«Le franc suisse a perdu son rôle de valeur refuge depuis plusieurs mois»

EconomieEn dépit des frappes aériennes en Syrie, la monnaie helvétique n’a guère attiré les investisseurs inquiets.

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En ce mois d’avril, une guerre pouvait, au moins théoriquement, éclater au Proche-Orient. Les armées américaine, française et britannique ont procédé à des tirs de missiles sur la Syrie samedi matin, pendant une quarantaine de minutes. Un tel contexte aurait évidemment pu pousser une foule d’investisseurs inquiets à se jeter sur le franc. En fait, rien de tel ne s’est produit.

«Les frappes en Syrie n’ont eu aucune influence sur la paire euro/franc. La monnaie helvétique a clairement perdu son rôle de valeur refuge. Et cela depuis plusieurs mois déjà», estime Nicolas Baudet, expert en devises de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV). Du coup, le franc a continué de s’affaiblir par rapport à l’euro pendant tout le week-end, comme au cours des douze derniers mois. En un an, la devise helvétique a reculé d’environ 10% par rapport à l’euro.

«Le franc suisse reste une valeur refuge, estime pourtant Fabrizio Quirighetti, chez SYZ Asset Management. Mais il est de plus en plus concurrencé dans l’environnement actuel par le yen et l’or. Ceux-ci ont également de très bonnes propriétés de diversification au sein des portefeuilles.» Aux yeux de la banque américaine Goldman Sachs, le franc apparaissait aussi comme une valeur refuge l’été dernier, mais n’était déjà plus la plus fiable.

Les contextes d’insécurité ne semblent guère avoir d’influence sur cette évolution. «Nous avons constaté, depuis quelques années, que des situations de grand danger avaient un effet moindre sur le franc que par le passé. D’ordinaire, un conflit au Moyen-Orient déclenche d’assez importants réflexes d’achat de valeurs refuges. La sensibilité du franc s’est toutefois atténuée ces derniers temps», observe Peter Rosenstreich, responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank.

Succès d’une mission

Toutes ces remarques et observations imposent une question de fond: la Banque nationale suisse (BNS) a-t-elle rempli sa mission avec succès après l’abandon du cours plancher de l’euro par rapport au franc le 15 janvier 2015? «Vu sous cet angle, la BNS a certes diminué avec succès l’attrait du franc. Le yen et l’or sont désormais considérés comme de meilleures valeurs refuges, tout au moins d’un point de vue spéculatif», précise Manuel Oliveri, stratégiste sur le marché des changes pour Crédit Agricole. À la BCV, Nicolas Baudet exprime lui aussi un avis favorable sur le travail de notre banque centrale: «Depuis la suppression du taux plancher, les investisseurs sont réticents à acheter du franc suisse. La politique de la BNS porte ses fruits.»

Rappelons dès lors en quels termes sa décision du 15 janvier 2015 fut accueillie. «Les mots me manquent. C’est un tsunami! Aussi bien pour l’industrie d’exportation que pour le tourisme. Et même pour l’ensemble de la Suisse», déclarait le PDG du Swatch Group, Nick Hayek.

La faîtière de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux Swissmem ne se montrait guère plus optimiste: «C’est une catastrophe. Un affaiblissement encore plus important de la monnaie unique pourrait se révéler fatal aux PME de l’industrie des machines.» (TDG)

Créé: 16.04.2018, 19h21

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