Pourquoi la panique qui s’est emparée de Wall Street influence déjà nos vies

Marchés financiersIncertitudes sur les fonds de pension, le franc, les taux d’intérêt… La semaine de folie qui s’achève en Bourse n’a rien de virtuel.

Figure de la Bourse de New York, les courtiers Peter Tuchman et Patrick Casey observent le plongeon des indices, jeudi. Depuis le 26 janvier, Wall Street a perdu plus de 10%.

Figure de la Bourse de New York, les courtiers Peter Tuchman et Patrick Casey observent le plongeon des indices, jeudi. Depuis le 26 janvier, Wall Street a perdu plus de 10%. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Après une semaine de tempête – la pire en près de sept ans –, Wall Street a continué d’être marquée par des convulsions tout au long de la journée de vendredi. Le Vieux-Continent n’a pas été épargné par la vague d’ordres de vente qui a fait partir en fumée 5000 milliards de capitalisation boursière en cinq jours au niveau mondial. Six jours de baisse consécutive, d’une ampleur inconnue depuis l’été 2015, ont fait entrer la planète finance en mode «correction» – le terme utilisé pour qualifier une baisse de 10% de la Bourse américaine – depuis les sommets touchés le 26 janvier. Attention, les mots suivant dans le lexique sont «bear market» – baisse structurelle –, puis «krach».

Effrayant. Sauf qu’à première vue, ces «traders» survoltés dans le décor bleuté du New York Stock Exchange appartiennent encore à un autre monde. Celui dans lequel un chef de l’État peut livrer ses avis de boursicoteur en direct, jugeant jeudi que la foule des financiers faisait «une grosse erreur». Un monde où l’on craint, le relèvement des salaires à Walmart et le retour de l’inflation, avant trois hausses du niveau des taux d’intérêt cette année.

Pensions très boursières

Les démons de Wall Street finissent par vous rattraper. Par le portefeuille d’abord. La Bourse de Zurich a déjà perdu 7,5% depuis le début de l’année. Et les pertes accumulées sur les marchés américains viennent immanquablement creuser les comptes des caisses de prévoyance retraite.

«En ce qui concerne les gains qui pourraient être tirés des marchés, gros point d’interrogation; ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas du tout certain que 2017 se répète de la même manière», a prévenu Manuel Leuthold, président du Conseil du fonds de compensation qui gère l’argent de l’AVS, vendredi sur l’antenne de la RTS.

Au fait, et le franc?

Les effets peuvent être plus subtils. Qui a pensé à jeter un coup d’œil aux tableaux indiquant les taux de change? Non, l’euro ne se paie plus «autour de 1,20 franc» comme chacun semble s’y être habitué. Avec, dans un coin de la tête, l’image de pays voisins en pleine reprise – les indicateurs de la Commission européenne l’ont encore confirmé cette semaine – rimant avec une monnaie commune plus forte vis-à-vis du franc suisse. Or non seulement ce plancher, censé apporter la sérénité aux usines helvétiques, n’a jamais été atteint – le plus bas touché était de 1,18 franc, il y a trois semaines – mais il s’est éloigné. Vendredi matin, il ne fallait plus que 1,15 franc pour empocher une pièce de 1 euro.

Après les secousses de Wall Street, le réflexe pavlovien de ceux chargés de veiller sur les patrimoines du monde entier les ramène vers des placements en francs suisses. «Impossible de nier que l’appréciation du franc ces derniers jours est liée à ces turbulences des marchés», pointait vendredi John Plassard, analyste au sein de Mirabaud Securities. Les patrons de PME grognent. Les familles qui font leurs courses en France soufflent.

Les taux restent scotchés

Il y a un deuxième effet indirect. Avec un franc qui vaut plus que jamais de l’or aux yeux du monde, la remontée des taux d’intérêt en Suisse – attendue de longue date – s’éloigne. Alors que les oracles de la banque UBS esquissaient pourtant, il y a une dizaine de jours, une décision en ce sens de la Banque nationale cette année.

La réappréciation du franc suisse donnera des arguments au banquier central Thomas Jordan pour garder les taux plaqués au sol – et même un cran en dessous, à – 0,75%. «Si ces turbulences sur les marchés se maintiennent, on peut totalement exclure un revirement de la Banque nationale sur ce front», balaie l’analyste de Mirabaud. Un répit pour ceux qui ont convaincu ces dernières années leur banquier de débloquer un emprunt pour un appartement hors de prix. Bien loin de Wall Street, ils dépendent, eux aussi, de ses errances.

Conséquence directe, la remontée progressive des taux d’intérêt, attendue de longue date, n’est plus aussi certaine. En tout cas pas au sens de la banque UBS qui prévoyait, il y a dix jours encore, une décision en ce sens de la Banque nationale d’ici à la fin de l’année. Toute ré-appréciation du franc suisse donnera des arguments à Thomas Jordan pour continuer de plaquer au sol le niveau des taux - et même légèrement sous les pâquerettes, à -0,75%. «Si ces turbulences sur les marchés se maintiennent on peut totalement exclure un revirement de la Banque nationale sur ce front», estime l’analyste de Mirabaud.


La volatilité est un retour à la normale

Jeudi soir, la Bourse de New York a clôturé à nouveau en baisse. Le Dow Jones Industrial Average (30 grands noms de Wall Street) a perdu 4,15%. Le Nasdaq a lâché 3,90%. Comme en début de semaine, ces résultats ont provoqué des réactions en chaîne. Ainsi, vendredi, la Bourse de Tokyo enregistrait une forte baisse. À la clôture, le Nikkei a lâché 2,32%. Du côté de l’Europe, les indices boursiers ont oscillé toute la journée, avec une tendance à la baisse. Idem en Suisse: la Bourse a connu de fortes fluctuations.

En milieu de semaine pourtant, les experts se voulaient rassurants et rejetaient l’idée d’un krach. «C’est la hausse des taux d’intérêt des obligations hors risque (ndlr: mises par les États) qui a allumé la mèche», explique Gianluca Tarolli, économiste de marché à la Banque Bordier à Genève. «En revanche, les obligations d’entreprises sont peu affectées, ce qui rassure», tempère le spécialiste. Mais alors, comment expliquer cette nouvelle baisse? «Des ventes forcées ou automatiques par les fonds gérés de manière quantitative peuvent accentuer ce mouvement baissier, indépendamment des fondamentaux de croissance solide. Les tensions autour du budget américain et du risque de shutdown ont pu jouer un rôle. Ce n’est que dans la nuit de vendredi que les différentes parties se sont entendues», indique Gianluca Tarolli.

Cette nouvelle baisse s’inscrit cependant dans une tendance plus large. «Après neuf ans de croissance économique sans hausse des prix à la consommation, les premiers signes d’un retour de l’inflation apparaissent. Or, qui dit inflation, dit forcément taux d’intérêt plus élevés. Comme l’économie n’a jamais été aussi endettée, cette hausse des taux provoque de l’inquiétude», note le spécialiste.

La volatilité constatée cette semaine est une sorte de retour à la normale. Vendredi, Wall Street enregistrait encore une tendance baissière. À 17 h 30 (heure suisse), le Dow Jones Industrial Average lâchait ainsi 0,13%. Sevan Pearson avec l’ATS

(TDG)

Créé: 09.02.2018, 22h04

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.