend aussi tant des importations, notamment agricoles.

Des collaborateurs se sont rendus à Rostov, dans le sud de la Russie, et à Port-Saïd, sur une des principales routes du blé. Sur un tel axe, la banque finance le négociant quand il acquiert une cargaison de blé, échange quasi constamment avec ce dernier au gré des étapes, avant que la marchandise ne soit revendue aux distributeurs (voir infographie).

Pétrole, métaux et céréales

BIC-BRED se spécialise dans les énergies (hydrocarbures), les métaux (du cuivre à l’acier) et les denrées agricoles (céréales, café ou autres sucres). Les montants des opérations financées (achats, ventes, transport) pour un tel établissement peuvent aller de 200 000 dollars pour un marchand en café de niche à une petite centaine de millions de dollars lorsqu’on traite d’un cargo pétrolier.

Le champ d’action est mondial et les marchandises ne transitent quasi jamais par la Suisse. Mais la clientèle, comme le vivier de talents, est locale. Les trois quarts des partenaires de BIC-BRED sont domiciliés en Suisse, en général à Genève, à Lugano, dans le canton de Vaud et à Zoug. Le groupe espère collaborer avec un quart des cinq cents sociétés de trading présentes dans la région ces prochaines années. (TDG)

Créé: 06.11.2018, 17h45

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