Technologue, un métier d’avenir encore peu connu

BILANFormation – Ils sont peu nombreux à avoir ce CFC, pourtant les débouchés sont intéressants: salaire attrayant et chômage zéro.

L’Ecole professionnelle intercantonale de chimie à Monthey (VS) est la seule de Suisse romande à former des technologues.

L’Ecole professionnelle intercantonale de chimie à Monthey (VS) est la seule de Suisse romande à former des technologues. Image: Darrin Vanselow

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Anciens menuisiers ou encore cuisiniers, ils travaillent aujourd’hui sur des chaînes de production d’une valeur de plusieurs millions de francs, voire davantage. Leur métier a été baptisé «technologue en production chimique et pharmaceutique». «Ce n’est pas un nom très sexy», admet Michel Rohrer, directeur de l’Ecole professionnelle intercantonale de chimie (EPIC) à Monthey (VS). Un constat que partagent les dirigeants de Takeda à Neuchâtel. L’entreprise spécialisée dans la biotech cherche à former des jeunes, mais elle est déjà freinée par l’intitulé du métier. «Il n’y a pas «biotech» dans le nom», remarque Salvatore Parata, porte-parole au sein de Takeda. Le responsable du site neuchâtelois Juergen Wagner complète: «Il s’agit d’un diplôme très peu connu. Il faut le promouvoir puisque la biotech est un secteur d’avenir.»

La promotion de la profession est compliquée à mettre en place. Et ce, pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est la localisation de l’établissement. L’EPIC à Monthey est la seule école professionnelle à dispenser les cours de ce CFC en Suisse romande. Le trajet représente un frein indéniable pour les apprentis basés loin du Chablais. Si d’autres cantons ont réfléchi à se doter des infrastructures pour proposer cette formation, seul Monthey dispose pour l’heure de toutes les exigences requises pour compléter le CFC. L’EPIC compte diverses installations de génie chimique pour que les apprentis puissent s’entraîner et comprendre chacune de leurs actions. «Ces installations de formation coûtent chacune de l’ordre de 60 000 à 100 000 fr. l’unité», explique Michel Rohrer. Rien d’étonnant, au vu du degré de spécialisation des différents laboratoires romands. Le directeur du laboratoire pharmaceutique Bachem, où s’effectuent des stages en formation, évoque des chaînes de production de cinq à six millions de francs.

«Ici, c’est Aquaparc!»

C’est avec une certaine fierté que le directeur de l’EPIC ouvre les portes de ses salles les unes après les autres. «Ici, c’est Aquaparc!», rigole-t-il avant d’expliquer: «Nous utilisons de l’eau pour comprendre les divers processus sans danger.» Aquaparc à Monthey, c’est un équipement comme les spécialistes pourraient en voir dans de grandes entreprises de la pharma, de la chimie ou de la biotech. Les volumes sont peut-être moins élevés que les cuves de 1000 litres, mais tous les éléments y sont. Les vannes, les circuits et surtout le respect du protocole. «Les apprentis y apprennent de bonnes bases indispensables au métier: les différents types de procédés, les notions de sécurité et le raisonnement à avoir en utilisant nos équipements. Ensuite, c’est aux entreprises de les spécialiser», estime Mathieu Lamboley, responsable de la production chez Takeda Neuchâtel.

Résultat: les chefs d’équipe disposent d’employés qui comprennent réellement leurs outils. Jean-Marc Fellay, vice-président finances et RH chez Bachem, témoigne: «Depuis plusieurs années, nous avons décidé de n’engager personne en production sans un CFC de technologue. Pour des questions de sécurité tant pour les collaborateurs que pour les produits.»

Si la formation coûte environ 45 000 francs pour deux ans, elle prémunit de certaines casses. «Lorsque j’étais dans la production, il ne se passait pas un mois sans que l’on doive détruire une charge», tranche Michel Rohrer. Le calcul est simple: le produit coûte deux francs le kilo à l’achat, puis il faut compter cinq francs pour s’en débarrasser dans les normes. Ces tarifs appliqués aux volumes de plusieurs tonnes d’une production signifient qu’en termes relatifs, une formation ne coûte pas si cher à une entreprise. Reste à savoir si la destruction est si présente au sein des usines. «Nous avons envoyé tout le personnel de production se former sur des points spécifiques de notre production. Avant, les pompes cédaient cinq ou six fois par an. Depuis, elles n’ont quasiment pas bougé», insiste le vice-président finances et RH de Bachem.

