Raiffeisen finit par ôter le caillou Notenstein La Roche de sa chaussure

BanqueLe groupe bancaire se débarrasse finalement de sa banque privée, vendue environ 700 millions de francs à Vontobel.

Le patron du groupe Raiffeisen, Patrik Gisel (à g.), annonçait jeudi la vente de la banque privée Notenstein La Roche à Vontobel, un établissement dirigé par Zeno Staub (à dr.).

Le patron du groupe Raiffeisen, Patrik Gisel (à g.), annonçait jeudi la vente de la banque privée Notenstein La Roche à Vontobel, un établissement dirigé par Zeno Staub (à dr.). Image: Reuters

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«Notenstein, le caillou dans la chaussure de Raiffeisen», titrait la Tribune de Genève dans son édition du 28 février 2015. La banque privée du groupe bancaire bouclait alors son année 2014 sur de mauvais résultats, avec un bénéfice brut en chute de 49%, passant de 13,6 millions à 6,9 millions de francs.

Malgré ces mauvaises performances, Raiffeisen assurait toutefois qu’elle tenait à son caillou et qu’elle serait capable de le retirer seule de sa chaussure, voire de le transformer en une petite pépite d’or. «Au vu des pressions actuelles sur les petites banques, je suis convaincu que le processus de concentration de ce secteur n’est pas terminé, mais pour nous intéresser, il faut toutefois qu’elles présentent un bon portfolio ainsi qu’une culture d’entreprise proche de la nôtre», expliquait à l’époque Patrik Gisel, devenu depuis CEO du groupe Raiffeisen.

Les années passant, le discours tenu par le banquier est resté le même et cela malgré le manque continu de performances de Notenstein La Roche. En automne dernier, au moment où cette dernière perdait son directeur Adrian Künzi, Patrik Gisel assurait une nouvelle fois exclure tout scénario de cession, tout en répétant ne pas être satisfait du développement de la banque privée.

Quant à la cession, quelques semaines plus tôt, d’une première partie de son portefeuille de gestion de fortune à Vontobel (comptant environ 2 milliards d’avoirs), le patron justifiait cette transaction en parlant d’actifs non stratégiques basés en Europe de l’Est et d’une volonté de Notenstein La Roche de se focaliser sur le marché suisse. Jusqu’au bout, le CEO de la troisième banque de Suisse aura bien su mener la partie et gérer ses coups de bluff.

Tourner la page Vincenz

Même si Raiffeisen nie toute corrélation entre cette décision et le scandale dans lequel se retrouve empêtré son ex-patron Pierin Vincenz (actuellement en détention préventive pour soupçons de gestion déloyale lorsqu’il présidait la société de cartes de crédit Aduno), le fait que Notenstein La Roche soit inclus dans l’enquête en cours interroge.

Pour mémoire, la prise de participation de Raiffeisen dans Notenstein, banque privée née sur les cendres de la banque Wegelin, remonte à 2012, soit en pleine ère Vincenz. «Cette décision de cession n’est pas liée à l’enquête en cours, ni à la procédure initiée par le Ministère public, répond la banque, mais est le résultat d’une réévaluation stratégique du conseil d’administration et de la Direction de Raiffeisen Suisse.»

Entre divorce et mariage

D’ici au troisième trimestre, une fois toutes les approbations reçues, Notenstein La Roche passera donc sous le giron de Vontobel. Un choix plutôt logique au vu de la longue histoire qui lie, mais aussi délie les deux banques. Après avoir longtemps coopéré, elles avaient en effet finalement décidé de rompre leur alliance en 2014, année où Raiffeisen cédait les 12,5% du capital de son concurrent zurichois qu’elle détenait.

Mais, comme l’expliquait jeudi un analyste de la Banque Cantonale de Zurich, «Vontobel représente un partenaire naturel pour Raiffeisen». Avant même le rachat des actifs non stratégiques de Notenstein La Roche basés en Europe de l’Est, Vontobel avait déjà acquis Vescore, la filiale de gestion d’actifs de Raiffeisen. La boucle semble donc bouclée avec la reprise des treize sites suisses exploités par Notenstein La Roche et ses 16,5 milliards d’actifs sous gestion.

Réorganisation à attendre

Alors que le nom de la banque privée est voué à disparaître – Zeno Staub, CEO de Vontobel, a confirmé jeudi une stratégie basée sur une marque unique – le devenir de ses salariés reste incertain. Déjà sous pression depuis 2016, suite à la mise en place d’un plan drastique d’économie, certains employés pourraient faire les frais de ce rachat. Sans donner trop de détails, le patron de Vontobel a effectivement évoqué de «nouvelles synergies» à venir.

Reste la question du montant déboursé par Vontobel, soit environ 700 millions de francs. Vu la réaction boursière positive à cette annonce, il semble en ligne avec les attentes des investisseurs. Difficile toutefois de le comparer aux montants payés par Raiffeisen lors de la reprise de Notenstein, puis celle de la banque La Roche, puisque cette dernière ne souhaite pas les communiquer.

(TDG)

Créé: 24.05.2018, 20h32

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