Urgence décrétée au sommet de la finance verte

PlacementLa conférence Building Bridges, organisée à Genève, a montré que presque tout reste à faire en matière de durabilité.

Le sommet genevois sur la durabilité financière a réuni de prestigieux orateurs, parmi lesquels Tatiana Valovaya, directrice générale de l’ONU, et Sergio Ermotti, le patron d’UBS.

Le sommet genevois sur la durabilité financière a réuni de prestigieux orateurs, parmi lesquels Tatiana Valovaya, directrice générale de l’ONU, et Sergio Ermotti, le patron d’UBS. Image: DR

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«La recherche de profits maximums à court terme détruit la planète.» La phrase fait mouche. La personne qui vient de la prononcer devant un large parterre d’investisseurs, lors du sommet de la finance durable Building Bridges, jeudi à Genève, n’est pas n’importe qui. André Hoffmann est le vice-président de Roche. On le savait sensible à la biodiversité, mais de là à lâcher cela…

Le descendant du fondateur du géant pharmaceutique va plus loin. «Roche a adopté une nouvelle stratégie qui n’est plus basée sur le profit, mais sur l’amélioration de la santé des patients.»

Une volonté qui va dans le sens des 17 Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU à l’horizon 2030 pour sauver la planète: bonne santé et bien-être pour tous, lutte contre les changements climatiques, énergie propre et d’un coût abordable, consommation et production durable, égalité des sexes, etc.

Mais personne n’est réellement dupe. Le chemin qu’il reste à faire est énorme en matière de lutte contre les inégalités et le réchauffement climatique. Les Nations Unies estiment qu’il manque 2500 milliards de dollars par an pour y parvenir. «Nous ne sommes pas en bonne voie pour atteindre les Objectifs de développement durable», souligne Thomas Vellacott, le directeur de WWF Switzerland. Les chantiers sont nombreux. Il y a urgence.

Qu’est-ce que cela implique pour les banques? «Les banquiers doivent fournir à leurs clients les outils pour connaître le véritable impact des portefeuilles de placements en termes de durabilité, insiste-t-il. Et les régulateurs ont aussi un rôle à jouer.» À ce titre, la Commission européenne va édicter des normes strictes sur la transparence dont devront faire preuve les banques en la matière. Elles devraient être rendues obligatoires en 2022 ou 2023 et permettront aux clients de prendre des décisions avisées.

Les investisseurs bougent

À cet égard, plus d’un millier d’investisseurs, parmi lesquels des fonds d’investissement, des banques ou des compagnies d’assurances, se sont engagés le mois dernier, lors d’une conférence en Afrique du Sud, à céder leurs placements dans les énergies fossiles au profit d’énergies vertes..

Zoom sur UBS. Présent à Genève, son directeur général, Sergio Ermotti, doit justifier des quelque 26 milliards de dollars investis par l’établissement dans les énergies fossiles ces dernières années. Sa réponse est claire. Tirer la prise d’un coup ferait courir «le risque de subir des dégâts collatéraux» aux populations les plus vulnérables. En Afrique, les générateurs des hôpitaux qui fonctionnent au fuel pourraient provoquer des pannes électriques en cas de pénurie. Bref, la transition vers les énergies vertes prendra un peu de temps.

L’Afrique solaire

Mais le mouvement est en marche. Patrick Njoroge, gouverneur de la Banque centrale du Kenya, est venu partager ses expériences. Financée notamment par des prêts venus d’Europe, la société M-KOPA propose ainsi un système basé sur la vente de panneaux solaires aux particuliers dans les zones rurales. «Cela permet aux gens d’avoir accès à une électricité bon marché, précise-t-il. Et les enfants peuvent aussi faire leurs devoirs le soir, un plus en matière d’éducation.» Tout ceci a été rendu possible grâce à l’émergence du mobile banking. Car l’installation est remboursée petit à petit par téléphone lorsque les panneaux sont activés.

Certains regrettent la frilosité des investisseurs. «C’est génial d’avoir tous ces gens ici, mais il reste énormément à faire concrètement en termes de financement de ce type de projets, explique Daniel Schriber, chef de l’investissement de Symbiotics à Genève. L’appétit au risque des investisseurs doit augmenter.» Certains de ses clients ont financé M-KOPA.

La Suisse a clairement un rôle à jouer dans le domaine. L’écosystème est très favorable. La présence des Nations Unies à Genève, couplée au savoir-faire en matière de finance dans le pays, est un atout.

Le cadre légal doit évoluer

Mais le cadre légal n’est plus forcément adéquat. L’argent des privés et des institutionnels devrait pouvoir irriguer les projets de développement. Ce qui n’est pas toujours possible aujourd’hui.

Pour Yves Mirabaud, le carcan est trop rigide. Le président de la Fondation Genève place financière salue un postulat déposé à Berne, dont l’un des objectifs est de donner davantage de souplesse aux caisses de pension pour investir dans des produits frappés du sceau de la durabilité. «La suppression du droit de timbre et de l’impôt anticipé sur les obligations vertes constituerait aussi un élément important pour pouvoir gérer leur émission depuis la Suisse.» Les financiers, présents en masse, acquiescent. Les choses doivent bouger pour sauver la planète.

Créé: 10.10.2019, 21h14

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