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L’Apple Watch 3, axée sur la santé, est une vraie menace pour l’horlogerie

La «smartwatch» n’est plus au cœur des préoccupations à Baselworld. À tort, estime Peter Stas, CEO de Frederique Constant.

L’Apple Watch 3 est disponible dès 350 fr.
L’Apple Watch 3 est disponible dès 350 fr.
DR

À en croire le président des exposants suisses François Thiébaud, les deux mauvaises années qu’a traversées l’horlogerie en 2015 et 2016 ne sont en rien imputables aux montres connectées. Le CEO de Tissot a reconnu du bout des lèvres un «impact négligeable», sans plus. C’est peut-être vrai. Il est possible cependant que ce ne soit plus le cas à l’avenir. Outre-Atlantique, la 3e génération de l’AppleWatch se vend comme des petits pains: 18 millions d’exemplaires en 2017, dont 8 millions rien que pour le dernier trimestre. À titre de comparaison, les exportations suisses ont totalisé 24,3 millions de pièces.

C’est que l’objet a mûri, explique Peter Stas, CEO de Frederique Constant: «Les données recueillies sont désormais très fiables, notamment en ce qui concerne les pulsations cardiaques. Il ne s’agit plus d’un gadget ludique qui compte les pas, ce que fait n’importe quel bracelet intelligent, mais d’un outil médical. En se profilant sur la medtech, Apple vise juste».

Crédibilté médicale de l'Apple Watch

L’outil est pris au sérieux, y compris par la FDA (Food and Drug administration), qui a approuvé une étude menée par Apple et l’université de Stanford sur le moniteur EKG embarqué dans l’AppleWatch, ce qui en fait le premier appareil médical (issu de cette industrie) officiellement reconnu, capable d’alerter le porteur en cas d’arythmie, par exemple. «C’est capital, car cela donne à l’AppleWatch une crédibilité inouïe que n’avaient pas les premières séries», analyse Xavier Comtesse, auteur de «Santé 4.0 - Le tsunami du numérique».

Son sentiment est que la montre est un marqueur social, tandis que la montre connectée devient un marqueur de quotient intellectuel: «Celui qui la porte signifie à son entourage qu’il est moderne et assez intelligent pour la faire fonctionner. Ce qui n’est pas le cas avec une montre normale. De plus, la fonction de maruquer social s’estompe. Les gens riches ne l’affichent plus autant que durant les années bling-bling».

«Dangereux pour nous»

Pour Peter Stas, ce produit est «dangereux pour l’industrie horlogère suisse». Raison pour laquelle, à son échelle, Frederique Constant défend son marché de niche en sortant régulièrement des nouveautés connectées. Cette année, une Hybrid Manufacture, qui allie mouvement mécanique et software, le tout lié à une application. La montre recueille des informations sur les activités physiques, ou le sommeil, en sort des analyses sur le long terme, et propose une fonction de «coaching». «Nous en avons aussi une qui décortique ce qui se passe à l’intérieur du mouvement mécanique.

Une partie de notre clientèle adore ça». La Hybrid Manufacture coûte 3250 fr. (boîtier de recharge compris). Elle vient compléter l’entrée de gamme, occupée par l’Horological (de 700 fr. à 1400 fr.), lancée en 2015. Parallèlement sort chez la marque sœur Alpina l’«AlpinerX» (895 fr.), dotée de multiples fonctions activées par la couronne (altitude, boussole, GPS, UV, température). Le pari est gagnant: Frederique Constant a vendu 55 000 montres connectées en trois ans, et ce secteur représente 12% de son chiffre d’affaires.

Occuper l’entrée et le moyen de gamme avec des produits connectés est une bonne stratégie, estime Xavier Comtesse: «Les montres de moins de 200 fr., ont reculé en 2017 (de 8,5% en volume et 11,6% en valeur, ndlr), car elles sont remplacées notamment par des connectées». Alors que la reprise se faisait sentir sur la majorité des marchés, les États-Unis sont restés en recul (-4,4%). Soit que les clients passent par d’autres canaux de distribution, soit, ajoute-t-il, «qu’ils aient opté pour une AppleWatch».

Fort potentiel

Et le créneau de la santé pour les objets connectés n’en est qu’au début. «Déjà des senseurs sont capables de déterminer le taux de glucose, pointe Peter Stas. Les possibilités sont immenses». Certes, il ne s’agit plus de montre au sens de la belle horlogerie, mais voilà que resurgit la fameuse guerre du poignet. «Depuis des milliers d’années, le médecin prend le pouls, sent l’humidité de la peau, fait un premier diagnostic du patient en se concentrant sur cette zone, rappelle Xavier Comtesse. Si une montre se transforme en check-up permanent, propose diverses fonctions ludiques en plus, et, accessoirement, donne l’heure, il y a du souci à se faire pour l’horlogerie suisse».

Branche divisée

Mais la branche souffre de ses divisions, regrette Peter Stas. «Notre centre MMT, près de Genève, est capable de développer de la mécanique comme du software. Nous avons proposé de l’ouvrir à l’ensemble de la branche, mais les gens restent chacun de leur côté». D’une façon générale, les marques suisses s’en désintéressent, comme si l’orage annoncé en 2014 déjà, s’était résorbé delui-même. Ou, si elles planchent sur des projets, ils sont toujours vus comme des collections d’appoint, marginales. Breitling n’a pas encore sorti de nouvelle version de son Exospace B55, destinée aux aviateurs, qui date de 2015. Bulgari n’a toujours pas mis sur le marché la Diagono, dont le prototype présenté il y a trois ans devait permettre le paiement sans contact grâce à des partenariats avec WiseKey, puis MasterCard, qui n’ont pas abouti. Et Tissot annonce finalement une montre «augmentée», avec un système d’exploitation maison, pour 2019. Un projet «très intéressant», estime Xavier Comtesse. Mais qui a «peut-être quatre ans de retard».

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