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L'Allemand Bayer embourbé dans le scandale du glyphosate

Le groupe allemand, qui a racheté Monsanto, a sous-évalué les risques. Son patron admet que la société est en difficulté.

L'an dernier, un millier de personnes avait manifesté à Morges, où Monsanto avait son siège européen avant d'être racheté par Bayer.
L'an dernier, un millier de personnes avait manifesté à Morges, où Monsanto avait son siège européen avant d'être racheté par Bayer.
Keystone

Bayer a-t-il commis une erreur stratégique en jetant son dévolu sur l’américain Monsanto? À moins de deux semaines de l’assemblée générale des actionnaires, qui promet d’être houleuse, le président du directoire du groupe chimique et pharmaceutique allemand, Werner Baumann, commence à douter lui-même de son choix d’avoir racheté le géant américain de l’agroalimentaire pour 56 milliards d’euros.

«Nous avons perdu deux procès en première instance. Notre entreprise est sérieusement touchée, nous le voyons au cours de l’action», a reconnu pour la première fois le président de Bayer en marge d’un congrès à Cologne. Depuis cette acquisition, l’action Bayer a perdu en effet plus d’un tiers de sa valeur à la Bourse de Francfort. «Nous le constatons au niveau de notre réputation en Allemagne et en France – dans une moindre mesure aux États-Unis», a-t-il ajouté. Fin mars, alors que le cours de l’action s’effondrait, Werner Baumann déclarait encore: «L’acquisition de Monsanto a été une bonne décision et elle le reste encore aujourd’hui.»

Deux tribunaux américains ont déjà confirmé en moins d’un an la dangerosité du produit phytosanitaire glyphosate fabriqué par Monsanto. Les six jurés du tribunal de San Francisco ont estimé à l’unanimité, fin mars, qu’il y avait un lien entre le cancer du plaignant, Edwin Hardeman, et le désherbant qu’il a vaporisé pendant plus de vingt-cinq ans. «Bayer a été assommé par ce jugement. Ils étaient sûrs d’eux et pensaient avoir le droit de leur côté», constate Michael Heussen, journaliste d’investigation pour la télévision publique allemande (ARD). Bayer pensait en effet obtenir gain de cause sur cette question de la dangerosité. La direction du groupe continue d’affirmer que ce produit «n’est pas cancérogène» lorsqu’il est utilisé «selon le mode d’emploi».

11 000 plaintes aux USA

Voilà de nombreuses années que le glyphosate fait l’objet d’études et de décisions contradictoires. Depuis l’avis du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui a classé le glyphosate comme «cancérogène probable» en 2015, la ligne de défense de Bayer s’est effondrée, surtout aux yeux de l’opinion publique.

Les plaignants veulent prouver que les managers étaient au courant des risques sanitaires et qu’ils n’ont pas mis en garde les utilisateurs. Par ailleurs, ils estiment que Monsanto a cherché à influencer les scientifiques mais aussi l’administration américaine. Les conséquences financières de ce feuilleton judiciaire sont difficilement estimables alors que plus de 11 000 plaintes sont en cours aux États-Unis. Bayer a déjà payé l’année dernière près de 70 millions d’euros en Californie à un ancien concierge, Dewayne Johnson, qui avait utilisé des produits phytosanitaires de Monsanto. Les experts évaluent le montant total des indemnités entre 5 et 10 milliards de dollars.

Mais la menace n’est plus seulement circonscrite aux États-Unis. La semaine dernière, la Cour d’appel de Lyon a reconnu que Monsanto était responsable des problèmes de santé d’un agriculteur français. Le groupe Bayer s’est gardé la possibilité de former un pourvoi en Cassation mais la brèche est désormais ouverte en Europe pour d’autres procès.

Bayer piégé

Au-delà des indemnités, c’est l’avenir même du groupe allemand qui est remis en cause. Bayer est désormais piégé dans sa «stratégie Monsanto», dont il ne sait plus comment sortir. Les agriculteurs achètent les semences génétiquement modifiées mais aussi les engrais et les pesticides qui vont avec. «Or, les semences génétiquement modifiées de Monsanto sont les seules à résister au glyphosate. L’un ne va pas sans l’autre. Si le glyphosate disparaissait, c’est toute la gamme de produits qui disparaîtrait avec lui», estime l’expert Michael Heussen.

«Les noces du diable»

Si ces «noces du diable», comme disent les détracteurs, se justifient d’un point de vue commercial, les managers allemands semblent avoir sous-estimé le système judiciaire américain. Sans oublier l’opinion publique mondiale: combien de fois le patron de Bayer devra-t-il répondre sur les risques cancérogènes du glyphosate?

Pour anticiper les condamnations à venir, Bayer a augmenté ses «provisions pour litiges» de 660 millions d’euros en 2018. «Nous avons fait des réserves pour prévoir le financement d’une défense sur trois ans», avait expliqué fin février Wolfgang Nickl, le directeur financier, lors de la conférence de presse annuelle. Elles ne suffiront sans doute pas.

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Public Eye s’attaque à Syngenta

«Syngenta gagne des milliards en vendant des pesticides extrêmement dangereux.» La critique est de Public Eye, qui a publié ce lundi un rapport sur le sujet. Dans une pétition, l’organisation demande au géant bâlois de retirer du marché ses pesticides les plus toxiques. Elle appelle aussi la Suisse à interdire l’exportation des substances bannies sur son sol «en raison de leurs effets sur la santé ou l’environnement». En croisant des données de la société d’analyse de marché Philipps McDougall avec une liste noire de Pesticide Action Network (PAN, un réseau d’organisations non gouvernementales), Public Eye estime le marché global des pesticides extrêmement dangereux à environ 22 milliards de dollars en 2017. Environ deux tiers des volumes seraient vendus dans des pays en développement ou émergents, bon nombre de produits n’étant plus autorisés en Suisse ou dans l’Union européenne. «Soixante-huit pesticides extrêmement dangereux sont encore admis dans notre pays», précise la porte-parole Géraldine Viret. Le glyphosate, le pesticide le plus vendu au monde, en fait partie.

L’organisation dénonce «le rôle central» de Syngenta. Selon son enquête, quinze des 32 pesticides présentés comme ses produits-vedettes figurent sur la liste noire de PAN, pour un chiffre d’affaires d’environ 3,9 milliards en 2017. Pour comprendre les conséquences de l’«utilisation massive» de ces produits, Public Eye s’est concentré sur le Brésil. «De nombreuses études scientifiques montrent des taux très inquiétants de malformations congénitales, de cancers et d’autres maladies chroniques dans les régions où les plus grandes quantités de pesticides sont épandues.» Syngenta dénonce un rapport «politiquement motivé et délibérément trompeur». «Nos produits sont parmi les plus réglementés au monde», assure une porte-parole. Selon elle, le but de Public Eye est de saper l’agriculture moderne «sans laquelle les aliments seraient moins disponibles, plus chers et moins sûrs», d’effrayer le public et de promouvoir l’initiative pour des multinationales responsables en Suisse. Elle ajoute que la liste de PAN n’est reconnue par aucune organisation nationale ou internationale. C.Z.

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