Vestager, vigie du libre marché, dérange l’Europe

ConcurrenceLa commissaire à la concurrence de l’UE fait face aux critiques de l’Allemagne et de la France à quelques mois des élections.

La Danoise Margrethe Vestager est commissaire européenne à la concurrence depuis 2014.

La Danoise Margrethe Vestager est commissaire européenne à la concurrence depuis 2014. Image: DR

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En tenant bon dans cette affaire, Margrethe Vestager aurait-elle sacrifié son avenir politique, elle que l’on pressentait pour succéder au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker? Toujours est-il qu’elle a choisi la semaine dernière de se ranger à l’avis unanime de ses services et des autorités nationales de la concurrence pour qui il ne faisait pas de doute que le rapprochement entre Alstom et la branche ferroviaire de Siemens, tel que proposé, créait un quasi-monopole dans les trains à grande vitesse et la signalisation en Europe et ne manquerait donc pas de faire monter les prix.

Il n’en fallait pas plus pour relancer le débat sur la «naïveté de l’Europe». Dans une tribune publiée par le quotidien «Le Monde» et le site «Spiegelonline» au lendemain de l’annonce du veto, le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire et son homologue allemand Peter Altmaier ont annoncé qu’ils allaient «d’ici aux élections proposer une adaptation du droit européen de la concurrence» afin de «mieux prendre en compte les exigences de la concurrence mondiale». Cette semaine à Bruxelles, où il était pour une réunion du Conseil des ministres, le Français n’a pas hésité à accuser Margrethe Vestager d’avoir menti en assurant: «CRRC (ndlr: le géant chinois du rail) est déjà présent notamment dans l’est de l’Europe pour les trains à grande vitesse.» Ce qui est faux. Il a également plaidé pour un «droit d’évocation», autrement dit la possibilité laissée au ministre, dans le droit français, de contredire une décision d’une autorité indépendante de la concurrence pour des motifs d’«intérêt général». Reste à voir jusqu’où le gouvernement allemand le soutiendra dans un tel projet.

Appétits chinois

Quoi qu’il en soit, les appétits chinois inquiètent. En 2016, les investissements directs chinois en Europe avaient atteint le chiffre record de 86 milliards de dollars (plus qu’au cours des quatre années précédentes réunies). Depuis, ils ont chuté mais les capacités financières de la première puissance économique de la planète semblent illimitées. L’Allemagne, traditionnellement hostile à toute forme de réglementation européenne sur le contrôle des entreprises, s’est ainsi ralliée à l’idée très française d’une surveillance paneuropéenne des investissements étrangers.

Ce jeudi, le Parlement européen devrait adopter grâce au soutien du PPE (donc de la CDU) un règlement sur «un cadre de filtrage européen pour les investissements étrangers». Quand l’«ordre public», la «sécurité» ou des «programmes ou projets européens» sont en jeu, la Commission centralisera l’information et la partagera avec les États membres, sans toutefois pouvoir s’opposer à un «deal». C’est avant tout une manière de contraindre les pays d’Europe centrale et du Sud, souvent dépourvus de dispositif de contrôle, de ne pas brader des infrastructures stratégiques contre d’alléchantes offres chinoises ou russes.

Le cœur du problème reste toutefois l’opacité du capital des entreprises chinoises et leurs pratiques de dumping. L’Union reste impuissante à exporter ses standards de limitation des aides d’État à l’OMC, les ambivalences de Washington qui négocie bilatéralement avec la Chine tout en se disant favorable à une telle réforme faisant de facto le jeu de Pékin. Tout juste peut-elle lancer des procédures antidumping, comme l’a fait la commissaire au Commerce Cecilia Malström dans l’acier ou les panneaux solaires.

À l’approche du scrutin européen de fin mai, Paris demande donc des gages plus visibles. Il est clair que «la concurrence jouera un rôle dans l’élection (ndlr: pour la succession de Jean-Claude Juncker)», concédait une source à Bercy au lendemain du veto. En 2007 déjà, Nicolas Sarkozy s’était fait élire président de la République française sur la promesse (non tenue) de biffer les termes de «concurrence libre et non faussée» du futur traité de Lisbonne. Trois ans plus tôt, tout jeune ministre de l’Économie, il avait croisé le fer avec le commissaire Mario Monti au sujet d’une importante aide d’État à… Alstom. L’autorisation fut obtenue au prix d’une révision du premier plan de sauvetage. Mais en 2005, les Français rejetaient le «traité constitutionnel» présenté comme un bréviaire néolibéral par ses adversaires.

«Servir les consommateurs»

La promesse de réforme franco-allemande un peu improvisée qui vient d’être faite a laissé Margrethe Vestager songeuse. «Je ne pense pas que ce cas est la preuve qu’il faille changer les règles de concurrence», a-t-elle dit. Et d’ajouter: «Nous avons un mandat très clair basé sur des valeurs qui est de nous assurer que le marché sert les intérêts des consommateurs et des clients. Il y a là un élément de démocratie, (ndlr: avec lequel) la politique au jour le jour ne doit pas interférer.»

Créé: 12.02.2019, 17h28

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