Passerelle

Quant à la formation continue, elle existe sous la houlette d’Educarre. Le programme est destiné aux «articles 32». Il s’agit de personnes qui effectuent déjà leurs tâches dans l’entreprise, sans toutefois bénéficier d’une formation spécifique. Elles représentent une part très importante au sein des diverses entreprises du secteur. «Aujourd’hui, il y a moins de 20% des opérateurs qui ont leur CFC en la matière», affirme Michel Rohrer.

Selon plusieurs DRH de la branche, plus du tiers des opérateurs (personnel non qualifié et technologues) en poste actuellement prendront leur retraite d’ici cinq à dix ans. Des entreprises comme Merck et Lonza ont par ailleurs annoncé leur volonté d’engager des technologues. Sauf que la demande surpasse l’offre. «Quelqu’un qui sort avec ce diplôme peut prétendre à un excellent niveau de salaire. Un technologue est engagé où il veut», affirme Frédéric Falcotet chargé de la formation de ces «articles 32». Seulement, les horaires prévoient de parfois travailler la nuit ou le week-end. Jean-Marc Fellay, de Bachem, ajoute que le CFC est loin d’être facile. «Il faut non seulement de la motivation, mais également des capacités intellectuelles.»

Sortir de Monthey?

Alors que des entreprises comme Givaudan (arômes et parfums), Celgene (pharma) ou encore Takeda s’intéressent à engager du personnel qualifié, elles doivent compter sur les diplômés de Monthey. L’une des raisons est historique. A l’époque, il s’agissait d’un centre de formation professionnelle de Cimo. Les entreprises de la région y ont progressivement envoyé leurs employés. Les autorités cantonales ont décidé de reprendre l’EPIC à la rentrée 2017-2018. Le Valais mesure l’importance du lieu, puisqu’il a annoncé y investir 7 millions de francs dès 2019. Cela devrait permettre de renouveler certains équipements et de moderniser les salles, et surtout d’y intégrer le savoir-faire du domaine biotech.

Comme c’est le cas pour d’autres métiers, un seul centre de formation est actif en Suisse romande. Pour les technologues PCP, les apprentis n’ont d’autre choix que de se déplacer à Monthey pour les cours. Cela peut tout de même refroidir les jeunes. Les Neuchâtelois de Takeda ont toutefois décidé d’agir: ils ont publié une annonce pour trois postes d’apprentissage de technologue pour la rentrée 2019. Si les dirigeants admettent volontiers qu’il s’agit d’une première pour eux, tout a été mis en œuvre pour faire de ce recrutement une réussite. «Nous avons des employés qui vivent à 200 kilomètres d’ici. Les trajets finissent par avoir un impact sur leur vie», affirme Juergen Wagner, qui ajoute: «Depuis le temps que nous sommes implantés ici, nous voulons soutenir la région et fidéliser les personnes.» Si cela doit passer par Monthey, soit. Mais Takeda a tout de même lancé l’idée de mettre au point une formation du genre à Neuchâtel.

Laurent Feuz, chef du Service des formations postobligatoires et de l’orientation du canton, est sensible à l’idée. «Si j’ai la garantie d’avoir douze apprentis, j’ouvre cette filière demain», assène-t-il. Les firmes du secteur chimique et biotech de l’arc jurassien ne réunissent pas assez d’apprentis pour ouvrir un centre de formation dans la région. «Nous avons des accords intercantonaux pour les formations à petit effectif. Impossible de faire quoi que ce soit sans la masse critique nécessaire», poursuit Laurent Feuz. Bon joueur, Michel Rohrer ne fait pas de son école une chasse gardée. «S’ils peuvent le faire, pourquoi pas: cette industrie a un énorme besoin de compétences et c’est l’assurance de disposer de professionnels compétents et responsables!», affirme-t-il. (Bilan)

Créé: 13.05.2019, 20h04

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