À Hongkong, le centre financier «se réveille avec la gueule de bois»

ManifestationsPatron d’une société financière, Fabrice Jacob relate les craintes du secteur après les violences des derniers jours dans l'ex-colonie.

La police est intervenue énergiquement contre les manifestants, mardi à l’aéroport international de Hong Kong.

La police est intervenue énergiquement contre les manifestants, mardi à l’aéroport international de Hong Kong. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Au lendemain des affrontements violents entre manifestants et policiers à l'aéroport international de Hongkong mardi soir, paralysé durant deux jours, la métropole asiatique s'est réveillée ce matin avec la «gueule de bois», pour reprendre l'expression de Fabrice Jacob, financier français installé depuis 1995 dans cette métropole de 7 millions d'habitants. Le responsable de JK Capital Management, une société de gestion d'actifs employant une douzaine de personnes en plein cœur du centre financier, réagit aux événements qui ont mis l'ex colonie en état de choc.

– Aviez-vous déjà assisté à une telle violence à Hongkong?

– Jamais et on me dit ici qu'il faut remonter à 1967 pour retrouver pareils affrontements. La Chine était alors en pleine révolution culturelle et des Gardes Rouges infiltrés à Hongkong attisaient la révolte à l'encontre des Britanniques.

– Quelle ambiance prévaut ce matin dans les tours du quartier financier?

– Les affrontements violents à l'aéroport ont eu lieu mardi soir autour de minuit et la plupart des employés se sont réveillés sous le choc, avec la gueule de bois. La vaste majorité de la population ne comprend pas comment les autorités locales ont pu ainsi laisser pourrir un mouvement qui dure depuis deux mois et demande un retour à l'ordre. Au vu de la détérioration de la situation, il me semble difficile d'imaginer deux millions de personnes retournant manifester dans la rue. Sans compter que tout le monde garde en outre à l'esprit que plus d'un demi-millier de manifestants ont été arrêtés ces derniers jours, dont bon nombre risquent dix ans de prison ferme.

«Les heurts ont agi comme un électrochoc»

– Pourquoi un tel revirement après les énormes manifestations d'il y a deux mois?

– Les heurts, qui ont vraiment démarré dimanche soir dans une station de métro ou des gaz lacrymogènes ont été tirés, ont agi comme un électrochoc. Ce qui a démarré comme une question politique affectant tout le monde - le risque de se voir extradé vers la Chine en cas d'arrestation - a viré à un mouvement plus large en faveur d'élections libres, qui n'a rien de nouveau et qui ressurgira encore jusqu'à ce que Hongkong réintègre la République populaire en 2047. Faiblement mobilisés politiquement, beaucoup de citoyens sont surtout les propriétaires, souvent endettés, de leur appartement et dépendent de la Bourse pour leur épargne. Ils redoutent une crise qui leur fasse tout perdre.

– La menace d'une intervention des forces armées chinoises ne sème pas la panique?

– Tout le monde est conscient que la situation peut très mal tourner. En discutant avec mes équipes - dont la moitié est originaire du Continent - je suis surpris de constater à quel point les vidéos sur des mouvements de troupes chinoises aux abords de Hongkong circulent depuis deux jours. Personne n'a attendu que Donald Trump ne tweet à ce sujet pour s'en inquiéter. Je ne constate en outre aucune contagion de ce mouvement de contestation vers la Chine, bien au contraire. Les Chinois (ndlr: de Chine populaire) qui s’expriment sur les réseaux sociaux sont effarés par ce qu’ils voient à Hongkong et le fait que certains d’entre eux, touristes ou journalistes, ont pu être ciblés.

«Tout le monde est conscient que la situation peut très mal tourner»

– Les conséquences économiques du mouvement commencent-elles à être perçues?

– Ces derniers jours on constate moins de monde dans les hôtels, des grands magasins un peu plus vides, tandis que (ndlr: le géant financier américain) BlackRock vient de repousser sa grande conférence annuelle. Mais la situation n'a rien à voir avec celle qui prévalait en 2003 lors de l'épidémie de SRAS. À l’époque, un palace comme le Peninsula n'avait plus qu'une seule chambre occupée.

– Quelle est la situation sur le marché boursier?

– Ce matin ces événements locaux sont occultés par l'espoir qu'accompagne le report de nouvelles sanctions douanières contre la Chine par l'administration Trump. Une seule exception, la compagnie aérienne Cathay Pacific, violemment critiquée par Pékin - pour les prises de position d'une partie de son personnel navigant - et dont le vol en provenance de New York a été interdit de survol du territoire chinois hier soir.

Créé: 14.08.2019, 19h05

Articles en relation

[Vidéo] Comprendre la contestation à Hong Kong en 3 minutes

Geopolitique Début juin 2019, un projet de loi autorisant les extraditions de l’ancienne colonie britannique vers la Chine a mis le feu aux poudres. Plus...

Les manifestants défient Pékin en bloquant l’aéroport de Hong Kong

Hong Kong La brutalité de la réponse policière de dimanche a renforcé la détermination des contestataires. Plus...

De Moscou à Hong Kong, un été critique

L’éditorial Plus...

Les menaces chinoises ne font pas reculer la contestation

Hong Kong Editorial En dépit des intimidations de Pékin, le mouvement s’élargit. Il appelle à une grève générale pour ce lundi. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Jeanne Calment est bien la doyenne de l'humanité
Plus...