À Annecy, l’animation recrute à plein régime

France voisineUne véritable industrie s’est créée en marge du Festival du film animé qui se tient cette semaine. Son épicentre est une usine des années 50.

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«Image en cours d’enregistrement.» La vingtaine, casque vissé sur ses mèches blondes, elle attend que l’écran digère un dessin d’«Ollie & Moon», regard perdu sur le paysage alpestre. Si tout se passe bien, elle animera six secondes de la série pour enfants en une journée, relate Morgane Schlotterbeck, sa directrice de production au sein du studio local de Caribara. Fort de 80 personnes, c’est le plus important employeur des Papeteries Image Factory, ancienne usine devenue le lieu emblématique de l’industrie qui se déploie à Annecy, dans le sillage du Festival international du film d’animation, qui commence lundi.

Le plein-emploi régnant dans le secteur – jeux vidéo inclus – estompe un instant les nouvelles en provenance de l’Hexagone. La filière et celle des «industries créatives» comptent 350 entreprises employant 1500 personnes en Haute-Savoie, dont les trois quarts dans l’agglomération annécienne, presque autant que Tefal, le plus important employeur privé des environs. À titre de comparaison, à Los Angeles le seul syndicat Animation Guild – basé à Burbank, berceau de Disney – défend 4500 artistes, scénaristes et techniciens.

Argent public et emplois

Pour le reste, on est bien en France, avec son maillage administratif aux acronymes exotiques. Le déploiement de cette industrie, comme des formations liées, est ainsi orchestré par Citia. Mise sur pied en 2005 par les édiles locaux, cette structure publique dite de coopération culturelle – un EPCC comme il en existe une centaine – chapeaute également le festival et son pendant commercial, le Mifa. «Aujour­d’hui, 60% de notre budget provient de recettes propres, tirées notamment du festival», se félicite Yannick Heude, responsable du développement économique de Citia.

«De nombreux studios ont relocalisé leur production en Europe»

«Les besoins en recrutement du secteur sont énormes, de nombreux studios ont relocalisé leur production en France et en Europe», reconnaît cet ancien cadre parisien de l’audiovisuel. Des studios qui sont tout autant attirés par les aides déployées par des villes comme Annecy, mais aussi Montréal, au Québec, afin de se faire une place sur la scène animée.

Bureaux à 450 euros par mois

L’arsenal est notamment constitué d’un fonds de 300 000 euros par an – abondé par la Haute-Savoie et le CNC, organisme national d’aide au cinéma – incitant les producteurs à sous-traiter une partie de la production des œuvres sur place. «Pour que 100 euros soient versés, il faut que 150 euros au moins soient dépensés dans le département. Dans la pratique, on est plutôt à 700 ou 800 euros», assure Yannick Heude. Et puis il y a également la botte secrète des «intermittents du spectacle», système national qui fournit un complément de revenu aux artistes et techniciens qui interviennent en indépendants d’un projet à l’autre.

Côté formation, six cursus sont proposés par les Papeteries à 150 étudiants. Cela va de l’apprentissage du codage à des personnes en réinsertion au cursus ultrasélectif «d’animation de personnages 3D», installé en 2010 par la grande école parisienne des Gobelins.

Les 7000 m2 des anciennes papeteries Aussedat hébergent actuellement 50 entreprises. «Trois cents personnes travaillent ici, les pouvoirs publics envisagent déjà une extension de l’autre côté de la rue», sourit Yannick Heude. Un «incubateur» destiné à mettre sur orbite «une dizaine d’entrepreneurs par an» ouvre en septembre. À la clé, bureaux de 20 m2 avec parking à 450 euros par mois, cours de gestion ou… orientation dans la jungle des subventions.

Cette mobilisation reflète celle de toute la région Rhône-Alpes «qui va mettre sur pied un cluster (ndlr: pôle) qui réunira ses autres lieux phares, comme la Cartoucherie de Valence ou le Pôle Pixel de Villeurbanne (ndlr: où a été tourné «Ma vie de Courgette»)», esquisse le responsable de Citia.

Attrait des salaires suisses

Ces efforts feraient presque oublier la présence, à trois sorties d’autoroute, de la Suisse et de salaires au moins deux fois plus élevés. «Ceux qui souffrent sont ceux qui emploient beaucoup de développeurs (ndlr: programmeurs), comme les agences de communication; dans la création, les gens restent beaucoup plus ici», tempère Antoine Hardy, associé de Full Story, collectif de motion design. Croisée dans les passerelles de cette halle des années 1950, Alix Gauthier, cofondatrice du site CopinesdeVoyage.com, pointe que, parmi sa vingtaine de collaborateurs, «plusieurs ont renoncé à la Suisse pour gagner en qualité de vie – en faisant l’impasse sur les trajets». De quoi estomper le cliché de banlieues dortoir qui colle à la région frontalière. Et, côté face, cette proximité de la frontière permet aux concepteurs de films promotionnels ou de sites web de «profiter des tarifs helvétiques», admet l’un d’eux.

La preuve la plus concrète de l’importance stratégique que revêt désormais l’animation aux yeux des autorités locales reste peut-être l’octroi du haras d’Annecy – immense propriété historique du centre à deux pas du lac, un rêve de promoteurs – à un projet de Cité de l’image, qui verra le jour en 2023.

Créé: 14.06.2019, 09h58

Offres en stock dans le studio du géant du jeu Ubisoft

«Houdini technical artist», «animateur 3D», «level artist»… Une trentaine d’offres d’emploi sont actuellement affichées par le studio
annécien d’Ubisoft, l’un des 29 que compte le géant français du jeu vidéo. Pas mal pour une filiale de 250 collaborateurs, dont l’effectif
a quadruplé en dix ans. À titre de comparaison, Ubisoft emploie 3500 personnes à Montréal.

Ouvert en 1996, le site d’Annecy s’est spécialisé très tôt dans les jeux en ligne multijoueurs, devenus par la suite la façon standard de jouer. Le studio s’enorgueillit d’être à l’origine de «Steep», jeu de sports d’actions, et s’occupe de pans entiers de «The Division», superproduction inspirée des romans de Tom Clancy. Pour recruter, Ubisoft tire parti des écoles d’ingénieurs de la région – INSA à Lyon ou ENSIMAG à Grenoble, par exemple – ou d’instituts spécialisés dans les jeux vidéo, comme l’école lyonnaise Bellecour.

Si 20% des employés arrivent de l’étranger, «très peu viennent de Suisse», reconnaît Rebecka Coutaz, responsable du studio, qui dit cependant «travailler sur des partenariats avec des institutions autour du Léman».

P.-A.SA.

La Suisse, en version animée


  • Le cinéma d'animation est très largement subventionné en Suisse. L’Office fédéral de la culture alloue une enveloppe de 1 million de francs par an au cinéma d’animation, dont le groupement GFSA a fêté ses 50 ans en 2018. À cela s’ajoutent un million de la SSR et 700 000 francs de Cinéforom dans les cantons romands.


  • À Genève, Nadasdy Film, le plus gros studio du pays, compte une trentaine de collaborateurs. À Lausanne, le collectif Helium Films est surtout dédié au stop motion.


  • À Lausanne, l’école privée d’arts visuels Ceruleum propose un bachelor en dessin animé. La Haute École de Lucerne propose un bachelor en animation. Des cours sont proposés à la HEAD genevoise et à la ZHDK, à Zurich.


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