Voilà ce que gagnent les banquiers genevois

Place financièreGenève célèbre son rôle de capitale de la finance «durable» cette semaine. Mais quel est l’état de santé réel de ses grandes banques?

Aux Acacias, le siège de la banque Pictet, dont l’activité génère 500 millions de francs de profits par an.

Aux Acacias, le siège de la banque Pictet, dont l’activité génère 500 millions de francs de profits par an. Image: Keystone

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Entre la conférence traditionnelle de la Fondation Genève place financière et la trentaine d’événements du sommet de la finance «durable», les banques genevoises font leur rentrée médiatique cette semaine. Avec l’idée de présenter sous un autre jour une activité essentielle à la prospérité d’un espace débordant largement le bout du lac: au dernier pointage, qui sera mis à jour cette semaine, 18 000 salariés – et presque autant d’avocats, d’employés de fiduciaires, de gérants de fortune à leur compte – en dépendent, l’équivalent des effectifs de la Genève internationale.

Au sortir d’une décennie marquée par des bouleversements tectoniques, les grandes maisons réussissent toujours à faire«» mentir le déclin qui leur a été promis, lorsque la rente du secret bancaire s’est évaporée. C’est le premier sentiment que renvoie l’examen de leurs états de santé publiés cet été. Un exercice réalisé avec l’aide d’un expert qui a exigé de se plier à l’omerta du quartier des banques. Ces groupes restent «durables». Un constat tait cependant les difficultés affrontées par nombre de petits établissements – près d’une centaine d’enseignes restent actives à Genève.

Mirages boursiers en vue

Premier enseignement: la valeur des fortunes confiées à ces institutions – l’équivalent du gisement minier qu’elles exploitent – ne s’épuise pas. Mais attention aux apparences, dans un secteur qui reste soumis à la dictature du chiffre. Le niveau de ces «actifs sous gestion» fluctue surtout au gré de la houle boursière. Et apparaît, depuis le début d’année comme en 2017, porté par cette marée montante. Il y a un mois, dans leur récent passage en revue du secteur, KPMG et l’Université de Saint-Gall rappelaient combien le coup de tabac de la fin 2018 avait «révélé la véritable faiblesse des banques privées suisses». Une alerte d’actualité, alors que les turbulences de ces derniers jours ravivent la crainte d’un plongeon des marchés venant annihiler les plus-values des mois précédents.

Le nerf de la guerre reste bien sûr l’arrivée de nouveaux clients. Quand Lombard Odier affiche les 10 milliards supplémentaires qui lui ont été apportés en six mois, Pictet reste coi. Rothschild, qui a subi d’importantes désertions l’an dernier, n’en dit pas davantage, libérée de toute communication embarrassante par sa sortie de la Bourse. «La majorité du secteur n’avait pas réussi à croître en 2018», rappelle KPMG, qui y lit un «déclin des banques suisses sur la scène mondiale de la gestion de fortune».

Activité très profitable…

Rompant avec le destin de petites maisons menacées «d’extinction» selon KPMG, les banques genevoises se voyant confier plus de 100 milliards de francs restent des machines très rentables. Pictet génère un demi-milliard de profits par an, deux fois ceux retenus par Lombard Odier, dix fois ceux de Mirabaud. Le paquebot de la route des Acacias dégage 26% de marges d’exploitation – l’équivalent de son «double» zurichois, la très asiatique Julius Baer – tandis que Mirabaud se contentait de 14%.

Les pros préfèrent jauger une banque à l’aune de sa capacité à éponger des dépenses qui s’envolent – en raison, par exemple, des bataillons de juristes exigés pour naviguer dans la jungle de règles enserrant leur activité. Ces coûts absorbent environ 75% des recettes de Pictet – la moyenne du secteur – mais près de 80% de celles d’UBP. Les experts de KPMG fixent le plafond à 70% pour qualifier un établissement de «solide», seules quatre grandes banques respectant ce seuil l’an dernier. De quoi permettre à ces premières de la classe de générer plus de 610 000 francs de résultats par salarié, deux fois ce qu’en tirent leurs consœurs les moins performantes.

… et salaires très généreux

Ces affaires contribuent encore à la fortune de leurs propriétaires, souvent une poignée d’associés. En y plaçant leur fortune personnelle, ces derniers s’assuraient fin juin un rendement annuel de 23% chez Mirabaud ou de 18% chez Pictet. Chez Lombard Odier, ce «retour sur fonds propres» atteint 11%, notamment en raison de la construction d’un nouveau quartier général. Mais comme le remarque notre expert, «être banquier privé depuis deux cents ans permet de relativiser un tel effort». Là aussi, quelques arbres cachent une forêt: pour KPMG, le retour offert par les petites banques privées à leurs propriétaires stagne souvent sous les 5%.

L’enveloppe totale des rémunérations de leurs collaborateurs donne une autre idée de la prospérité que défendent pied à pied les grands noms du secteur. Avec 309 000 francs par employé en moyenne, UBP arrive en tête, suivie par Lombard Odier et Pictet, bien au-delà des 221 000 francs à disposition des troupes de Rothschild. Ces rémunérations restent bien supérieures à la moyenne de 115 000 francs mesurée dans l’ensemble du secteur bancaire suisse – du simple employé d’agence au conseiller en fortune émargeant à plus d’un demi-million par an.

Simpliste*, le calcul ne dit rien de la répartition entre gros bonnets et petites mains ni, surtout, entre hommes et femmes. En juin, un sondage de l’Association suisse des employés de banque révélait que la différence de rémunération entre sexes atteignait 24%, et mettait au jour «des écarts choquants» dans les bonus versés au niveau des postes de direction. Vous avez dit finance durable?

* Précision (14.10.2019 ):

Faisant suite à des échanges avec plusieurs lecteurs, nous rappelons que ce chiffre correspond à ce que coûte, en moyenne, un employé à ces banques privées; non à ce que leur salarié empoche, net, en fin de mois. Les charges totales du personnel, sur lesquelles est basé ce calcul, intègrent en effet son salaire et ses primes, mais également la participation de son employeur aux diverses assurances – AVS, AI, caisses de pension – ou le remboursement de ses frais de voyage, par exemple. Impossible à obtenir il y a encore quelques années, un tel indicateur donne une idée des pratiques du secteur... et de leur évolution au fil des ans.


Actualisation (14.10.2019):

Publié le 08 octobre, le sondage annuel réalisé par la Fondation Genève Place Financière fait simplement ressortir qu'un tiers des grosses banques (plus de 200 employés) ont accru leurs charges salariales de plus de 3% sur un an, tandis que 43% d'entre elles les ont maintenues au même niveau (entre 2% et de baisse et 2% de hausse). Les primes variables n'ont, elles, pas bougé dans plus d'un établissement sur deux et ont même été rabotées (de plus de 8%) dans un tiers d'entre eux. Aucune précision sur le niveau effectif des rémunérations dans les banques genevoises n'a été fournie.

Créé: 07.10.2019, 08h33

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